La quête et la morale: Le Malien, un malade sans espoir ?

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Au rythme où vont les choses, le Mali ne tardera pas à se muer en foire du mauvais goût et de l’escroquerie politiques.

Le Mali est atteint d’un mal incurable et le Malien, un malade sans espoir. Il ne se passe un jour sans que sourde sur la place publique une des manifestations de déchéance morale qui frappe notre peuple dans le domaine de la politique. Il y a les professionnels de l’opportunisme qui, bradant orgueil et fierté, chantent les louanges du président ; les experts du retournement de veste ou de la traîtrise ; les caméléons du langage qui adaptent leurs discours à l’interlocuteur du jour et tous ces adeptes de la virevolte qui écument les bureaux et salons de Bamako où se distribuent les faveurs.

Mais, il s’est passé la semaine dernière, quelque chose de profondément troublant quant à l’avenir de ce pays. En effet, des esprits retors, toujours à la recherche d’idées biscornues mais rentables (politiquement et financièrement) ont lancé l’idée la plus saugrenue du siècle, un condensé de mauvais goût et de dérapage inquiétant : la collecte publique de la caution du président ATT afin de lui permettre d’être candidat. Cette idée n’est ni une manifestation d’amour ni un signe de reconnaissance. C’est une initiative perverse, dangereuse pour la nation et l’avenir de notre démocratie. Jamais dans l’histoire d’une société libre et libérée de la tyrannie, une farce de ce genre n’a été organisée.

Ce ne sont pas les pauvres et très affligées populations de Sofara qui doivent réunir péniblement 25 000 F CFA sous le prétexte que le candidat y a passé son école primaire ; ce n’est pas aux loqueteuses femmes d’une région rurale de trouver 300 000 francs encore moins de prétendues actrices du Mouvement citoyen de la Commune III d’allonger 500 000 F. Il est triste que le général ATT n’ait pas mis fin à cette mascarade dès son commencement. Car, nous le savons, dans ce Mali où explosent la corruption, les magouilles et le trafic d’influence, des maires, sous-préfets, préfets ou commandants de brigade de gendarmerie, par excès de zèle ou roublardise, ne tarderont pas bientôt à organiser dans leur patelin, à l’abri des médias, un racket systématique sous le prétexte de venir en aide au président.

Amadou Toumani Touré n’est pas dans le besoin. Ce n’est pas à lui de recevoir des dons, mais il doit au contraire donner car, notre culture nous commande instamment d’aider ceux qui ont moins que nous. Peu importe le montant qui sera « recueilli » au bout de cette plaisanterie douteuse. Il sied à la République de se mettre au-dessus des intrigues et manœuvres de foire. Quand les zélateurs crient : « Les femmes et les enfants paieront la caution d’ATT », le président de la République doit comprendre que les femmes et enfants de ce pays souffrent, beaucoup, énormément ; ceux qui mangent à leur faim et ont accès aux soins de santé décents sont rares.

Personne n’a, humainement, le droit de leur arracher les malheureux francs qu’ils économisent au profit d’une cause qui n’est pas la leur. Il ne faut pas encourager dans notre pays cet esprit de servilité et la veulerie qui l’accompagne sous le prétexte que tous les coups sont permis en politique.

Ousmane Sow (journaliste)

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