Crise politique malienne : Des origines aux solutions alternatives

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Depuis 2012, le Mali est plongé  dans une crise multidimensionnelle. On peut citer la rébellion touareg avec des objectifs indépendantistes  couplée de mouvements islamistes avec comme finalité, non pas la désintégration de l’Etat mais l’application de la loi islamiste.

Les deux alliés avec des objectifs différents voire opposés se sont confortablement installés dans les régions du Nord du pays en faveur de la désagrégation de la Lybie qui s’est soldé par la mort de Kadhafi avec le soutien des puissances occidentales au prétexte de faire respecter les droits de l’homme et la démocratie. Plusieurs mécanismes et dispositifs ont été mobilisés pour ramener la paix et la stabilité au sein du vivre-ensemble.

Entre autres, on peut citer l’accord signé entre la junte et la Cedeao, l’organisation des différentes échéances électorales : présidentielles, législatives de 2013, puis municipales de 2016. Aussi, il convient de rappeler l’Accord pour la paix et réconciliation nationale issu du processus d’Alger de 2015, l’accord politique de 2019 mis en place à la suite d’une très forte contestation des élections présidentielles de 2018 organisé et pour boucler la boucle le dialogue inclusif national avaient largement contribué à désamorcer la crise. Cependant, les grèves de la synergie associées aux conséquences dramatiques du confinement imposé par un couvre-feu irréfléchi prétendant minimiser le risque de contamination de la Covid  19 ont fini largement par raviver la tension sociale et politique. Il ne faut pas oublier les mobilisations pour la construction des routes qui ont gagnées l’ensemble du territoire nationale. Mais il est à reconnaître que c’est le trucage des élections législatives dans plusieurs circonscriptions électorales par la cour constitutionnelle sur ordre du PR dans le but non seulement d’assurer au RPM, le parti du PR, la majorité à l’AN, mais encore de s’assurer du contrôle du pouvoir pour le reste du mandat et de propulser ses hommes de confiance pour assurer ses arrières lors des prochaines présidentielles de 2023, qui a mis le feu à la poudre.

C’est dans ce contexte, pour me résumer qu’un large front s’est mis en place sous l’autorité morale et politique de l’influent Imam Dicko pour demander la démission du PR et de l’ensemble de son régime. Ainsi deux grands rassemblements populaires ont été organisés : le 05 Juin et le 19 Juin. Si le PR et son clan avait tenté d’ignorer leurs adversaires, des personnes physiques et morales les ont conseillés à ouvrir le dialogue. L’article 39 de la synergie que le gouvernement ne voulait pas appliquer a été cédé à qui de droit. Ce qu’il faut également noter, c’est que le régime est atteint jusque dans son cœur. Quatre juges de la cour constitutionnelle rendent le tablier. Ce n’est pas tout, le front a réussi à installer une fissure au sein des élus, entre ceux veulent l’organisation des élections législatives partielles et ceux qui proposent la dissolution pure et simple de l’AN.

Au regard de tous ces éléments, le problème malien a un seul nom à savoir la défaillance de l’Etat de droit démocratique. À l’origine donc de la crise à laquelle notre pays se trouve confronte, à mon avis, il y a la défaillance du système politique. Evidemment, pointer du doit la mauvaise gouvernance, pour dire autrement les choses, revient à remettre en cause le mode de gestion des affaires publiques en vigueur. Je n’ai pas la prétention de confondre la forme du pouvoir advenue au Mali au lendemain de ce qu’il est convenu de nommer la révolution démocratique et les régimes fondés sur le monopartisme qui l’ont précédée. Bien que distincts, ces deux formes de gouvernement ont fonctionné tous à partir de la centralisation et de la concentration du pouvoir même si elles ont été contraintes parfois à faire des concessions maigres au gré des circonstances historiques. Dans le fond, elles étaient toutes les deux bâties sur un mode de gouvernement qui ne tôlerait pas la libre expression des oppositions et des contradictions consubstantielles à la société elle-même. Si elles peinaient à les empêcher de s’exprimer, elles procédaient purement et simplement à vouloir désespérément à les supprimer. Ainsi n’étant pas arrivées à s’exprimer sur le plan politique, ces oppositions, contradictions et conflits culminent en violence ouverte. C’est ce qui va conduire au coup d’Etat du 19 Novembre 1968. C’est encore ce manque d’espace de liberté d’expression des conflits politiques et sociaux qui va conduire fondamentalement au renversement du régime du général Moussa Traoré en 1991. Je n’ignore pas que, pour expliquer la crise politique qui secoue notre pays, depuis des décennies, il est possible de mobiliser d’autres facteurs. Je sais également que corolairement d’autres solutions sont envisageables pour apporter la quiétude dans le pays. Je me réserve ici de les énumérer parce qu’ils sont, tout simplement, connus de tous. Je me borne à dire qu’à mon avis la cause et la solution au problème malien ne sont pas séparées. Elles forment une seule et même chose et celle-ci, en dernière instance, se nomme le fantasme de mettre fin à la politique.

