Recrudescence des attaques terroristes au Mali : Un coup de poignard dans le dos des artisans de la paix

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Les détails sur le déroulement de l'attaque du Radisson à Bamako
Une chambre de l'hôtel Radisson après l'attaque le 20 novembre 2015. REUTERS/Joe Penney

Avec  l’attaque terroriste de l’hôtel Radisson-Blu et celle de Kidal, les terroristes agissant au compte d’Iyad Ag Ghaly et Al-Mourabitoune de  Mokhtar Belmokhtar  veulent remettre en cause un processus de paix qui n’est pas loin d’atteindre le bout du tunnel. Il urge pour que les acteurs du processus revoient leur copie en tenant en échec toute tentative de sabotage afin de préserver les acquis.

En effet, depuis la signature définitive de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, le 20 juin dernier, un vent nouveau avait commencé à souffler sur le Mali. Car, la symbolique était forte. Elle marquait la fin d’une ère de tourmente dans notre pays. Alors, tous les regards étaient orientés vers la reconstruction de l’édifice commun pour que jaillisse enfin un océan de bonheur partagé. Il a fallu que l’Accord soit signé pour que les démons de la terreur se réveillent  de leur sommeil. Ainsi, ils ont perpétré une série d’attaques à l’encontre de la population aussi bien du Nord que du Sud.                   Ces attaques sporadiques avaient quasiment commencé à donner du fil à retordre aux artisans de la paix.  Un tant soit peu, le retour à la normalité se dessinait à l’horizon. Tout semblait marcher comme sur des roulettes. Car, les protagonistes de la crise malienne se sont vite  rendus à l’évidence  en faisant  la paix. Même si, au demeurant, des promesses d’argent auraient, semble t-il, lourdement pesé dans la balance, le plus important était de regarder vers la même direction. «Guerre sans bonne provision d’argent n’est qu’un soupirail de vigueur. Les nerfs de la guerre sont les pécunes» disait l’autre. Leurs rêves de se voir attribuer largement de l’argent a été confirmé à l’issue de la visite d’Etat du Président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, à l’Elysée  au cours de laquelle d’importantes sommes ont été promises, notamment dans le cadre de la reconstruction des régions du Nord. Au-delà, des dissensions qui plombaient le fonctionnement  normal du  Comité de suivi de l’Accord  (CSA) se sont aplanies; la Commission vérité, justice et réconciliation a été rendue effective, les sites devant servir de lieu de cantonnement des ex-combattants des groupes armés continuent avec un léger retard; des projets à impact rapide lancés par la Minusma à l’attention des populations continuent leur bonhomme de chemin, les rencontres inter et intracommunautaires se poursuivaient et bien d’autres belles initiatives tendant  au règne de la paix et du vivre-ensemble.

Les ennemis de la paix signent leur retour

Au moment où on  s’y attendait le moins, la capitale malienne a été frappée en plein cœur par un attentat terroriste le 20 novembre dernier, avec comme cible privilégiée le huppé hôtel, «Radisson-Blu », où séjournaient plus de  130 personnalités étrangères. Ce fut une journée horrible qui s’est soldée par la mort de 22 personnes dont  13 de nationalités étrangères. Une première du genre dans la capitale. Elle survient  une semaine après l’attaque de Paris qui a fait 130 victimes. Le sol de  Paris, tout comme Bamako, a été tâché de sang des innocents. Leur seul crime, c’était de se retrouver au mauvais moment et au mauvais endroit.  L’attentat  terroriste de Paris a été revendiqué par le groupe Etat islamique et celui du Mali par le groupe Al-Mourabitoune de  Mokhtar Belmokhtar. C’est par ces horreurs innommables que les ennemis de la paix ont signé leur retour au Mali au moment où le processus de sortie de crise a enregistré des avancées importantes sur bien de plans. Comme si cela ne suffisait pas, le samedi dernier, la Minusma a encore subi des pertes en vies humaines. Le camp de la mission onusienne de Kidal  a été  la cible d’une  attaque  terroriste, causant la mort de trois personnes et faisant plusieurs blessés. Cette recrudescence des attaques terroristes tombe comme un cheveu dans la soupe de tous les acteurs engagés au Mali afin de rétablir la grandeur de notre pays. Si l’attaque de l’hôtel Radisson-Blu a été revendiquée par Mokhtar Belmokhtar, via la chaîne Qataris Al Jazzera, celle de Kidal a été revendiquée par un responsable d’Ansar Dine  d’Iyad Ag Ghaly. «Nous revendiquons au nom de tous les moudjahiddines l’attaque contre le camp de Kidal, qui est une réponse à la violation de nos terres par les ennemis de l’Islam», a confié Hamadou Ag Khallini à un journaliste de l’AFP. Sans conteste, tout  porte à croire qu’avec  l’attaque terroriste de l’hôtel Radisson-Blu et celle de Kidal, les terroristes agissant au compte d’Iyad Ag Ghaly  et d’ Al-Mourabitoune de  Mokhtar Belmokhtar  veulent remettre en cause un processus de paix qui n’est pas loin d’atteindre le bout du tunnel.

Tenir à tout prix le pari  de la réunification

En dépit des actes de sabotage posés par les groupuscules terroristes, les autorités maliennes aussi bien que la communauté internationale engagée au chevet du Mali sont condamnées à tenir le pari de la réunification du Mali à travers la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale. Ayant compris implicitement le message, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Mongi Hamdi a, après avoir condamné fermement ces attaques, réaffirmé toute sa détermination à soutenir le Mali. «Je souhaite réaffirmer que ces attaques n’entameront pas la détermination des Nations Unies à soutenir le peuple malien et le processus de paix, y compris à travers son assistance à la mise en œuvre de l’Accord de paix et de réconciliation au Mali», a-t-il déclaré.

De son côté, Pierre Buyoya, le Haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, a condamné ces différentes attaques perpétrées.        Toutefois, il a estimé que ces attaques témoignent la gravité de la menace que les groupes terroristes font peser sur la mise en œuvre de l’Accord. « Dans ce contexte, aucun effort ne doit être ménagé pour approfondir la coopération sécuritaire et assurer la mutualisation des moyens, tel qu’envisagé par les pays du processus de Nouakchott»,  a-t-il précisé. En tout cas, l’épée de damoclès des djihadistes  qui plane sur le processus de paix au Mali n’est pas de nature à favoriser le retour définitif de la paix. Il urge que les artisans du processus revoient leur copie en tenant en échec toute tentative de sabotage afin de préserver les acquis.

Boubacar  SIDIBE 

 

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