Moussa Sey Diallo, élu URD en commune I : «Une candidature légitimée juste par la fortune est néfaste pour un Mali qui a besoin de leadership avéré»

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Moussa Sey Diallo est un élu de l’Union pour la République et la Démocratie (URD) en Commune I du District de Bamako. Il est le secrétaire adjoint chargé de la communication du Bureau politique national (BEN) du parti du regretté Soumaïla Cissé. Homme de principes, il se distingue par ses prises de position souvent pertinentes. Dans cet entretien, nous avons abordé son engagement politique, la ruée vers l’URD à la veille de la prochaine présidentielle, de la transition…

 Le Matin : Quelle est la motivation de votre engagement politique ?

Moussa Sey Diallo : Je pense que tout citoyen a un devoir vis-à-vis de son pays. Et chacun peut manifester ce devoir selon son entendement. En ce qui me concerne, l’engagement citoyen m’a amené à m’intéresser à la chose politique qui, pour moi, doit être le cercle qui donne une direction à la nation selon une vision. Alors ma seule motivation reste l’engagement patriotique. Je suis persuadé que nous pouvons changer l’image du politique quand nous arriverons à être plus nombreux à nous y engager pour l’amour du Mali.

Six mois après le décès de Soumaïla Cissé (paix à son âme), comment se porte l’URD aujourd’hui ?

Six mois après le décès du président fondateur, l’honorable Soumaïla Cissé, l’URD se porte bien malgré les secousses. Effectivement, nous ne pouvons pas dire que le parti se porte comme un charme. Et d’ailleurs cela est bien normal. On ne perd pas un homme aussi charismatique comme Soumaïla Cissé sans que son absence ne cause des sueurs froides. L’URD, aujourd’hui, se tient bon. C’est pourquoi on voit le parti se dresser à travers des conférences nationales organisées un peu partout. De Bamako, à Kayes, en passant par Ségou et Koulikoro, toutes les régions organisent leur rentrée politique avec des mobilisations record comme pour dire : «Nous tenons». Demain samedi (l’entretien a eu lieu le vendredi 2 juillet 2021) Sikasso aussi organisera la sienne. Tout comme Mopti, Gao et Tombouctou sont déjà dans les préparatifs. L’URD veut vivre et veut porter haut la vision de feu Soumaïla Cissé.

Cependant, parallèlement à cette frénésie dans la mobilisation qu’aucun autre parti n’a encore sur le plan national, vu sa force d’organisation et grâce à son occupation territoriale, la cohésion de l’URD est quand même mise à rude épreuve. Une lutte de leadership s’y tient. L’issue de ce face-à-face donnera sûrement les orientations futures du parti.

Qui sont les acteurs de cette lutte de leadership ?

Les orthodoxes, dont moi-même, tiennent à ce que le parti soit tenu par la vision de Soumaïla Cissé. Nous pensons que le flambeau doit être porté par un ancien du parti, qui a été là, dans les moments des conceptions qui ont fait le programme exceptionnel qui a élevé Soumaïla Cissé aux yeux de ses concitoyens. Pour nous, la confiance du peuple dont l’URD bénéficie, s’est fait grâce au programme de Soumi champion. Ainsi, quelqu’un d’autre ne peut le porter en dehors de ses véritables disciples.

Mais il y a aussi cette autre frange qui, en faveur des arrivages dans le parti, pense que l’URD peut prendre l’un des nouveaux arrivants. A eux, je dis que l’on ne donne pas le drapeau à un converti. Ils doivent d’abord faire leurs preuves de militantisme. Mais, ce qui est remarquable dans toute cette situation, c’est le fait que nous n’avons encore aucune démission d’aucun cadre du parti. Cela signifie beaucoup.

 Justement, qu’est-ce qui explique la ruée d’éventuels candidats à la prochaine présidentielle vers votre formation politique ?

Cela prouve que le parti vit bien dans ses instances, qu’il est bien implanté et qu’il a une organisation solide. Sans oublier que beaucoup pensent que le décès du candidat naturel de l’URD  (Soumaïla Cissé décédé le 25 décembre 2020 à Paris des suites de Covid-19) a laissé un boulevard pour la candidature. Qu’ils sachent que l’URD est un parti ouvert à tous, que chacun y est invité, mais qu’il y’a aussi des règles et que ce sont des hommes qui ont accompagné feu Soumaïla Cissé pour que son œuvre soit enviée aujourd’hui. Ces hommes savent être tenaces, ils ont su montrer qu’ils savent être assez patients et ils savent pourquoi pendant sept ans ils ont combattu le pouvoir en place presque les mains nues.

Selon vous, quels sont les critères qu’un candidat doit remplir pour occuper le starting-block de l’URD à la prochaine présidentielle ? 

Le candidat de l’URD doit connaître obligatoirement la vision de Soumaïla Cissé, connaître le programme de société qui a fait qu’il a été apprécié par les Maliens, qui a rehaussé son parti et qui a surtout maintenu ses militants. Ensuite il doit connaître et être connu par les militants de base du parti URD ; il doit savoir l’engagement et l’apport de chacun. Il doit savoir aussi convaincre les Maliens, par sa prestance, par son discours et surtout par sa faculté à motiver son équipe. En résumé si le candidat peut porter le projet de Soumaïla Cissé, rassembler le parti autour du lui, et enfin séduire les Maliens, il est bon comme porte flambeau de l’URD.

