Que sont-ils devenus… Bandiougou Gakou : Dieu, l’islam, la planification, le sens de l’Etat. …

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Tel que consigné dans son livre intitulé “Islam et démocratie, le onzième commandement”, Bandiougou Gakou, né le 28 avril 1946, est détenteur d’un double doctorat en sciences économiques et en économie des pays en développement, licencié de sciences politiques et administratives. Entre 1970 à 2010, il a occupé plusieurs postes et responsabilités sur le plan national et international. Il fût ministre du Plan, gouverneur de la Banque mondiale au titre du Mali de 1978 à 1979, ambassadeur du Mali en Iran et conseiller diplomatique du Premier ministre.  Avec cette brève présentation la transition est faite pour annoncer que Bandiougou Gakou est notre héros de la semaine dans le cadre de la rubrique “Que sont-ils devenus ?”. Quarante ans au service de la nation, avec un parcours extraordinaire, notre analyse conclut à une réussite de sa vie. Lui-même n’éprouve pas le sentiment. Oui par rapport à la religion, pour la simple raison que ses écrits ont contribué au rapprochement des religions. Pour ce qui est de sa vie, il n’est pas à l’heure de son bilan. Car il a encore à donner au pays. C’est pourquoi il écrit pour rendre service à l’Etat. Au moins il a la satisfaction d’avoir monté des entreprises, formé des cadres qui servent l’Etat. Son regret résulte de la dégringolade des Ateliers centraux de Marakala qui auraient dû être un joyau industriel pour l’Armée malienne. Aujourd’hui à la retraite  Bandiougou Gakou, consacre son temps à la rédaction des livres et autres consultations. Qui est cet administrateur chevronné ? La clef de sa réussite ? Sa conviction religieuse ? Le tout a été détaillé dans l’entretien qu’il nous a accordé, à son bureau situé à Quinzambougou.

Bandiougou Gakou est un ancien cadre  de l’administration malienne, doté d’une conviction religieuse très profonde. Son pèlerinage à La Mecque n’est en aucun cas un alibi. Tout au long de notre entretien, il se référait au Coran et à notre Prophète Muhammad (PSL). Il a écrit plusieurs livres sur la religion musulmane, “Essai sur l’Islam : entre valeurs religieuses, laïcité, et démocratie- Islam et Démocratie : le Onzième Commandement”. D’ailleurs, l’un des passages de cet ouvrage ( le deuxième cité) dont la clarté fait le lien entre musulman et chrétien a émerveillé l’archevêque Jean Zerbo.

Il a félicité Bandiougou Gakou estimant que ses idées contribuent à la cohésion entre les deux religions. Pour appuyer cette thèse de Jean Zerbo, nous rappelons une anecdote. Le 28 janvier 1990 le pape Jean-Paul II dans son discours d’au revoir en parlant du président Moussa Traoré disait ceci : “Je remercie Monsieur le président de la République des dispositions que vous avez prises pour faciliter ma visite, et l’exercice de mon ministère. Je vous sais gré, encore une fois de votre accueil chaleureux, et je prie le Très Haut de répandre ses bienfaits sur tout le pays”.

Intelligence et responsabilité

Pourtant, c’est la clairvoyance de Bandiougou Gakou qui a évité un clash, sinon un affrontement entre musulmans et chrétiens. Qu’est-ce qui pouvait être cette étincelle ? Bandiougou s’en souvient. “Merci de vous rappeler de ce fait ! Lors de la visite du pape Jean-Paul II, en ma qualité de membre de l’Amupi je conduisais la délégation chargée de son accueil à l’aéroport. Le problème est qu’il devait passer devant la mosquée de Yacouba Guindo, à l’heure de la prière du vendredi. Les fidèles de cette mosquée n’ont pas accepté que leur prière soit entravée ou annulée par l’arrivée d’un chrétien. Les plus radicaux ont employé des mots discourtois. Et selon mes informations, ils s’étaient armés de gourdins et de leurs linceuls. C’était du temps de Moussa Traoré,  le dispositif sécuritaire en matière de maintien d’ordre agissait sans état d’âme.

