Mali : L’Imam Mahmoud Dicko ou l’homme qui fait trembler Koulouba

22 Juil 2020 - 07:45
Mis à jour: 6 ans
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Mali : L’Imam Mahmoud Dicko ou l’homme qui fait trembler Koulouba
Mahmoud Dicko
Devenu leader d’une opposition hétéroclite, l’imam malien a montré qu’il pouvait mobiliser la rue contre le pouvoir. Reste à savoir ce qu’il compte faire de cette influence. Les bras croisés, l’air grave, la barbe grisonnante, l’imam Mahmoud Dicko dirige la prière funéraire dans sa mosquée du quartier de Badalabougou, à Bamako. Quatre corps sont étendus devant lui en ce 12 juillet, quatre des onze victimes décédées lors des violences qui ont endeuillé les manifestations hostiles au président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) organisées deux jours plus tôt. Des fidèles, venus en nombre, portent les dépouilles jusqu’au cimetière tandis que des manifestants assurent la sécurité du cortège. Un calme relatif s’installe, le temps de dire adieu à ceux qui, il y a encore quelques jours, défilaient à leurs côtés, criant leur ras-le-bol du régime. « L’ascension de l’imam Dicko est le symbole de l’échec de l’élite politique malienne » Le notable a su fédérer les sensibilités religieuses et profiter du recul des idéologies de gauche. « C’est souvent l’éleveur du bélier qui en reçoit les premiers coups de cornes », avertit un proverbe wolof. A cette image, la stratégie de rapprochement des acteurs politiques avec le monde religieux finit souvent par se retourner contre leurs auteurs. Au Mali, la percée de l’imam Dicko comme figure centrale de l’opposition au pouvoir en place est le fruit d’un long processus dans lequel la responsabilité de toute l’élite politique est largement engagée. Ce 19 juin, pour le troisième vendredi consécutif, l’imam appelle à manifester pour pousser « IBK » [Ibrahim Boubakar Keïta, chef de l’Etat] à la démission, un président « obligé » qu’il se targue d’avoir « mis en place » Décrit de manière simpliste comme un « salafiste wahhabite », M. Dicko s’est engouffré dans la brèche politique malienne et a séduit des pans entiers de l’intelligentsia et de la jeunesse « éduquée ». Il use, paradoxalement, d’une rhétorique aux apparences « modernes » pour mieux combattre la modernité sociale. En 2009, avec le soutien de la majorité de la classe politique, il mobilisa contre la promulgation d’un code de la famille jugé « anti-islamique » bien que voté par l’Assemblée nationale. A côté d’un islam traditionnel « populaire » incarné par Chérif Ousmane Madani Haïdara, choyé par l’Etat et ses partenaires internationaux, Mahmoud Dicko a développé un discours proche des réalités de la population. Abréger les frustrations Par un travail de longue haleine et la rupture d’avec l’islam traditionnel critiqué pour sa subordination au pouvoir, il a convaincu bien au-delà de l’élite arabophone et séduit des cadres de la haute administration et du monde économique. Les principes de bonne moralité en bandoulière, il fédère les sensibilités religieuses et profite du recul des idéologies de gauche qui permettaient, jadis, de formuler la critique d’une « hégémonie néolibérale ». M. Dicko a compris que pour abréger les frustrations actuelles, il fallait épurer son discours de références islamistes afin d’opérer une jonction inédite entre mouvances salafistes et anciens militants de la gauche nationaliste qui voient en ce « smart islam » une forme efficace de contestation de l’Occident et d’un « néo-impérialisme ». Afin de masquer son fond religieux, l’offre politique de M. Dicko est soigneusement emballée d’une critique de la mal-gouvernance. Le tout dans un contexte de rejet de la présence militaire étrangère. La manifestation du 5 juin à Bamako, où un ultimatum a été lancé au président Ibrahim Boubacar Keïta pour qu’il démissionne, a été un tournant. Pour la première fois, des milliers de personnes se sont réunies à l’appel d’une coalition d’hommes politiques, de religieux et de membres de la société civile, dont Mahmoud Dicko. Elle a permis à l’imam d’approfondir les dissensions au sein de la communauté musulmane, d’amputer l’arrière-garde de la politique malienne de ses leaders, presque tous signataires du communiqué final