Interpellation parlementaire : Report de la plaidoirie du Général
Prévues hier à l’hémicycle de Bagadadji, la séance des questions orales adressées au ministre Kafougouna KONE par l’honorable Boubacar TOURE a été reportée sine die...
Dans la suite logique de son groupe parlementaire et de son BPN (bureau politique national), l’honorable Boubacar TOURE (élu RPM de Niono) avait posé six questions au ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales, le général Kafougouna KONE, toutes relatives à la situation au Nord du pays qui continue de ployer sous le poids d’une nouvelle rébellion arabo-touarègue des années 1990 dont les récents événements du 23 mai dernier sont les excroissances prévisibles pour tout observateur averti de ce problème récurrent remontant aux premières heures de l’indépendance du Mali en 1963. Car l’Accord d’Alger signé entre le gouvernement malien et les insurgés de ce 23 mai, le 4 juillet dernier, a été rejeté par le RPM qui refuse de lui accorder ses bénédictions politiques pour le double vice de forme et de fond qui a prévalu à sa signature.
Faux-bond ministériel
C’est en principe hier que le ministre KONE devrait répondre aux questions orales de l’honorable TOURE. Mais à l’heure indiquée pour le démarrage des joutes entre les deux personnalités, c’est-à-dire à 10h, le ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales a brillé par son absence dont a pris acte le député Boubacar TOURE. Ce dernier a néanmoins déploré le manque de solidarité gouvernementale dans une motion qu’il a livrée à ses collègues parlementaires. Car, a-t-il ironisé, le jeu institutionnel de l’intérim devrait être actionné pour pallier cette absence. Sur un ton plus sérieux, il a fait savoir que ses questions étaient adressées au gouvernement et non à la personne physique du général Kafougouna KONE. En réponse, Ibrahim Boubacar KEITA lui a donné raison sur le principe. Mais le président de l’Assemblée nationale n’a pas manqué de souligner que ce sont les députés eux-mêmes qui avaient établi l’habitude de ne s’adresser personnellement et directement qu’aux ministres chaque fois qu’il s’agit de questions orales, en refusant de traiter avec les ministres intérimaires. Aussi, a rappelé l’honorable Assarid Ag IMBARCAOUANE, le Règlement intérieur de l’auguste institution parlementaire autorise-t-il le député à transformer ses questions orales en «interpellation » du gouvernement lui-même après trois absences répétées du ministre concerné par le sujet.
Motivations profondes
Le ministre KONE a-t-il voulu anticiper sur ces questions en se rendant à Kidal, le même jour, pour la mise en œuvre de l’Accord d’Alger concernant notamment l’installation du Conseil régional provisoire qui sera chargé d’administrer cette région aux côtes de l’Assemblée régionale dépouillée cependant de ses prérogatives pendant au moins une année ? En tous les cas, les motivations de l’honorable Boubacar TOURE en posant ses questions, selon lui-même, participent de la volonté commune de tous les fils du Mali à servir le pays avec dévouement et loyauté dans le respect de leur droit à la différence. Les voies de l’union, de l’entente, de l’ouverture et de la tolérance étant, a-t-il argumenté, les conditions indispensables de la stabilité, du progrès, de la justice sociale et du bonheur pour tous. C’est la raison pour laquelle, a-t-il rappelé avec justesse, l’objectif affiché des leaders qui ont conduit le Mali à l’indépendance était de promouvoir le développement socioéconomique au bénéfice de tous les Maliens sans exclusive aucune. La devise du Mali en étant le credo national : «Un peuple, un but, une foi » C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, a souligné l’honorable député, les chefs traditionnels nomades et sédentaires ont rejeté dans leur écrasante majorité la loi de création de l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS) qui avait été adoptée et publiée dans le Journal officiel de la République française. Rejet confirmé en 1959 après que les chefs de tribus nomades parmi les plus respectés de Gao et de Kidal ont refusé toute séparation d’avec le reste de la République soudanaise devenue celle du Mali en 1960 en souvenir de l’empire médiéval du même nom qui s’étendait, selon les données historiques, de l’océan atlantique au massif de l’Aïr en plein terroir targui.
La nature coupable, pas les hommes
Aussi, le député reconnaît-il le retard accusé par cette partie du territoire national à cause de dame nature, les sécheresses endémiques succédant aux calamités cycliques. Mais, a-t-il rectifié implicitement, aucun gouvernement malien n’a élaboré avec froideur une politique d’exclusion ou d’ostracisme à l’endroit des populations du Nord dans la gestion de l’Etat ou le partage des richesses nationales. Bien au contraire, seraient tentés de soutenir d’autres. Car, depuis la signature du Pacte national en avril 1992, d’énormes efforts ont été faits en direction des régions du Nord et des populations nomades dont une bonne partie des combattants et des cadres a été intégrée dans les corps en uniforme de l’Etat et l’administration publique sans autre forme de concours ou d’évaluation des aptitudes physiques et intellectuelles. «Quelle évaluation du Pacte national 14 ans après et quelle différence celui-ci a-t-il avec l’Accord d’Alger du 4 juillet 2006 ? », voilà la trame des questions que l’honorable député ne renonce pas à poser au ministre de la République.
Par Seydina Oumar DIARRA-SOD