Hommage à Fousseini Diarra : Commandant s’en est allé

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Décidément ce 10 septembre 2022 restera de triste mémoire pour le Mouvement Démocratique Malien. A peine, ai-je terminé d’écrire mon hommage posthume à Mamadou Lamine Kanouté  dit  Mao, que j’apprends par un post de mon oncle Toumani Diarra, le décès de mon grand-père Fousseini Diarra.

 

Le post est ainsi libellé : “Reposez en Paix cher oncle. Pilote chevronné. Commandant de bord, Instructeur, chef Pilote. RIP”. J’ajouterai à cela que Papy faisait partie des premiers maliens formés dans les pays de l’Est, parmi ceux-ci les premiers pilotes maliens. Naturellement il figure parmi les premiers pilotes maliens d’Air Mali. Ils ont fait la fierté du Mali et de l’Afrique ces pilotes et leur compagnie.

Fousseini Diarra est une des victimes méconnues du coup d’Etat de 1968. En effet, il s’était fermement opposé au dit pronunciamiento. Ainsi lors d’une conférence de cadres, à l’issue du putsch, il dénonce publiquement « le coup d’Etat pro-français et l’incapacité des putschistes à remplacer un homme comme le président Modibo Kéita ».

Le même jour, la police se mit à ses trousses. Il dut s’exiler au Sénégal. Dans ce pays, il sera accueilli par le grand-frère de sa mère Bakary Camara, cet ex-cheminot patriote malien jusque dans la tombe, de nationalité sénégalaise. Fousseini et moi-même avons été hébergés par lui à Diakaw à Thiès.

Or donc, le jeune pilote continua son combat contre les putschistes. Il dut vivre de petits métiers. Il a surtout été pigiste dans différents journaux comme Jeune Afrique et Afrique-Asie. Il reste piqué par le virus du journalisme. Beaucoup de Maliens ont découvert, retrouvé et apprécié l’homme par ses analyses dans les colonnes du journal L’Aube, signés “Fousseini Diarra, commandant de Bord en retraite. Dakar “.

Ses articles magnifiaient l’œuvre du bâtisseur ATT, dénonçaient le compagnonnage incestueux entre la France et les mouvements irrédentistes et/ou terroristes au nord du Mali. Ses dernières publications dans ce journal soutenaient de manière critique l’actuelle transition au Mali.

“Kaw Fousseini “, pour parler comme ma mère, avait un amour tyrannique pour sa patrie le Mali. Installé au Sénégal depuis des décennies, il est revenu au Mali souvent après le 26 mars 1991 pour des condoléances et/ou sacrifices à la mémoire des membres de sa famille : sa mère Jouma Sall, ses frères Fadiala chef de quartier liberté de Kayes, Djibril, Gaoussou, Samba, Lassana, son frère jumeau etc.

Il était le dernier des fils de Daga dit Bakari Diarra, des frères, des pères, des oncles et des grands-pères. La mort l’arracha lui aussi à la famille, à la grande famille Diarra de Kayes liberté, de Bamako, de Koulikoro, de Ziguinchor, de Thiès et de Paris.

Quant à moi je retiens de lui le nouveau billet de 500 francs malien qu’il m’offrit à l’aéroport de Kayes où il venait d’atterrir avec un avion d’Air Mali. J’étais avec sa grande sœur Tenimba Diarra, ma grand-mère maternelle, marraine de sa première fille, l’aînée de ses enfants.

Je retiens aussi l’accueil familial et patriotique qu’il m’accorda, quand je fus chassé de l’ENSUP par le régime du président Moussa Traoré. Pendant 15 longues années, il m’hébergea. Sous son parrainage je me suis marié au Sénégal. Je l’avoue, aujourd’hui, je lui dois un homonyme.

Fousseini à Dakar, c’était Diarracounda au Sénégal. Ses frères et sœurs, ses fils et filles, ses neveux et nièces, ses petits-fils étaient chez Daga Diarra, sous couvert de Fadiala Diarra dès qu’ils franchissent le seuil de la maison. La sécurité mais aussi le gîte et le couvert étaient automatiquement assurés.

Le gros Bamanan s’en va sans maîtriser la langue wolof et sans s’amouracher d’une autre nationalité que malienne. Pourtant pilote, Chef pilote, commandant de Bord et instructeur de vol, il fut tour à tour à Air Sénégal où il fit valoir ses droits à la retraite, au Zaïre, au Kenya et en Tunisie. Il fut une excellence malienne dans le ciel à travers l’Afrique et le monde.

Fousseini dit “commandant ” nous quitte aujourd’hui pour son voyage sans retour, le seul dont le pilote chevronné, le chef pilote Commandant de Bord et Instructeur de pilotage ne reviendra pas.

Paix éternelle Papy ! Paix éternelle patriote ! Ton amitié avec ATT chassé du pouvoir à Dakar, le promotionnaire de ton neveu Hamed Sidibé, exprimera pour l’éternité ton attachement patriotique au Mali et ta fidélité à tes idéaux même pendant les jours sombres.

 

Harouna Barry

(Chercheur et Historien)

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1 commentaire

  1. Tu as tout dit Harouna; nous ,nous sommes connus a Dakar chez Commandant DIARRA; personnellement le l’ai connu et côtoyer depuis 1982 et nous avons travaillé ensemble à Air Sénégal avec d’autres maliens. Je profite de l’occasion pour manifester toute ma gratitude et ma reconnaissance au peuple sénégalais pour son hospilaté légendaire. Diarra était pilote d’Essais très chevronné. Prions ensemble pour le repos de son âme. Dors en paix cher grand frère et ami inconditionnel.

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