Babani Sissoko répondant un jour aux questions de Bamoussa Sissoko de radio Benkan : «Depuis mon enfance, je m’étais fixé des buts. Dieu merci, j’ai pu les accomplir sans trop de difficultés»

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«Dieu nous donne une fortune immense, c’est pour le partager avec nos compatriotes…»

L’homme d’affaires Babani Sissoko, plus connu sous le nom de Baba Sora est décédé, le dimanche 28 mars dernier, à Bamako des suites d’une longue maladie. Baba Sora était connu pour sa fortune, sa “générosité”, notamment envers les griots et les artistes. Il fit la prouesse jamais vue au Mali en reconstruisant intégralement son village. La compagnie aérienne qu’il a créée porte de nom d'”Air Dabia”. Des dons aux joueurs, aux Maliens de l’extérieur en détresse, aux pauvres qui formaient une file indienne devant son domicile, aux griots et autres laudateurs, aux réalisations dans son village natal Dabia et bien d’autres, Baba Sora aura partagé avec tout le Mali sa richesse sans compter. Nous vous proposons ici l’interview qu’il avait accordée, il y a un an, à Bamoussa Sissoko de Radio Benkan.

 

Bamoussa Sissoko : Sora comment allez-vous ? Cela fait longtemps que le public n’a plus de vos nouvelles ?

Baba Sora : Je remercie Dieu. Aujourd’hui est mieux que hier. Je rends grâce à mes parents qui m’ont permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Et je ne cesserai jamais de remercier Dieu pour avoir recouvré la santé, je remercie aussi mes parents, mes amis et voisins. On nous apprend à respecter les aînés, les mères pour éviter les malédictions. On nous apprend aussi à respecter les autorités. Tous ceux-ci sont des recommandations de Dieu, donc nous faisons des bénédictions pour nous et les autorités. J’exhorte chacun au respect des parents, des aînés et des autorités.

Vous avez beaucoup voyagé, engrangé beaucoup d’expériences. Quels sont vos bons et mauvais souvenirs ?

Les griots, leur rôle, c’est la reconnaissance de bonnes actions. Celui qui reconnait les bonnes actions est à saluer. Dieu a donné une chose à l’homme, le nom. Un homme ne disparait jamais. Les griots sont là pour exalter les hauts faits. Tiéba, Babemba, sont toujours loués de nos jours. La vie ne peut pas être faite que de moments de joie ou de peine, il faut accepter cela. Il y a vingt ans, tu avais honte de faire visiter Bamako par ses hôtes, mais maintenant, il y a de beaux hôtels, des restaurants sélects.

Quel appel avez-vous pour les expatriés ?

Partir à l’étranger n’est pas difficile, mais revenir au pays c’est cela la difficulté. Il y a des expatriés qui gagnent des milliards, mais qui ne se soucient pas du tout de leurs parents ou du pays. La conséquence de ce genre de comportement est une mauvaise fin car si tu trouves une fortune, arrange-toi pour faire profiter les autres. Avoir des milliards est un secret, et celui qui cherche à savoir ce secret risque d’y laisser sa vie. Dieu n’est pas bête, il nous donne une fortune immense, c’est pour le partager avec nos compatriotes. La vie n’est pas facile.

Quelles sont vos relations avec les artistes qui ont chanté votre gloire comme Kandia Kouyaté, Tata Bambo, Naïny Diabaté, Babani Koné…

Les griots sont ce que nous appelons les personnes qui reconnaissent le bienfait et perpétuent le nom. Il y a des personnes qui entendent parler de nous alors qu’à l’époque ils n’étaient pas nés, les artistes sont très importants.

Quel regard portez-vous sur vos actions notamment à Dabia ?

La vie, c’est une mission. Mes actes à Dabia, il y a plein de gens qui veulent faire plus. Mais la vie est une mission, une destinée. Depuis mon enfance, je m’étais fixé des buts. Dieu merci, j’ai pu les accomplir sans trop de difficultés.

Etes-vous en contact avec les autorités ?

Non, je suis un paysan, un homme d’affaires. Je ne réclame rien, même pas de médaille. Une fois, j’ai pu faire évacuer nos compatriotes du Congo-Brazzaville en intervenant près de Pascal Lissouba, ils étaient au nombre de 1664 personnes.

Qu’avez ressenti pour avoir sauvé ces vies humaines ?

