« La Grèce est une mine inépuisable d’enseignements pour l’Afrique » dixit Aminata Dramane Traoré

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Aminata_Dramane_Traore
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Les deux invités Aminata Dramane Traoré, ancien Ministre de la Culture et militante altermondialiste, Présidente du « Forum pour un autre Mali » et le Pr. Oumar Bouaré, économiste et universitaire, Directeur du Centre de recherche en Sciences économique et sociales, ont été très persuasifs sur le sujet.

L’éloquence et à la poigne de Aminata Dramane Traoré, une bête des face-à-face,  n’ont laissé personne indifférent dans la salle. Pluridisciplinaire, la militante altermondialiste et écrivain  a surfé sur l’actualité politico-économique mondiale (dont la plus saisissante reste le cas grec) pour critiquer le modèle économique du Mali et de l’Afrique. Le Professeur Bouaré, très posé et pondéré, défend de son côté ses idées sur les différents modèles économiques que le Mali a connus de l’indépendance à nos jours.

Pour l’altermondialiste, traiter du modèle économique du Mali reviendrait à le transposer à celui des autres pays africains ayant accédé à l’indépendance dans les mêmes contextes. Il s’agit pour Aminata Dramane Traoré d’un modèle économique imposé par l’Occident, aujourd’hui prisonnier du diktat des banques. Elle cite pour l’exemple, le cas grec. Le pays d’Alexis Tsipras souffre aujourd’hui de la rigueur budgétaire que lui imposent ses créanciers occidentaux. Tout comme le projet économique du Président Modibo Kéita gênait les grands d’alors, l’histoire de la dette grecque est « dramatique » et la « liste des victimes du système est très longue », compare Aminata Dramane Traoré, prenant à témoin Lumumba, Nkrumah et Sankara.

En clair, pour Aminata Dramane Traoré, ce sont les banques qui contrôlent le monde et ce sont elles qui dictent leurs lois aux dirigeants de l’Europe. Parlant justement du cas grec, Aminata Dramane Traoré pense que François Hollande n’est pour rien dans cette guerre économique contre la Grèce. Le Président français aurait pu être à la place de Tsipras, argue-t-elle. « La Grèce est une mine inépuisable d’enseignements pour l’Afrique. Les socialistes ne sont plus vraiment loin des libéraux et cette crise constitue un tournant… », poursuit-elle. Un avis que ne partage pas le Pr. Bouaré, plutôt libéral. Le choix de modèle économique du Mali est la conséquence de la mauvaise gouvernance. Les institutions financières de Bretton Woods n’interviennent que par ce qu’elles sont sollicitées par les pays concernés, pense-t-il.

Remontant à la période des indépendances, Aminata Dramane Traoré estime que nous ne sommes toujours pas dans un schéma de développement tant le modèle économique post-période socialiste « a produit des inégalités et des guerres. » Elle appelle le Mali et l’Afrique à revaloriser et à consommer les produits locaux.

La guerre au Mali étant la trame du débat, Aminata Dramane Traoré et le Pr. Bouaré ont donné leur point de vue sur l’intervention militaire française en Afrique et donc, au Mali.

Pour la Présidente du Forum pour un autre Mali, qui a toujours vu d’un mauvais œil toute intervention étrangère dans son pays, « la France n’est intervenue au Mali que parce qu’elle avait besoin de l’aéroport de Tessalit. La France n’était pas venue nous sauver. Il s’agissait pour le pays de François Hollande de se repositionner face à la Chine,  devenue un partenaire privilégié de plusieurs pays d’Afrique et de la sous-région ». Elle qualifie cette politique française de la « diplomatie offensive. »

Le Professeur Bouaré est, quant à lui, moins critique vis-à-vis de l’intervention de la France au Mali. Le Directeur du Centre de recherche en Sciences économique et sociales, est catégorique : « les terroristes seraient venus jusqu’à Bamako, le Mali serait entièrement sous le contrôle des jihadistes. Le peuple malien doit se montrer plutôt reconnaissant envers la France et la communauté internationale. », commente-t-il en substance.

Dans le fond, les deux invités se rejoignent sur le modèle économique à bâtir pour le Mali. L’on retient pour l’essentiel qu’il faudrait plutôt aller vers une économie qui mette en valeur les ressources locales. De toutes les façons, il est très difficile voire impossible d’imaginer une théorique économique indépendante des autres aujourd’hui. Le monde étant devenu un village planétaire.

Les débats se sont déroulés dans la salle de conférence de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, où se sont déplacés de nombreuses personnalités du monde de l’économie et des finances et des journalistes de la presse privée malienne.

Boniface Dembélé

 

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4 COMMENTAIRES

  1. C’est dommage ! L’article se termine par un avoeux d’impuissance.
    Nous attendons impatiemment qu’une proposition concrète de modèle de développement soit formulée, diffusée et discutée. Je crois qu’il est temps d’éviter les lamentations interminables. Il faut, à mon avis, éviter de trop regarder vers les autres (Grèce, toute l’Afrique, etc.).

  2. Face à la dynamique de la mondialisation économique les gouvernements avouent leur impuissance ou du moins, ils répètent qu’ils n’ont plus de marge politique- d’autres disent de courage.
    Les marchés financiers (banques, bourses, fonds,et…) ne sont animés que par l’appât du gain, pas par le seul investissement Ils sont devenus à la fois gendarme, juge et le jury de l’économie mondiale.
    Dans un monde où les besoins en capitaux ne cessent de croître, les banques et investisseurs professionnels peuvent imposer leurs lois: faire ou défaire les politiques des Etats.Le triomphe du laisser-faire, de l’ultralibéralisme monétaire leur doit beaucoup.
    “C’est l’économie qui détermine les politiques des Etats”.
    L’avenir appartient à ces nouveaux maîtres du monde qui conjuguent argent et high-tech, les marchés de l’infos..Ils jonglent des milliards (surtout en Afrique) et nous imposent à cet effet leur loi économique et détiennent le vrai pouvoir (Bolloré en Afrique ,en plus d’autres barrons du pétrole et des mines).
    Dans ce contexte, chaque Etat doit s’adapter inévitablement à l’internationalisation des marchés même s’il faut : “Thriving locally and thinking globally”.

  3. C facile de dire n import quoi étant assis sous les manguiers elle connais quoi de la situation grecs en ce moment

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