Chronique de la Refondation : Non à la falsification de l’Histoire !

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Dans la veine de la visite présidentielle à Médine, capitale du royaume peul du Khasso, le 31 octobre 2018, la télévision nationale a diffusé un élément. Elément qui magnifie la «résistance» de Logo-Sabouciré et de  son Chef d’alors, Nya Modi Soussokho  et conforte la thèse soutenue lors du cinquantenaire par le Président de la République ATT :« c’est à partir de Logo Sabouciré que notre Peuple a entamé sa libération de la domination coloniale…».

Thèse décidément trop fallacieuse dans la mesure où la bataille du 22 septembre 1878 marque le véritable point de départ de la conquête coloniale, comme le prouve bien le  Lieutenant GATELET, dans son «Histoire de la Conquête du Soudan français » publié en 1901 chez Berger-Levrault  & Cie Éditeurs, à Paris. En effet, l’auteur y divise « la conquête du Soudan français en trois périodes » dont « la  première » va «de 1878 à 1888, période de création, durant laquelle les Français s’établissent sur le haut Sénégal et le haut Niger, brisent la puissance des Toucouleurs fixés dans la contrée ainsi que la résistance du prophète Mahmadou-Lamine et entrent en guerre avec Samory »; et « la  deuxième, de 1888 à 1896, au cours de laquelle le Soudan français achève de se constituer ».  A cette période « marquée par la destruction des royaumes d’Ahmadou et de Samory, et par la prise de Tombouctou » s’ajoute une « troisième » allant «de 1896 à 1899  caractérisée par l’occupation de la Boucle du Niger, la liaison du Soudan français avec les colonies de la Côte d’Ivoire et du Dahomey » et se terminant «  par la capture de Samory ».

Alors, « Logo Sabouciré » point de départ de la «libération» de  « notre Peuple de la domination coloniale »?

Non à la falsification de l’Histoire, puisque  Logo-Sabouciré et son Chef n’ont jamais résisté à la pénétration coloniale. Comment l’auraient-ils d’ailleurs pu? A l’origine,  province du royaume malinké du Bambouk, Logo-Sabouciré  a fini par tomber dans le giron du royaume peul du Khasso. C’était à la suite d’un conflit qui opposa le Roi Hawa Demba Diallo au chef de la province,  Makhan Fatou (ou Makhan  Fatouma) Soussoukho. Ce dernier perdra d’ailleurs la vie dans ce conflit. Depuis le Logo-Sabouciré est devenu vassal du royaume peul du Khasso. Cet état de dépendance politique, Nia Mody Soussoukho s’est toujours battu pour le changer sans succès.  Cette vassalité a ainsi  prévalu jusqu’en  1855. Année qui marque la naissance de la confédération du Khasso.

Là-dessus, voilà ce que l’administrateur-adjoint des Colonies, Charles Monteil écrit: « le gouverneur avait su influer sur les chefs du voisinage pour leur faire comprendre combien leurs querelles continuelles les mettaient à la merci du conquérant foutanké. Par d’habiles manœuvres, il les amena à se réconcilier et à former une sorte de confédération alliée de la France, ayant pour représentant vis-à-vis de nous Djouka Sambala et pour centre de résistance Médine: cette entente fît l’objet du traité du 30 septembre 1855 ».  Traité dont  Nya Modi Soussokho, Chef de Logo-Sabouciré, est bel et bien signataire.

Et ce traité-là stipule en son article 4 que «les chefs du pays  s’engagent, à moins de force majeure, à assurer la sécurité des sujets français et de leurs biens sur leur territoire, comme nous assurons celle de ‘leurs sujets dans nos établissements ». Mieux, l’article 6 du traité édicte: « Les chefs et habitants du pays de Khasso promettent d’être toujours en paix avec les Français, de chercher à étendre le commerce qu’ils font avec eux, et de ne pas mettre d’obstacle à celui que les Français font avec les pays voisins. ». En retour, et c’est l’objet de l’article 7 du même traité, « le gouverneur s’engage à accorder à ces chefs et à ces populations un refuge sous les canons du fort de Médine, contre toute agression injuste des peuples étrangers ».

C’est justement  en vertu de ce dernier article que le Chef Niamodi Soussokho trouvera refuge à Médine; poursuivi-là par l’envahisseur toucouleur d’alors: « Quelques jours après, le 14 avril, Nya Modi, chef du Logo, fut trahi par ses gens. El Hadj Omar s’empara du pays et notamment de Sabou-siré. Nya Modi se réfugia alors à Médine ».D’autant que cette ville était devenue le «le refuge de tous les adversaires d’El Hadj Omar qui se décida dès lors à s’en emparer. Le 14 avril 1857, Sabou-Siré fut pris et les habitants qui ne périrent pas furent dispersés. El Hadj Omar sachant qu’en cette saison il était impossible aux Français de venir jusqu’à Médine résolut de s’emparer du fort », laisse à la postérité Charles Monteil, dans son ouvrage intitulé «les Kkhassonké, monographie d’une peuplade du Soudan français » publié en 1915, chez Enerst Leroux, éditeur.