Ce n’est pas moi qui les ai sauvés. C’est Dieu, je n’ai été que l’instrument de sa Volonté.

Au Nigeria, vous êtes aussi intervenu pour sauver des Maliens en difficulté. Ils avaient des difficultés pour éponger leurs frais d’hôtel. Nous sommes intervenus pour solder cela. Ils mènent une vie paisible maintenant.

Lors du tournoi de football Cabral, vous  avez offert  8 millions de Fcfa à chacun des joueurs,  pourquoi ?

Ils sont venus me voir comme il y a un pacte de cousinage entre moi et les Touré. J’ai demandé à Bassala Touré (fils de Nany Touré) ce qu’il voulait. Il m’a dit qu’il y a des terrains à l’ACI 2000. J’ai donné à chacun 8 millions de Fcfa.

Quels sont aujourd’hui vos contacts avec vos amis à travers le monde ?

Avec des amis, on ne se sépare pas. J’ai connu beaucoup de présidents, mais je n’ai pas collaboré avec eux. Aux Etats-Unis, j’ai connu des problèmes pour avoir été invité par le président Bill Clinton. J’ai été convoqué au tribunal, j’ai assuré ma défense moi-même.

Vous avez été le premier Malien lors de votre retour des Etats-Unis à amener beaucoup de choses comme les marques de voiture Hammer, Lexus en 4×4…

Le Malien est jaloux, c’est notre force, il veut toujours faire plus que l’autre. Bientôt, il y aura des Maliens qui poseront leurs propres jets privés.

Et la politique ?

Je suis maire pour aider ma communauté. Sinon je suis paysan. Cette année, je n’ai pas pu cultiver mon champ à cause de la maladie. Mes machines étaient en panne.

 Transcrit par M. SANOGO

THIERNO HASS DIALLO, ancien ministre  :

“Baba Sora chanté, Baba louangé, Baba courtisé, 

Baba pauvre. Mais Baba digne !!!! Quelle Humilité”

Je n’ai pas connu Baba de près, mais je l’ai vu de près. Voir de près Baba, c’était à Koulouba, quand au sortir d’un conseil des ministres, l’Association des municipalités était reçue par le président, une après-midi. Le temps des apartés avant l’arrivée du président me donna cette opportunité. Comment ? Un collègue qui est de sa région l’aperçut  de loin presque seul. Ce collègue me tenant la main et me dit d’être avec lui pour saluer Baba de Dabia. Éberlué, je n’en croyais pas ! Frêle, bon  teint nègre, il était assis à même les parterres, portant un boubou Wax déteint. Et dignement, et fièrement, il se leva et nous salua. On l’entraîna avec nous pour être du cercle. J’écourte le récit. Et je l’observe dans sa simplicité. Rien de lui ni en lui ne rappelait le Sora des Nyamakala ! Il a tout donné sans jamais exiger en retour en dépit de son total dénuement. Baba chanté. Baba louangé. Baba courtisé.  Baba pauvre comme un rat d’église. Mais Baba digne !!! Quelle Humilité !

L’autre me fut raconté par l’auteur d’une des plus belles chansons à lui dédiées. Je lui ai fait remarquer que les mots dans sa dédicace à Baba étaient trop parlants pour qui connait en lui la prudence dans le verbe. En effet, il est dit dans cette dédicace à  Baba Sora : “Mon père ne m’a jamais donné de fessées. Ma maman ne m’a jamais insulté. Nonobstant cela, je viens chercher protection auprès de toi… Alors, jouant au damier, son jeu favori”, il me dit ceci : “Thierno, si en causant avec Baba, il t’arrive de découvrir le dessous qu’il porte et que cela te plait, aussitôt Baba, sans dire mot, rentrera dans sa chambre pour sortir avec et te le remet !” Quelle générosité !  Ce qu’aura dit le monde sur la largesse de l’homme en dit long.

Je ne m’inscris point dans ces registres de billevesée sur les origines de la richesse matérielle de l’homme, mais plutôt sur sa richesse morale, voire spirituelle comme Jacob dans la Bible !

C’est le lieu de saluer le devoir de reconnaissance des autorités de la Transition pour la mise à disposition de l’aéronef  militaire aux fins de ramener le corps sur, voire sous la terre de ses ancêtres : Dabia. Et la population de Dabia a fait montre de ce qui fait la grandeur d’un homme : la Gratitude.

Dors en paix Baba Sora, fier descendant de Fakoly !»

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