Pensez-vous que le choix d’un candidat URD bon teint soit réaliste dans le contexte actuel ?

Si la candidature d’un militant qui connaît le parti, son idéologie, ses péripéties, ses forces et faiblesses, sa ressource humaine et sa vision, ne peut pas être un bon choix, quelle candidature sera alors meilleure ? Une candidature légitimée juste par la fortune est néfaste pour un Mali qui a besoin de leadership avéré et de la mobilisation de tous ses fils pour sa survie. Elle est aussi une mort certaine de l’œuvre d’un homme exceptionnel, qui a bâti un instrument exceptionnel de développement de sa nation.

Si vous devez choisir entre Me Demba Traoré, Mamadou Igor Diarra et Boubou Cissé. Quel sera votre choix ? 

En vous basant sur mes réponses des questions précédentes, vous pouvez facilement trouver le portrait-robot du candidat de l’URD. Mais pour le moment je ne dirais pas de nom, car le bureau national n’a pas encore décidé d’un appel à candidature.

Comment va se passer le choix du candidat de votre parti ?

Nos textes sont très clairs en la matière. Il faut juste vous approcher du secrétariat général, et vous serez complètement renseigné.

Pensez-vous que la cohésion au sein de l’URD va résister au choix d’un candidat pour la présidentielle ?

L’URD a beaucoup subi, depuis le kidnapping de son président à son décès, le parti tient bon. Il n’a pas connu de démission, au contraire il a enregistré des adhésions. Alors nous pouvons dire que ce parti tiendra et cela malgré tout. Il tiendra parce que beaucoup de ses cadres ont compris que leur salut politique se trouve à l’URD. Et ils feront tout pour que le parti résiste à tout.

Quel est selon vous le profil idéal pour le futur président du Mali ?

Le Mali actuel a besoin d’un président qui vient d’office d’un grand parti. Il doit être patriote, diplomate, mais surtout être un homme de conviction. Il doit savoir se mettre au-dessus de la mêlée. Il doit être un homme engagé, décisif, qui a une grande compréhension des enjeux sécuritaires et sociaux. Il aura pour mission de créer un nouvel Etat, un nouveau Malien afin d’asseoir le socle du Mali à développer.

Quelle est l’analyse des événements survenus dans notre pays le 24 mai dernier ?

Pour moi les évènements du 24 mai 2021 sont les conséquences d’un parachèvement mal achevé. La junte a déclaré venir parachever l’œuvre Du M5-RFP. Mais, dans les faits, elle a conclu autrement son œuvre. Cela a instauré un climat malsain qui a fini par exploser.

  Est-ce qu’une rectification était vraiment nécessaire à ce stade de la transition ?

Personnellement je crois qu’il fallait reprendre les choses. Mais pas juste pour faire plaisir, plutôt pour pouvoir régler les problèmes. Aujourd’hui, le M5-RFP a été réhabilité, son président dirige présentement le gouvernement. Alors il doit pouvoir mettre en exécution ses revendications. Cependant, il faut quand même prendre en compte que malgré cette réhabilitation, la réalité du pouvoir reste entre les mains des militaires. Donc le PM Choguel Kokala Maïga doit savoir rassurer ses nouveaux partenaires stratégiques, apaiser ses compagnons de lutte, faire comprendre aux Maliens que l’objectif va être atteint… Et tout cela sous l’œil vigilant de la communauté internationale.

Une prolongation de la transition ne s’impose-t-elle pas aujourd’hui ?

Pas forcément si les autorités actuelles s’attaquent à l’essentiel !

 Quelles doivent être maintenant les priorités des autorités de transition ?

Les priorités pour les autorités de la transition doivent être claires et clairement exposées. Elles doivent chercher à sortir le Mali de l’illégalité institutionnelle afin qu’il puisse prétendre se sortir du marasme socio-politico-sécuritaire. Le Mali a besoin d’un président élu, pas d’un président consensuel forcément. Mais d’un chef de l’Etat légalement désigné qui pourrait légitimement parler en son nom et le défendre dans le concert des nations. En plus de cela, il faut une assemblée nationale légitime. Avec un président légitime, un gouvernement légitime et une assemblée nationale légitime, nous serons parés pour lancer le Mali kura. Donc aujourd’hui la priorité de la transition doit être de nous faire rentrer dans la légitimité.

Quel appel lancez-vous aux forces vives de la nation pour la réussite de la transition ?

Les Maliens doivent comprendre que le Mali est un pays aux territoires envahis de nos jours. Le seul objectif est donc de libérer toutes nos terres. Pour que cela soit une réalité, il faut que les Maliens acceptent de se rassembler autour de la nation malienne. Et se réunir aujourd’hui autour du Mali, c’est renforcer nos autorités, donc la transition. Nous devons la renforcer pour qu’elle nous serve à retrouver un Mali normal. Et c’est pourquoi nous devons le faire avec clairvoyance et avec engagement. Savoir alerter quand il le faut, savoir foncer quand il faut. Nous devons devenir des patriotes qui veillent sans faille, car l’avenir de la nation se joue.

Propos recueillis par

Moussa Bolly

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