Comment éviter un éventuel affrontement ?  Quand l’avion a atterri j’ai perturbé l’ordre protocolaire, au niveau du salon d’honneur où j’ai exigé que le pape reste pour une pause afin que la délégation puisse se désaltérer. Ce qui nous a permis d’absorber le temps de la prière. Après, nous avons pris l’itinéraire sans problème. Ce jour j’ai une fois de plus rendu un vibrant hommage au Bon Dieu, pour avoir sauvé notre pays d’un affrontement inter religieux”.

Autre anecdote dont nous avons été témoin. Les promotions 2007-2010 de la Faculté des sciences juridiques et politiques  se caractérisaient par les violences et faits inédits : grève des enseignants, du comité AEEM, emprisonnement de leaders  dudit comité, agression du Pr. Djibonding Dembélé. Bref, la Faculté coupait le sommeil au gouvernement, qui a décidé en conseil des ministres de fermer la FSJP pendant trois ans. Le ministre de l’Education à l’époque a demandé un sursis et proposé sa thérapie : la nomination de Bandiougou Gakou (conseiller diplomatique à la Primauté) au poste d’administrateur provisoire de la FSJP. A sa prise de fonction, il s’est appuyé sur deux jeunes professeurs : Aly Kola Koïta et Souleymane Dé. Il se lança dans la vérification des diplômes. Il décela des centaines de faux diplômes au niveau de la fonction publique, démantèlera un réseau au marché Dabanani. Bandiougou Gakou s’est ensuite retiré à Banamba pendant quatre jours,  avec les leaders de l’AEEM pour discuter des stratégies de sauvetage de l’année académique.

Les examens se sont bien déroulés. Pour la première fois les étudiants ont pu consulter les résultats sur le site de l’université. Il n’y a pas eu de bousculade, source de bagarres. Au-delà de cette réussite, l’administrateur provisoire se retrouvera avec une patate chaude dans ses mains : le secrétaire général du comité AEEM n’a pas composé et voulais qu’on solutionne son cas.  C’est à dire le diplôme ou un examen partiel. Bandiougou rejeta sa proposition, mais lui trouva une bourse pour le Maroc. L’incident était clos. Ces deux rappels ont l’avantage de mettre en exergue la grande intelligence, et le sens de responsabilité assez élevé de l’homme.

Après sa maîtrise en économie à l’Université Saint Joseph de Lyon, Bandiougou Gakou n’aura passé qu’un an à son premier poste, la direction nationale du plan à Koulouba. Parce qu’en 1970, suite à un test, il est nommé directeur des études de l’ENA, pour suppléer le directeur général, Me Abdoulaye Sékou Sow en partance pour une longue mission au Canada. Il quitta ces fonctions d’administrateur scolaire en 1973 pour diriger l’Institut de productivité et de gestion prévisionnelle pendant cinq ans (1973-1978). Il a mis cette période à profit pour décrocher sa thèse dont le thème portait sur l’“Evolution des revenus et des prix au Mali en 1975”. Son mode de raisonnement, imaginatif et créatif pendant les ateliers qu’il organisait à Dougabougou, lui ouvrit les portes du gouvernement. Les différents ministres qui présidaient lesdits séminaires ont rapporté au président Moussa Traoré les qualités du jeune Bandiougou, surtout que des experts internationaux étaient également invités. Parallèlement à tous ces détails, l’histoire retient aussi que GMT avait un service de renseignements très puissant quand il s’agissait de nomination de haut niveau. Les rapports des enquêtes de moralité déterminaient le sort des cadres maliens.