On peut me reprocher que pourtant malgré l’avènement de la démocratie, le pays n’est pas toujours arrivé à mettre en place des institutions fortes sans lesquelles, il est impossible de parler de stabilité politique et sociale. Il est même possible de dire que l’instabilité n’a jamais été aussi grave que sous la démocratie. Je dirai tout simplement que si notre pays peine à sortir de la crise, malgré l’avènement de la démocratie, si elle s’y aggrave, c’est parce que la lutte pour la démocratie est restée une symphonie inachevée. Il se trouve que dans notre pays on a réduit la démocratie, non seulement à une affaire d’institutions, mais pire celles-ci, si elles sont démocratiques, ne le sont que de nom. Le pouvoir despotique, pour ne pas dire tyrannique, se déguise en démocratie parce qu’il écrase les faibles parfois même s’ils sont innocents et caresse, décore voire propulse les plus forts mêmes s’ils sont désignés criminels à tous les égards. L’affaire Birama Touré en est une illustration. Croyez-moi mes chers compatriotes, il en existe encore d’autres exemples comme le détournement des derniers publics, le vole du vote des citoyens lors des dernières élections législatives. Certainement, vous en connaissez d’autres vous-mêmes si vous n’avez pas vous-mêmes été victimes. Vous convenez, Mesdames et Monsieur, avec moi, n’est-ce pas, que dans une telle société, il est impossible de construire la stabilité, un pays où l’impunité est érigée en système, pire un pays où les innocents payent à la place des criminels. Un Etat démocratique est un Etat où règne, même pas seulement « l’Etat de droit » parce que certaines monarchies l’ont connu comme l’Ancien Régime balayé par la Révolution de 1789 en France, mais surtout un « Etat de droit démocratique ». Or là où il y a Etat de droit démocratique, tous les citoyens, qu’ils soient faibles ou puissants, riches ou pauvres jouissent des mêmes droits, c’est-à-dire égaux. Pour le dire autrement, dans l’Etat de droit démocratique, nul ne saurait être au dessus de la loi. On se souvient encore de l’affaire dite affaire D. S. K. Ce qui est remarquable dans ce dossier, c’est le fait qu’il oppose un puissant homme à une simple femme de ménage. Mieux encore ce qui y impressionne, c’est le fait qu’à la suite de la plainte de la femme de ménage pour tentative de viole, le grand Directeur général d’une des plus importantes institutions financières du monde, le Fonds Monétaire  international (F. M. I.), a été arrêté, puis emprisonné. Oui, c’est impressionnant pour nous autres parce que non seulement, un tel exemple ne s’est jamais produit dans notre pays à ce que je sache, mais pire on craint qu’il ne mette encore du temps à se produire. Ce qui revient à dire que la démocratie est un leurre chez nous parce qu’on ne saurait parler de démocratie véritable dans une société où il n’existe pas un minimum d’Etat de droit démocratique, ou bien, pour le dire comme Tocqueville, sans l’avènement de l’« égalité de conditions ». Il faut comprendre que la démocratie exige le droit à l’l’éducation, à la santé, au logement, à la sécurité des personnes et de leurs biens, pour tout dire au bien être et à la parole pour tous les citoyens. C’est pur dire que qu’un pays ne saurait accéder à la stable sans un véritable ancrage démocratique. Donc la stabilité et la démocratie vont de paire. Elles sont comme le recto et le verso d’une même feuille. On peut me reprocher le fait de réduire la stabilité exclusivement à sa forme intérieure et donc d’occulter l’instabilité venant de l’extérieur du pays et donc supprimer la question du terrorisme pour les uns et du néocolonialisme pour les autres. N’est-ce pas, on se souvient de ces mots de l’ancien président Amadou Toumani Touré qui disaient que la guerre au Mali est une guerre internationale et par conséquent, elle ne peut être gagnée qu’à la condition que les pays associent leurs efforts. Dans le même sens l’ancien PM, Moussa Marra après sa célèbre et controversée visite de Kidal disait ouvertement que ce qui se joue au Mali est purement politique et la solution pour en sortir ne peut être qu’également politique. Peut être par le terme politique, il entendait désigner le dialogue. Il n’a pas tort quant on sait qu’une crise d’une telle ampleur implique forcement des rapports interétatiques. Cependant, il est possible de lui compléter qu’elle implique forcement en dernière analyse une politique intérieure défaillante parce que réfractaire à l’Etat de droit démocratique surtout lorsque l’on sait que celui-ci ne désigne pas que le simple nivèlement de la société. Il suppose aussi l’expression libre des conflits qui opposent les individus et les groupes, les uns contre les autres.

