Soumaïla Cissé : Les défis de l’après-libération

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Quelques sept mois de captivité, bien moins que les 27 ans de prison que Nelson Mandéla a vécus,  mais la dureté des conditions de vie endurées par l’homme politique tient bien de l’épreuve. Le président de l’Urd saura-t-il s’y révéler en grand ou va-t-il y échouer ? Somme toute, il est maintenant face à lui-même et face à son destin politique qui est, de toute évidence, l’ultime mission de la vie qui lui reste.

Au grand soulagement de tous, sa famille en tête, cela va sans dire, Soumaïla Cissé a été libéré après avoir passé près de sept mois aux mains de ses ravisseurs qui l’auront trimbalé des régions du delta central du Niger aux confins du grand Sahara. Il était, en effet, en campagne électorale le 25 mars 2020 dans sa circonscription de Niafunké pour les législatives quand il a été enlevé dans l’après-midi au terme d’une robuste opération de rapt au cours de laquelle son garde du corps a été mortellement atteint, puis il succombera. Le pays tout entier a alors retenu son souffle et la chronique a tenu les citoyens en haleine au fil du temps. Inutile désormais de remuer le couteau dans la plaie en rappelant sans cesse que Ibrahim Boubacar Keïta n’a pas eu pour lui ne serait-ce qu’un mot de compassion dans son adresse à la nation du même jour dans la soirée  ou que ce sont les plus hautes autorités qui avaient donné l’assurance que toutes les conditions de sécurité étaient réunies pour le bon déroulement des campagnes législatives sur l’ensemble du territoire national. L’essentiel aujourd’hui est que Soumaïla Cissé est retrouvé vivant et, de visu, en très bonne forme; il faut remercier le ciel pour cette générosité.

 

Impressionnant parcours

Soumi Champion n’est pas n’importe qui. Son parcours professionnel et politique est époustouflant. De Pechiney et autres grosses entreprises françaises à la CMDT, puis secrétaire général de la présidence de la République du Mali, ministre de l’économie et des finances, président de la Commission de l’Uemoa, challenger par trois fois à l’élection présidentielle contre deux candidats de taille, ATT en 2002 et IBK en 2013 et en 2018, non sans être député et chef de file de l’opposition malienne, il est un grand à tous points de vue, en tout cas pas du tout un individu banal. Pour ces raisons, son histoire n’a pas fini d’être contée. Au contraire, sa libération des griffes de ses ravisseurs ouvre le premier épisode d’une série qui se terminera en apothéose dans dix-huit mois ou en déception. Ce n’est pas pour rien que sa libération, pourtant souhaitée par tous et pour laquelle des prières ont été faites en dehors des cercles officiels, a été curieusement et inattendument  accompagnée par des salves d’une rare virulence contre sa personne. Il a désormais droit à des propos peu amènes, à des attaques, à tous les noms d’oiseaux, aux invectives et aux injures. Ce ne sont pas les feutrées bisbilles de la faute à Voltaire ou de la faute à Rousseau, mais les adversités politiques ont bien démarré pour le moins sur des chapeaux de roue et, il faut s’y habituer, pour une longue durée qu’il faut mesurer à la taille de la Transition.

 

Des obstacles et des pièges nouveaux

D’un calvaire à un autre, Soumaïla Cissé n’aura pas de répit. Bien de calcaires l’attendent, des pesanteurs qui seront au-dessus de sa tête comme l’épée de Damoclès. Saura-t-il se refaire la bonne santé physique et psychologique pour affronter les tourbillons qui se déchaîneront régulièrement contre lui? Ses premières réactions sur les médias après sa libération, sans que l’on puisse les classer formellement dans la catégorie des opérations de Com’ bien mûries et bien soignées, montrent en tout cas un homme physiquement bien portant, alerte, avec une vivacité renouvelée, ayant le sens de l’humour et le don de la repartie, plein d’entrain, comme pour signifier qu’il est conscient de ce qui l’attend et qu’il ne se défaussera nullement des responsabilités qui lui incombent. Cette parfaite image de l’homme politique est maintenant à scruter pour savoir si Soumaïla Cissé tiendra bon, vaille que vaille.

