France 2-Mali-serval : De l’art d’écrire le récit et de le diffuser

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Quand la puissance décroît, elle procède par le génie du récit et la maestria discursive pour donner une hauteur hyperbolique à des faits qui en gagnent en dimension et en ampleur. Le Sahel ne sera pas une exception à la loi de la manipulation de la conjoncture. Les médias sont faits pour porter la parole de leurs propriétaires, les vrais.

Quand le bal électoral s’approche, le coq gaulois a besoin de plastronner dans sa basse cour. Feu Mobutu se concevait seul coq dans sa basse cour (zaïroise).  Serval peut être l’étalon de mesure pour celui qui avait un moment rêvé de contrer la “geste poutinienne” dans une Syrie plus coriace, sans doute aux enjeux plus alambiqués.

Le plus beau jour de la carrière du président français, de son propre aveu, fut au Mali, qui dit donc que Hollande n’entendait pas afficher son joyau comme succès d’une politique internationale, au moment où la mathématique politicienne ne parvient guère à inverser les courbes et chiffres qui intéressent plus les électeurs du pays de la Seine ? Sait-on jamais si les saintes prières des marabouts de Tombouctou ne sauveront pas le soldat Hollande en danger ?

Chirac avait son sage et ses oracles dogons. Et souvenez-vous d’un Dominique Strauss Khan, tombé à quelques mètres de la ligne d’arrivée.  Qui peut en vouloir au SAUVEUR d’écrire son propre récit ? Les Maliens ont applaudi hier le sauveur et s’étonnent aujourd’hui de le voir prolonger l’orgie des éclats. Dans l’Adrar des Ifoghas, bien des secrets furent enfouis dans l’abyssal ventre des dunes sahéliennes. Le Tchad, utilisé comme armure, poitrine offerte, à toi la terre, les grottes périlleuses, à moi le ciel, mais à moi aussi le récit ; les vrais héros, ce n’est pas nouveau, ne sont pas forcément ceux qui montent sur l’estrade.

Quand on veut une réélection partie pour être des plus ardues (un modeste analyste du dimanche comme moi n’osera dire impossible car chez les humains, tout est possible), on peut souhaiter que la hauteur de l’extérieur vienne conférer taille à une chute sondagière difficile à soigner. Aux Maliens de faire aujourd’hui, ici et maintenant, surtout demain, leur propre histoire. On ne peut pas aller à la fête en comptant sur le tam-tam des autres et vouloir imposer l’heure de la fin de la fête.

Sous le soleil de Dieu (Ma Ngala), le Destin s’assume, se mérite ou se subit. Les bambaras mettent en garde contre l’imprudence à remplir sa bouche de couscous sans la teneur d’eau sinon de salive nécessaire. Nous Maliens, avons-nous le courage de nos mots, l’audace de nos enjeux ? Heureusement que tout est mouvement ! Peut-être que notre demain vaudra mieux que notre aujourd’hui. Peut-être ! Mais les erreurs de stratégie se paient “cash”. Le déficit de patriotisme peut être le plus grand danger contre un pays. L’ennemi peut être de l’intérieur, parmi nous, nous-mêmes.”

Yaya TRAORE

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2 COMMENTAIRES

  1. France 2-Mali-serval : De l’art d’écrire le récit et de le diffuser
    Par Le Reporter -6 Oct 2016

    Très bonne analyse Monsieur!
    Et surtout la dernière phrase est à retenir: “Le déficit de patriotisme peut être le plus grand danger contre un pays. L’ennemi peut être de l’intérieur, parmi nous, nous-mêmes.”

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