Soupçon de mauvaise gestion du fonds de mise en œuvre de l’Accord: la CMA exige un audit avec toutes les parties

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Dans une déclaration rendue publique, le 4 juillet, la Coordination des mouvements armés de l’Azawad s’est exprimée sur plusieurs sujets d’actualité, notamment la mise en œuvre de l’Accord pour la paix qui souffre toujours de lenteur dans son application. Aussi, la CMA a exprimé ses vives préoccupations quant à la gestion opaque des fonds dévolus à la mise en œuvre l’accord. À cet effet, elle exige qu’il soit mis en place, dans les meilleurs délais, un cadre d’audit avec toutes les parties prenantes à la mise en œuvre de l’accord y compris les partenaires techniques et financiers. Outre ce point, la CMA, à travers ce document, a réagi également aux propos du président IBK dans Jeune Afrique. Pour elle, IBK, à travers ses propos tenus ces derniers jours, le président IBK ne contribue pas à la consolidation de la confiance entre les parties, gage d’une réussite de la réconciliation nationale.

Déclaration sur les sujets d’actualité en rapport avec le Processus de Paix au Mali

La Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA), dans le but d’informer et d’éclairer l’opinion publique nationale et internationale, sur son avis et sa position en rapport avec le processus de Paix au Mali et une certaine actualité ; tient à faire une mise au point sur les sujets suivants :

Au chapitre de la prolongation du mandat de la MINUSMA

1. La CMA salue l’adoption par le Conseil de Sécurité de l’ONU de la résolution 2480, prorogeant d’un an le mandat de la mission onusienne de maintien de Paix au Mali et exhorte la MINUSMA à redoubler d’efforts pour atteindre des résultats tangibles en rapport avec sa principale priorité qui demeure l’appui à la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger.

2. La CMA se félicite des efforts engagés par l’ensemble des partenaires du processus de paix et réaffirme son engagement en faveur d’une mise en œuvre intégrale et diligente de l’Accord.

3. La CMA prend acte de l’intégration au mandat de la MINUSMA d’une tâche de coopération avec le Comité de Sanctions en application de la résolution 2374 (2017). Elle ose espérer qu’à cet effet, le régime de sanction s’appliquera en toute transparence et de manière juste à l’ensemble des Parties à l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, sans distinction aucune.

Au titre du Dialogue Inclusif Politique (DIP) porté par le Gouvernement du Mali

4. Sur invitation de l’actuel Premier ministre S.E Boubou Cissé dont nous saluons au passage les efforts politiques entrepris avec humilité, la CMA participe au DIP sous réserve des conditions ci-après :

– Que l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, ne soit remis en cause ni dans la forme, ni dans le fond par ce dialogue ;

– Une participation significative au processus d’élaboration et à la phase de validation des termes de références du DIP ;

– Une participation à tous les niveaux d’organisation du processus du DIP ;

La CMA exprime toute sa disponibilité à apporter sa pierre à cette opportunité de dialogue.

Au Titre de l’interview accordée par le président de la République à l’hebdomadaire « Jeune Afrique » dans sa parution n° 3051 du 30 Juin 2019.

5. La CMA regrette que le Président de la République, S.E Ibrahim Boubacar Keita, censé être le garant de l’indispensable confiance entre les Parties au processus de paix ; distille des appréciations inappropriées à l’intention de leaders de la CMA. Cette sortie du président de la République confirme les inquiétudes exprimées dans le dernier rapport d’Avril 2019 de l’observateur indépendant qui alerte en ces termes : « Le Dialogue et la confiance entre les parties maliennes montrent des signes d’essoufflement… ».

6. Dans cette interview exclusive du chef l’État, la CMA regrette que le Président de la République soit l’auteur d’une stigmatisation ethnique en mettant l’accent sur les Touaregs pour parler de leaders de la CMA sachant bien pourtant qu’ils ne sont pas issus que d’une seule ethnie, ni d’une seule communauté du pays.

7. Faisant allusion aux indemnités que perçoivent les membres des organes chargés de la mise en œuvre de l’Accord, il convient de répondre que ce sont des émoluments dont bénéficient toutes les Parties à l’Accord y compris la partie gouvernementale. C’est loin d’être une aumône.

En référence au propos du Président de la République dans la même interview sur les symboles de l’Azawad

8. La CMA rappelle en conformité avec les dispositions de l’Accord notamment :

Chapitre II, Art 5, alinéa 2 : De l’appellation AZAWAD : « L’appellation Azawad recouvre une réalité socio-culturelle, mémorielle et symbolique partagée par différentes populations du Nord du Mali, constituant des composantes de la communauté nationale. Une compréhension commune de cette appellation qui reflète également une réalité humaine, devant constituer la base du consensus nécessaire, dans le respect du caractère unitaire de l’État malien et de son intégrité territoriale ». La CMA rappelle également que cette question n’a pas abouti à un consensus lors de la conférence d’entente nationale conformément au point 4 du Relevé de conclusions des Consultations Préparatoires à la Mise en Ouvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation issu du Processus d’Alger signé le 05 Juin 2015 à Alger qui précise en ces termes : « Plus spécifiquement, s’agissant de la problématique de l’Azawad, dont le traitement est pris en charge par l’article 5 de l’accord qui souligne la nécessité d’un traitement politique et l’organisation d’un débat national approfondi sur ses causes profondes, la médiation s’engage, dans le cadre de la mise en œuvre de cet article, à favoriser l’ouverture de discussions entre les parties afin d’aboutir à une solution consensuelle satisfaisante. »

9. La CMA exprime par ailleurs le souhait d’engager sans délai des discussions constructives pour parvenir à une compréhension par toutes les parties des engagements consensuellement pris.