Bandiougou Gakou fut nommé ministre du Plan entre avril 1978 et juillet 1979, avec comme mission principale la préparation du nouveau plan quinquennal du Mali.  De là, il est propulsé à la tête du Projet Oncho (1980-1983). Ensuite, il prendra les rênes de la Société nationale d’études pour le développement (Sned) pour neuf ans (1983-1992). La politique de privatisation des sociétés et entreprises d’Etat, exigée par la Banque mondiale, aura raison de ses projets pour ce service. Il quitta la direction de la Sned au motif qu’il n’était pas vendable.

Eloigné à Téhéran

Choqué par cette nouvelle donne de l’institution financière internationale, Bandiougou Gakou finira par digérer son exacerbation au sein du Comité des éminentes personnalités chargées de la révision des textes institutionnels de la Cédéao. Envoyé par le président de la Transition, Amadou Toumani Touré, pour représenter le Mali il y passa 15 mois. Au terme de cette consultation intellectuelle, il apprendra sa nomination en conseil des ministres comme Contrôleur général d’Etat.

Avec le décès d’Oumar Ly président de l’Amupi, M. Gakou était d’office devenu le leader de l’association musulmane. C’est à ce titre qu’il était très réfractaire à certaines pratiques du gouvernement, qui allaient à l’encontre de la religion musulmane. De ce fait, il ne manquait pas d’occasions pour critiquer le gouvernement, le président Alpha Oumar Konaré.

L’homme ne devenait-il gênant pour le pouvoir ? En plus il avait des dossiers sulfureux du Contrôle d’Etat incriminant certains barons du régime. Bandiougou Gakou est alors éloigné du pays. Il est nommé ambassadeur plénipotentiaire en Afghanistan, au Pakistan, Bengladesh avec résidence à Téhéran (Iran). Il dit qu’il était convaincu du bien-fondé de sa punition pour deux raisons fondamentales : affaiblir l’Amupi par son absence, et le choix des zones en feu pour mieux l’occuper dans le mauvais sens. En tant que cadre de l’administration malienne, ayant occupé de hautes fonctions, le bon sens lui recommanda d’accepter cette promotion teintée de punition.

C’est pourquoi durant les cinq ans, il s’est battu pour honorer sa mission de diplomate.  Sa mission a pris fin en 2003, date à laquelle il a été appointé conseiller diplomatique à la Primature. Comme évoqué au début de cet article, il est appelé en rescousse à la FSJP, quand il occupait ce poste. Après avoir reçu les félicitations du gouvernement pour la réussite de sa mission dans cette Faculté, Bandiougou Gakou a fait valoir ses droits à la retraite en 2010.

Il consacre cette nouvelle vie à la rédaction de livres, d’articles de presse, de billets politiques. A la question de savoir comment il s’est retrouvé dans l’Adéma ? Il répond avoir été membre de la section de son village sans son consentement. Soumeylou Boubèye Maïga saisira cette balle au rebond pour lui confier la commission des finances du Comité Exécutif  de l’Adema/PASJ.

Quelles sont les raisons de sa démission brutale du parti de l’Abeille ? “En pleine réunion, j’ai dit que l’Adéma a échoué pendant ses deux mandats. Par conséquent le parti devrait présenter publiquement ses deux excuses au peuple malien, avant de reconquérir une nouvelle fois le pouvoir. Je n’ai pas été suivi ni dans ma logique, ni dans ma démarche. En 2014, j’ai rendu ma démission”.

Ces déclarations nous ont tellement parues virulentes dans leur contexte, pour un parti politique aussi sérieux que l’Adéma, Bandiougou Gakou a deviné notre sentiment sous l’angle de l’étonnement. Il s’empressa de nous rassurer, tout à nous demandant de nous adresser au siège de l’Adéma à un certain Alain Sidibé. Celui-ci pourra nous montrer la copie de sa démission, dont la lecture nous permettra d’avoir la confirmation de ses propos sur l’échec de l’ancien parti au pouvoir.

No comment!

O. Roger Tél (00223) 63 88 24 23

 

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