demandant à « IBK » de partir. Les « liaisons dangereuses » Pour comprendre cette rupture, il faut se pencher sur trois moments de l’évolution politique récente du Mali. D’abord, la genèse de la montée en puissance fulgurante de l’imam. Les régimes successifs ont aidé le wahhabisme, bien que courant minoritaire, à se hisser et à se maintenir à la tête du Haut Conseil islamique dans un pays pourtant de tradition malikite depuis des siècles et bien ancré par sa tolérance. Le courant wahhabite, aux idées conservatrices, était paradoxalement mieux organisé et pouvait être politiquement plus mobilisable, aux carrefours du business et du pouvoir. L’élite politique se bousculant dans les « cours » des marabouts a observé, inerte ou impuissante, ce responsable religieux triompher au point de faire annuler un vote de la représentation nationale sur le code de la famille. A l’époque, face à lui, Mahmoud Dicko n’avait plus que des mouvements de femmes affaiblis que fuyaient les hommes politiques et les défenseurs des droits humains isolés face à la majeure partie de la société civile progressivement largement acquise aux thèses de l’imam. M. Dicko fut tellement influent, qu’en en pleine crise sécuritaire au Nord en 2012, il fut appelé à la rescousse des humanitaires pour acheminer de l’aide à Tombouctou, libérer des otages. Ensuite, les « liaisons dangereuses » entre le président actuel et l’imam, dont l’un des protégés mobilisa plus de deux cents mouvements islamiques autour de la coalition Sabati 2012, contribuant largement à l’élection au premier tour d’« IBK ». M. Dicko sera alors des voyages présidentiels, surtout dans les pays du Golfe dont il connaît la langue et l’idéologie. Il gagne en reconnaissance et devient l’intermédiaire privilégié pour appeler les djihadistes à la « trêve ». Décrédibilisassion de la parole politique Enfin, survient le divorce lorsque « IBK » nomme Soumeylou Boubèye Maïga secrétaire général de la présidence, puis premier ministre en décembre 2017. L’imam ne pouvait admettre de voir au cœur de l’appareil d’Etat celui qui, selon lui, aurait contribué au tarissement de certaines prébendes et avantages mais aussi à l’émergence des milices dans le centre du Mali. Les massacres comme celui d’Ogossagou, où les Peuls sont les premiers ciblés, emporteront en avril 2019 le fauteuil du premier ministre. La société malienne est, aujourd’hui, aussi divisée que sa sphère religieuse. L’islam, instrumentalisé aussi bien par les imams que par des leaders de gauche toujours en quête du grand soir, est en passe de devenir le nouveau syndicat unitaire des « damnés de la Terre » comme dirait Frantz Fanon. Ces signaux risquent d’être aggravés par deux faits essentiels. D’un côté, les entrepreneurs religieux se saisissent parfaitement de la décrédibilisassion de la parole politique classique. Un imam sénégalais ironisait récemment : « Si les populations en arrivent à ne même pas croire au coronavirus parce que les politiques l’ont annoncé en premier, ils doivent vraiment se ressaisir ». D’un autre, l’érosion des légitimités politiques locales et l’éclatement continu du leadership religieux dans une région en pleine mutation continuent d’inquiéter tout le Sahel. Dans cet espace sahélien où on joue sur la manipulation du religieux pour des motifs politiques, des figures telles que M. Dicko arriveront toujours à se saisir des opportunités qu’offre, entre autres, le discrédit de l’élite politique. Tant que cette dernière, sans solution immédiate aux demandes populaires, surfera par populisme, sur les ressorts du religieux, elle n’en finira pas de se réfugier derrière des figures comme l’imam Dicko, l’un des symboles de son propre échec. La Rédaction

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Commentaires (17)

User
λ ω
λ ω 6 ans
> Quand Dit-Con incitait : " Sortez avec vos gourdins et vos couperets pour que certains meurent .." puis il dit enfin "Je dis aux jeunes que l'on peut être fort sans être violent ; j'en appelle au calme et à la responsabilité" > Qui tremble dans la culotte devant IBK ?
FurieuxMaisRaisonne
FurieuxMaisRaisonne 6 ans
C'est plutôt les actions et comportements néfastes qui font trembler Koulouba et les personnes qui l'occupent parfois!
