Mot de la semaine : Retrait

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C’est sous la pression de la rue que le Président de la République, IBK, est descendu de son piédestal royal pour rencontrer  les forces vives de la nation autour du projet de révision de la Constitution du 25 février 1992. Le couteau sous la gorge, après la grande marche du rejet, et ayant le sentiment d’être seul, après la prise de position de certains partis de la Convention de la Majorité Présidentielle (CNID, Yèlèma, Adéma, etc.) en faveur d’un  retrait  définitif ou partiel, IBK a décidé  de reporter le referendum sur la  révision de la constitution à une date ultérieure. Il semble lui-même convaincu de l’infaisabilité de son projet, mais par orgueil et pour ne pas donner l’impression d’avoir capitulé face à ses opposants, il la soumettra certainement à une seconde lecture en essayant d’impliquer le maximum d’acteurs et de compétences, ce qu’il avait voulu éviter à tout prix. La question que bon nombre d’observateurs se posent est celle de savoir pourquoi le Président de la République n’a-t-il pas impliqué en amont toutes les forces vives du pays, comme en 1992. A-t-il oublié  que le dialogue et la concertation sont des valeurs cardinales de notre société ? Le rejet par l’opposition et une partie de la société civile de l’Accord pour la paix et la réconciliation issue du processus d’Alger, pour non implication, n’a pas servi de leçon au Président de la République. Autrement, il doit rattraper cet impair en impliquant cette fois-ci tout le monde.  Plus que l’Accord pour la paix et la réconciliation, la Constitution est la loi fondamentale, la boussole d’une République, donc sa révision ne saurait être  l’affaire  d’un cercle restreint, fut-il d’élus et d’initiés. C’est pourquoi les Maliens, toutes tendances politiques, confessionnelles et syndicales confondues et dans leur large majorité se sont mobilisés  comme un bloc compact pour demander le retrait du projet de révision constitutionnelle. Ainsi, face à la pression des opposants de la classe  politique et de la société civile, IBK n’avait d’autre voie de recours que le retrait. Toute autre option aurait été suicidaire pour lui et périlleuse pour la Nation.

IBK a désormais une seule et unique option  sur son bureau après ce retrait : renouer le fil du dialogue rompu entre son pouvoir et un pan considérable de la société, un dialogue auquel il a souvent mécru au profit du forcing et de la condescendance. Car, pour tout, c’est moins le texte qui est en cause que le contexte : le moment et les conditions du référendum, mais  aussi les manières, la gouvernance et le bilan du pouvoir.

Youssouf Sissoko

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