Il doit reprendre en main son parti, l’Urd, qui a beaucoup souffert de son “martyre” au point que c’est un miracle s’il ne s’est pas disloqué durant le temps de l’épreuve; mais ce peut aussi être le signe que c’est un parti d’une solidité appréciable. 

SC en est de toute évidence conscient, il a dit se donner le temps de s’informer, donc de comprendre et de cerner les évolutions opérées à son absence. Il le lui faut, en effet. Il recouvre la liberté et rentre auprès des siens dans un contexte nouveau marqué par la présence de nouvelles autorités au sommet de l’État, mais surtout par la chute du régime d’IBK qui ne lui facilitait pas le déroulement de ses activités de chef de file de l’opposition et qui ne manquait pas pour cela de donner quelques assauts sur sa citadelle politique. Beaucoup pensent néanmoins qu’avec son élargissement récent, le destin présidentiel de Soumaïla Cissé est tout tracé, sorte de clin d’œil à l’histoire de Nelson Mandéla. Mais, en politique comme sur d’autres fronts, rien n’est jamais joué d’avance, rien n’est définitivement écrit et pas moins scellé.  Des obstacles et des pièges nouveaux sont dressés. Soumi saura-t-il les éviter ?

Certes, si l’on veut tenir à la vérité, les partis politiques considérés comme les plus grands ne sont plus en réalité des foudres de guerre sur l’échiquier. On peut même voir qu’ils partent tous à vau-l’eau. Les militaires qui ont pris le pouvoir le 18 août dernier ont aussi multiplié les crocs-en-jambes pour confiner les formations politiques traditionnelles dans un rôle de spectateurs abasourdis. Il leur est même prêté des arrières-pensées pour la saison politique prochaine.  À considérer cette situation nouvelle et réellement peu favorable, surtout en tenant compte des inconnues qui marqueront la période transitoire et sa fin, l’homme Soumaïla Cissé, le politicien, a du travail à abattre : il lui faut rassembler le maximum d’acteurs politiques autour de sa personne et de son projet, lesquels seront des relais auprès des électeurs. Il va devoir encaisser beaucoup, jouer le fair-player le plus souvent sans jamais égarer sa boussole, contourner bien des écueils, surtout éviter des déclarations susceptibles d’être exploitées contre lui. Question de tempérament et d’intelligence, Soumaïla Cissé est à un tournant qu’il ne doit pas rater.

Amadou N’Fa Diallo

 

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1 commentaire

  1. La médiation de Dr Anasser Ag Rhissa entre pro-IBK et anti-IBK incluant la proposition d’une plateforme de négociation avec les Djihadistes pour la libération de Soumaila Cissé était partie sur des bonnes bases.

    Si on avait considéré mes propositions lors de ma médiation entre pro-IBK et anti-IBK, on n’en serait pas là ET surtout on aurait négocié une paix durable au Mali.

    Ce n’est pas encore perdu car je propose toujours une concertation nationale pour la paix et la réconciliation entre Maliens avec un volet négociation avec djihadistes pendant laquelle on pourra négocier cette paix durable avec un cessez-le-feu garanti par tous les acteurs concernés sous l’égide du Mali et de la communauté internationale.

    Devant le tout militaire en face des djihadistes, l’Algérie propose un règlement politique global inter-Maliens.

    D’après moi, une combinaison des deux approches sera judicieuse
    avant d’arriver à une stabilité et à une paix durables au Mali et au sahel gages à une sécurité et un développement durables.

    Ne mettons pas de côté les idées et propositions pertinentes. Évaluons-les et mettons-les en oeuvre si elles apportent ou apporteront une valeur ajoutée pour la nation malienne et la zone Sahel.

    Bien cordialement

    Dr Anasser Ag Rhissa, ex candidat extorqué de sa victoire au poste de président de la transition au Mali, TEL 78731461

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