Sangare
Sangare 6 ans
MAHMOUD DICKO se désolidarise du M5-RFP, le monde entier comprendra qu'il n'est pas aussi populaire qu'on le pense. IL A SES PARTISANS DANS LA COMMUNAUTÉ WAHHABITE,MAIS PAS LÉGITIME POLITIQUEMENT. La légitimité politique s'entend avoir la capacité d'avoir des représentants sur toute l'étendue du territoire national. IL A LA CAPACITÉ DE MOBILISER DANS LES RUES DE BAMAKO UNE MASSE IMPORTANTE,MAIS INCAPABLE DE GAGNER LES ÉLECTIONS. SOUMAILA CISSE reste aujourd'hui, le seul homme politique, capable de réaliser L'ALTERNANCE POLITIQUE. L'ISLAM POLITIQUE N'A PAS D'AVENIR AU MALI. La société n'est pas musulmane,même si une majorité écrasante de la population est musulmane. La société malienne n'est pas musulmane s'explique qu'elle n'est pas, au contraire des sociétés arabes, prête à adopter la sharia islamique. On aime être reconnu musulman sans subir les pratiques rigoureuses. UNE SOCIÉTÉ NE PEUT PAS ÊTRE TRÈS RELIGIEUSE ET ÊTRE, EN MÊME TEMPS, TRÈS CORROMPUE. La pratique religieuse permet de couvrir des pratiques perverses. Qu'on fasse campagne sur l'application des préceptes de l'islam, les urnes révèleront le rejet total. MAHMOUD DICKO est un faiseur de ROI avec sa mouvance wahhabite,mais pas un leader politique. À rappeler, qu'en 2013, malgré qu'Ibk soit soutenu par les deux tendances musulmanes, celle de CHÉRIF MADANI HAIDARA et celle de MAHMOUD DICKO,SOUMAILA CISSE a obligé IBK à l'affronter au deuxième tour. Rien que ça, on comprend que la communauté musulmane n'est pas aussi influente qu'on le pense. Même la victoire écrasante d'IBK au deuxième tour révèle des bourrages d'urnes justifiés mathématiquement. Bien que SOUMAILA CISSE ne soit soutenu par aucune des tendances, il reste influent face à IBK. Qu'on en arrive à négliger sa sécurité, faciliter son enlèvement est un signe qu'on pense qu'il peut gagner les élections sans les communautés musulmanes,si les élections sont organisées de façon transparente et sincère. Même en 2018,malgré le conflit créé entre IBK et la tendance CHÉRIF de NIORO et MAHMOUD DICKO, SOUMAILA CISSE n'était pas leur candidat, mais ALIOU BOUBACAR DIALLO. Et pourtant, c'est SOUMAILA CISSE qui a bousculé IBK, non ALIOU BOUBACAR DIALLO. Le référent religieux est très exagéré. SOUMAILA CISSE a mis en place une structure politique sans associer les religieux. Ils sont aussi influents grâce à IBK qui a pensé que sans eux il ne peut pas l'emporter face à SOUMAILA CISSE. OSER LUTTER,C'EST OSER VAINCRE! La lutte continue.
M'ORO! HORON!
M'ORO! HORON! 6 ans
IBK A ETE PORTE AU POUVOIR PAR DICKO ET MBOUILLE QUI MAITEISENT LES IDIOTS! LES REVOLUTIONAIRES PEULHS ET LEURS ASSOCIES KOIROBORO AUSSI VEULENT SE HISSER AU POUVOIR AVEC L AIDE DE MBOUILLE ET DICKO! ATTENDONS S IL LE FAUT! MAIS JE PENSE QU IL NE FAUT PAS LAISSER FAIRE A CES CHARLATANS DE CHERIF ET IMAM! LE MALI N EST PAS UN PAYS FRANCOPHONE ET LE MALI N EST PAS UNE TERRE DE L ISLAM!
yugubané
yugubané 6 ans
Tout comme Sa Sainteté BOUYA OULD CHEICK HAMMA-Ū-LAH, le Très Respecté et Très Éclairé Imam MAHMOUD DICKO ne fait trembler personne, il fait chier KOULOUBA. ????????????