Au sujet de la mise en place du Gouvernement dirigé par le Premier ministre Boubou Cissé

10. La CMA apporte la clarification suivante :

La Coordination des mouvements de l’Azawad a été sollicitée par le Président de la République en vue de sa participation à un gouvernement de mission. La CMA loin d’opérer ni de faux-fuyant encore moins de volte-face et de manière responsable, après consultation interne, a par le biais de son président en exercice, soumis conformément à la demande du Président de la République, les CV de ses membres proposés. À la surprise générale, la CMA découvre, en même temps que les téléspectateurs, que sa proposition n’a pas été considérée et aucune explication ne lui a été notifiée à ce sujet jusqu’à ce jour.

11. La CMA tient à informer l’opinion que depuis quarante-huit (48) mois de la signature de l’accord, elle a respecté scrupuleusement tous ses engagements au prix d’énormes sacrifices notamment : la non prise en charge de ses combattants en attente du processus de cantonnement et du DDR, les retards et le payement à moitié des indemnités de ses membres dans les sous-comités du CSA et du Conseil National de Réforme du Secteur de la Sécurité, l’absence d’un statut pour l’ensemble de ses représentants dans les structures de mise en œuvre de l’accord.

12. La CMA exprime sa vive préoccupation quant à la gestion entourée par un manque de transparence des fonds dévoués à la mise en œuvre l’accord et ce malgré la détérioration continue des services sociaux de base dans les cinq régions de l’Azawad. À cet effet elle exige qu’il soit mis en place dans les meilleurs délais un cadre d’audit avec toutes les parties prenantes à la mise en œuvre de l’accord y compris les bailleurs de fonds.

Au titre des réformes politiques et institutionnelles

13. La CMA note avec regret l’immobilisme sur les questions de réforme constitutionnelle :

Conformément aux constats exprimés par l’Observateur Indépendant sur la question : « l’avancée la plus importante dans la période entre Janvier et Avril 2019 a été le lancement par le gouvernement du processus de réforme constitutionnelle. Cette période a été également marquée par l’immobilisme, voire par des reculs, dans le processus de mise en œuvre ».

À cet égard, la CMA exprime son inquiétude de voir que cette question fondamentale qui est l’ossature de l’avenir institutionnel du pays soit subordonnée à un dialogue politique aux enjeux politiques pas encore totalement clarifiés.

Au titre de la situation sécuritaire dans les régions de l’Azawad et au centre du pays

14. La CMA rappelle à l’intention de l’opinion nationale et internationale qu’elle est régulièrement victime des assassinats et des enlèvements ciblés.

15. Tout en saluant les timides avancées enregistrées dans la finalisation de la première phase du DDR accéléré des éléments du MOC, la CMA exprime sa préoccupation quant à la détérioration de la situation sécuritaire dans les régions de l’Azawad. Prenant en compte cette préoccupation, elle ne déplore l’inexistence ni d’un calendrier ni d’une stratégie pour le processus général de DDR concernant les soixante-trois mille (63 000) combattants, recensés, annoncés par la Commission nationale de DDR et de la mise sur pied de l’armée reconstituée.

16. La CMA reste particulièrement préoccupée par la recrudescence de la violence et de l’insécurité dans la région de Tombouctou et Ménaka et appelle toutes les parties à la mise en place sans attendre d’une synergie d’actions sécuritaires à la hauteur des attentes des populations.

17. Partageant la vive préoccupation de l’ampleur grandissante de l’insécurité au Centre, la CMA tout en exprimant sa solidarité avec les populations concernées, appelle le Gouvernement, les partenaires du Mali et la Communauté internationale en général, à aider à la mise sur pied diligente de l’Armée reconstituée, seule habilitée à être redéployée dans toutes les régions de l’Azawad pour relever de manière efficace et pérenne les défis sécuritaires du moment et contribuer à la stabilité des régions Centre du pays.

Kidal, le 4 Juillet 2019

Le Président de la CMA

M. Sidi Brahim Ould Sidatt

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1 commentaire

  1. La vérité est que l’Afrique appartient aux Africains, tout comme l’Europe appartient aux Européens (vrais blancs), l’Asie aux Asiatiques, ainsi de suite. L’histoire nous enseigne que sa majesté le roi Massa Musa ou Kankou Moussa fût à l’origine d’une immigration massive des populations étrangères au Nord de l’actuel Mali, notamment celle des populations de peau rouge foncée. Ces populations, aujourd’hui fièrement MALIENS à part entière, auraient significativement contribué à l’émergence économique de l’empire et au partage des connaissances. Mais l’histoire sembler oublier de mentionner une zone géographique/culturelle chimère dont le nom serait azawad ou adjawati, je n’en sais plus rien.
    Et si on arrêtait toute cette comédie et jouer cartes sur table pour donner un répis à ces misérables innocentes populations qui en pâtissent quotidiennement ?!?!

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