On en parle : marche contre prière

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Le divorce est consommé entre l’imam Mahamoud Dicko, président du Haut conseil islamique, et Chérif Ousmane Madani Haïdara, président du Groupement des leaders spirituels musulmans. Les deux leaders religieux appellent les fidèles musulmans à sortir le vendredi 5 avril pour des manifestations distinctes.

Le premier leader invite les Maliens, après la prière de vendredi, à une grande marche de protestation contre la mal gouvernance, la crise scolaire et l’insécurité. L’imam Dicko va sans doute réitérer son appel à la démission du Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga. Il a pour cela eu le soutien  de la Coalition des forces patriotiques (COFOP), un regroupement de partis politiques, qui avait demandé l’éviction du Tigre de Badalabougou. L’imam Dicko peut également compter sur le soutien affiché ou pas du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD).

Le second appelle le même jour au moment même ses partisans à se retrouver à la grande mosquée de Bamako afin de prier pour le Mali. Le président du Groupement des leaders religieux peut compter sur les fidèles du mouvement Amçardine, dont il est le guide spirituel. Il ne fait également pas de doute qu’il aura le soutien du pouvoir qui n’est pas en odeur de sainteté avec Mahamoud Dicko. Le régime reste du reste le principal gagnant de la division entre les leaders religieux. Il ne manquera pas de souffler sur la braise afin que plus jamais les deux clans ne se retrouvent.

Il faut déjà rappeler que l’appel de Haïdara intervient vingt-quatre heures après celui de l’imam Dicko. Il y a-t-il une coïncidence ou la volonté manifeste de l’homme fort de Banconi d’en découdre une fois pour toutes avec l’imam de Badalabougou ? Si c’est pour le Mali, pourquoi telle division ?

En attendant la réponse à ces questions, toujours est-il que la posture du guide spirituel des Amçardines s’apparente à une sorte de défiance vis-à-vis de l’imam Dicko. Chérif Ousmane Madani Haïdara pourrait être perçu comme un larbin du régime dont la mission consiste à saper les efforts de l’imam Dicko.  Car, pour l’unité d’action et par sagesse, il aurait été intéressant pour le natif de Tamani de repousser, ne serait-ce que d’une semaine, son appel à la prière pour le Mali. Chacun aurait donc eu la latitude de jauger sa force et sa capacité de mobilisation.

Cette situation ubuesque s’apparente à un duel à distance entre les deux hommes, qui a le mérite de révéler au grand jour les dissensions, déjà latentes depuis des jours, entre le clan Mahamoud Dicko et celui d’Ousmane Chérif Madani Haïdara. Surtout qu’elle intervient à quelques jours du renouvellement du bureau du Haut conseil islamique dont la mise en place avait provoqué l’ire du Groupement des leaders spirituels musulmans.

Qui remportera la bataille de la mobilisation ? En attendant, les fidèles musulmans, pour lesquels on dit se battre, sont, pour le moment, désemparés, et ne savent sur quel pied danser. Ce qui est sûr, rien ne sera comme avant, après le 5 avril. À moins que la bombe soit désamorcée. Ce qui n’est pas gagné d’avance !

Abdrahamane Sissoko

Le Wagadu

 

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