Koumba Sacko
Koumba Sacko 6 ans
Nous disons et rappelons la vérité fait mal aux malhonnêtes et les met hors d’eux mais apaise et ou rend heureux les honnêtes 1)Nous disons et rappelons aux maliens et maliennes fiers honnêtes ayant un amour profond pour leur Pauvre Mali Muté IL EST DIT DANS LE SAINT CORAN *« Il n’appartient pas à un croyant de tuer un autre croyant. Quiconque tue intentionnellement un croyant, Sa rétribution alors sera l’Enfer, pour y demeurer éternellement. ALLAH l’a frappé de Sa Colère, l’a maudit et lui a préparé un énorme châtiment » *« quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur terre, c’est comme s’il avait tué tous les Hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les Hommes » « La malédiction de Dieu tombe sur les menteurs » « Allah ne dirige pas celui qui est pervers et menteur » "Ô vous qui croyez ! Craignez Allah et soyez avec les véridiques". « La course aux richesses vous distrait, jusqu’à ce que vous visitiez les tombes. Mais non ! Vous saurez bientôt ! (Encore une fois) ! Vous saurez bientôt ! Sûrement ! Si vous saviez de science certaine. Vous verrez, certes, la Fournaise. Puis, vous la verrez certes, avec l’œil de certitude. Puis, assurément, vous serez interrogés, ce jour-là, sur les délices » « Et tu verras beaucoup d’entre eux se précipiter vers le péché et l’iniquité, et manger des gains illicites. Comme est donc mauvais ce qu’ils œuvrent ! » *« ô les croyants ! Que les uns d’entre vous ne mangent pas les biens des autres illégalement. Et quiconque commet cela, par excès et par iniquité, Nous le jetterons au Feu, voilà qui est facile pour ALLAH » *« ô les croyants ! Observez strictement la justice et soyez des témoins véridiques comme ALLAH l’ordonne, fut ce contre vous-mêmes, contre vos pères et mères ou proches parents. Qu’il s’agisse d’un riche ou d’un besogneux. ALLAH a priorité sur eux. Ne suivez donc pas les passions, afin de ne pas dévier de la justice » *« Ô vous qui croyez ! La loi du talion vous est prescrite en matière de meurtre : homme libre pour homme libre, esclave pour esclave, femme pour femme. Si l’ayant droit consent une remise de cette peine au meurtrier, ce dernier sera poursuivi modérément et il devra s’acquitter du prix du sang avec empressement. C’est là une mesure d’allégement et de miséricorde pour vous de la part de votre Seigneur. Mais quiconque transgresse, par la suite, ce compromis sera sévèrement sanctionné. La loi du talion constitue pour vous une garantie de vie, ô gens doués d’intelligence. Peut-être finirez-vous ainsi par craindre Dieu. » « Il [l’homme] a par devant lui et derrière lui des Anges qui se relaient et qui veillent sur lui par ordre d’Allah. En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes. Et lorsqu’Allah veut [infliger] un mal à un peuple, nul ne peut le repousser : ils n’ont en dehors de Lui aucun protecteur.» «N’as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi avec les ˒Aad [avec] Iram), [la cité] à la colonne remarquable, dont jamais pareille ne fut construite parmi les villes? et avec les Ṯamūd qui taillaient le rocher dans la vallée? ainsi qu’avec Pharaon, l’homme aux épieux? Tous, étaient des gens qui transgressaient dans [leurs] pays, et y avaient commis beaucoup de désordre. Donc, ton Seigneur déversa sur eux un fouet du châtiment. Car ton Seigneur demeure aux aguets.» « Et quand Nous voulons détruire une citée, Nous ordonnons à ses gens opulents d'obéir à nos prescriptions, mais au contraire ils se livrent à la perversité. Alors la Parole prononcée contre elle se réalise, et Nous la détruisons entièrement » *LE PROPHÈTE DE L’ISLAM (PSL) A DIT : « Attachez-vous à la véracité même si vous y voyez une perte, car le salut se trouve dans la véracité ». « La sincérité mène à la piété et la piété conduit au Paradis. L’homme ne cesse d’être sincère jusqu’à ce qu’il soit inscrit véridique auprès de ALLAH. Le mensonge conduit à la turpitude et la turpitude conduit en Enfer. L’homme ne cesse de mentir au point qu’il soit inscrit auprès de ALLAH comme un menteur. » *D’après Jâbir le Prophète de l’Islam (PSL) dit à Ka’b Ibn Ajrah « Qu’Allah te préserve du pouvoir des princes indigents ô Ka’b » Qui sont les princes indigents ? s’enquit ce dernier « Ce sont des princes qui viendront après moi, qui ne suivent pas ma guidance et n’appliquent pas ma tradition. Ceux qui approuveront leurs mensonges, ou les soutiendront dans leurs injustices, ne sont pas des miens et je ne suis pas des leurs et ils ne boiront pas à mon Bassin. Ceux qui ne les approuveront pas ni ne les soutiendront pas dans leurs injustices, sont des miens et je suis des leurs et ils boiront à mon Bassin » *Selon Mu’âwiyah le Prophète de l’Islam (PSL) a dit « Toute nation où l’on ne rend pas la justice et où le faible n’arrache pas ses droits au fort
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