Pour résoudre aujourd’hui la crise qui oppose le camp du PR et du M5 sous l’autorité morale de l’Imam Dicko, il faut sortir du juridisme étriqué pour s’inscrire dans la voie politique. Personne ne peut nier la réalité de la crise. Pour y remédier, il faut aller à un accord politique. Conformément aux objectifs du M5 cet accord peut consister à maintenir le PR jusqu’à la fin de son mandat, un président qui va se contenter d’un pouvoir consultatif. Ce qui implique qu’une transition de trois (3) ans va être entreprise avec un PM de plein pouvoir qui va être désigné par les forces vives de la nation. Il va être chargé de conduire l’exécutif. Toujours pour atteindre les objectifs du M5, il faut dissoudre la Cour Constitutionnelle et son remplacement par une nouvelle cour qui va être formée sur la base des nouvelles modalités qui vont être fixées par une Assemblée Constituante mise en place par les FV de la nation. Ce qui implique la dissolution de l’AN qui pose problème. Les organes de la transitions vont œuvrer à corriger tous les tares de notre système politique. Je reste convaincu que c’est ce qui est mieux aujourd’hui pour le PR et son clan ainsi que pour notre pays. Le pire des meilleurs pour le régime et le pays, c’est aussi négocier la sortie honorable du PR et de son régime.

Si les deux parties en conflit n’arrivent pas à se mettre d’accord sur ce double plan de sortie de crise, les rapports de force de risquent de continuer. Ce qui pourrait conduire le pays à un coup d’Etat pour le tirer ou replonger dans la crise. Ce coup d’Etat peut être porté par la partie des FAMa proche au PR et à son clan. Ce qui, au lieu de régler la crise, risque de l’accentuer au risque de sacrifier le PR, sa famille et certains de ses collaborateurs les plus radicaux. Le Coup d’Etat  peut venir de la partie des FAMA proche du M5. Il aura l’avantage de calmer le M5 mais cependant risque de transformer le camp du PR en opposition. Celle-ci pourrait également engager un bras de fer avec le pouvoir qui va être mis en place par et à partir du M5. Enfin, c’est également possible, que ce soit une partie patriotique et révolutionnaire des FAMa qui vont prendre le pouvoir. De toute manière le PR ne peut plus continuer à gérer comme le faisait auparavant. Pour ne pas tout perdre il est obligé désormais de faire de concessions larges.

 

Bakabigny KEITA

Professeur de philosophie politique

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