Et le bonheur était total quand la France et le Khasso l’emportèrent sur l’envahisseur toucouleur; d’autant que  «Nya Modi revint à Sabou-siré et en releva les murs. Vive donc, pourrait-on dire, le traité du 30 septembre 1855!  Historique traité «de paix, de commerce et d’alliance » que Nya Modi va violer des années plus tard, s’attaquant sans cesse aux intérêts de ses alliés, notamment, ceux de la France et de Médine, où il perpétra des « pillages ». Le Chef malinké poussera le parjure  jusqu’à l’alliance avec Amadou Tall, l’héritier d’El Hadj Oumar Tall, l’oppresseur qui l’avait fuir son pays des années plus tôt. L’envahisseur toucouleur,  ennemi commun d’hier devient ainsi l’allié crédible aux yeux de Nya Modi.

Les intérêts mercantiles sont passés par là; puisque la France payait  au Roi du Khasso Dioukha Samballa «5.ooo francs une fois pavés et 1.200 francs de cadeaux par an » contre «un vaste emplacement de quatre hectares pour le fort, dans la situation la plus favorable, mais encore toute la rive gauche du fleuve, depuis Médine jusqu’aux, cataractes du Félou, c’est-à-dire sur 3 kilomètres de longueur », nous dit Monteil. Malheureusement, les alliés de 1855 étaient tout autant déterminés à défendre leurs intérêts. D’autant que le parjure Nya Modi Soussoukho comptait sur la puissance du successeur d’El Hadj Oumar Tall pour inverser les rapports de force en sa faveur.

C’était minimiser le génie politique de l’héritier de Hawa Demba Diallo et la puissance de frappe de son allié. Puissance dont Nya Modi Sousskho fit semblant de perdre le souvenir, depuis sa libération de l’humiliation d’ElHadj Oumar TALL.

Quoi qu’il en soit, la France décida de punir la témérité de son allié Nya Modi désormais passé dans l’autre camp. C’était le 22 septembre 1878, lors d’une bataille désormais connue sous le nom de «bataille de Sabouciré ». Une bataille que le  minimum d’honnêteté intellectuelle  doit  empêcher de considérer comme une résistance à la pénétration française. Bien au contraire! Car, à l’époque, s’il y avait un colonisateur dans cette partie du monde c’était bien El Hadj Tall qui semait ruine et désolation partout où il passait; il est vrai, sous des dehors « djihadistes »!

Et c’est justement contre cet intolérable-là que le royaume peul du Khasso s’est dressé.Pour ce faire,  ayant toujours su évaluer les forces et faiblesses de son Etat, comme le faisait le Roi Hawa Demba, son père, le Roi Dioukha Samballa Diallo ne se priva pas de l’aide historique de  la  France, puissance étrangère et non moins patrie de ses neveux. Ces derniers étant nés du Français Duranthon et de  la Princesse Sadio Diallo du Khasso. Voilà l’Histoire, la vraie!

A vrai dire, il est temps au Mali qu’on se débarrasse des complexes; lesquels conduisent toujours à la mystification. Pis, les mythes et légendes sont désormais  en passe de supplanter la science dans notre pays. Ce qui est très dangereux, dans la mesure où nul pays au monde ne s’est construit sur fond de mensonges et d’hypocrisie, même savamment orchestrés! A cet égard, notre crise multidimensionnelle  est assez éloquente.

En clair, au-delà de notre Histoire si pitoyablement malmenée, il s’agit d’extirper le Mali des crocs infects du mensonge et de l’hypocrisie. Seule façon pour nous d’honorer la mémoire d’illustres et d’honnêtes gens dont nous descendons; mais aussi et surtout de réussir le processus de  refondation dans lequel le peuple lucide et vaillant du Mali a précipité nos dirigeants. Et l’on sait toute la brutalité qu’a revêtue le réveil, en janvier, mars et avril  2012! D’où l’impérieuse nécessité des bâtisseurs du nouvel Etat républicain, démocratique et laïc du Mali d’être beaucoup plus regardants sur le contenu des médias; lesquels deviennent de formidables instruments dans les mains de gourous malfaisants de tout acabit!

Hawa DIALLO    

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