Société cupide et ultra-compétitive : Des non-valeurs érigées en valeurs !

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Vol, mensonge, tricherie, trahison,…ces non-valeurs qui sont désormais érigées en valeurs dans notre société cupide et ultra-compétitive !

Au 21ème  siècle, nous vivons dans un monde ultralibéral qui exige à ce que chaque individu puisse avoir une réussite matérielle afin de pouvoir bénéficier de l’estime ou de la considération de la part de ses semblables. Cette course effrénée vers l’accumulation des biens matériels a donné naissance à une société qui a érigé un système dans lequel le vol, la tricherie, la trahison, le mensonge,… sont considérés comme les seuls piliers qui puissent assurer l’ascension. Les fondements de ce type de société reposent sur une quête incessante de reconnaissance, un besoin d’être reconnu et aimé surdimensionné. La réussite passe, pour celui ou celle qui se trouve obsédé par cette quête, par des objectifs à atteindre par n’importe quel moyen dans le but d’exister aux yeux des autres.

A contrario de ce que nous pourrions donc croire, cette société et ces individus contemporains obsédés par la réussite matérielle mettent de côté leurs émotions. Ils laissent apparaître une faille narcissique : le manque de confiance en soi. Car s’ils se sentaient en paix à l’intérieur d’eux-mêmes, ils n’auraient aucune raison de « bien paraître » aux yeux des autres. Le regard des autres ne les affecterait pas. Ils ne tiendraient compte que de leur seule volonté à réaliser ce qu’ils souhaitent vraiment pour se sentir bien dans leur vie. Éloge de l’individualisme, me répondrez-vous ! C’est tout le contraire.

Un individu qui cherche à se faire aimer à n’importe quel coût est au fond quelqu’un de particulièrement individualiste. Il attend, de toute relation, un retour identitaire. Il développe une capacité d’adaptation hors-pair pour faire croire aux autres qu’ils sont importants. Il fait de la relation une utilité sociale pour exister. Son obsession de la performance, dans tous les domaines, prouve qu’il ne s’aime pas. Car s’aimer consiste à s’accepter et à accepter l’autre, non pas dans ce qu’il donne à voir de lui-même d’imaginaire, mais dans la réalité de ce qu’il est, c’est-à-dire faible. Nous sommes des êtres fragiles. Nous jouons à être forts mais nous sommes mortels. Notre société est la négation même de ce fait commun de notre humanité. Il y a déjà plus de 2500 ans, Platon nous invitait à cette réflexion dans le Phédon, «philosopher, c’est apprendre à mourir», c’est-à-dire reconnaître que notre propre vie, et celle des autres, est limitée.

Le mot performance signifie « faire advenir la perfection », tout un programme réjouissant pourtant ! Au fond, je veux dire que se pose bien sûr la question de transcendance : l’individu moderne veut aller au-delà de lui-même. L’individu moderne pense être libéré, débarrassé de la question de Dieu, mais ce n’est pas du tout le cas. Il est toujours le porteur d’une conception de Dieu-Perfection qu’il honore encore et toujours. De quelle perfection parlons-nous donc ? Ne plus avoir de faiblesse, ne plus avoir de faille, ne plus faire cas de notre vulnérabilité … Bref, non seulement tout ce qui fait notre humanité, mais aussi tout ce qui fait que nous pouvons progresser et que nous pouvons aller vers une vraie performance. Car la perfection n’est pas de se dépasser pour ressembler à un dieu invulnérable – rien de tel n’existe à mon avis – mais d’être conscient de ses imperfections pour progresser vers soi, tout simplement.

L’obsession croissante de la réussite m’interroge ainsi particulièrement sur les modèles de leadership que nous mettons aujourd’hui en place dans nos entreprises. La réactivité demandée, par les objectifs de plus en plus ambitieux fixés par les actionnaires, conduit à refuser notre humanité. Ne nous étonnons donc pas si nous récoltons le mensonge et la trahison de la part de nos proches collaborateurs, ce sont les seuls mécanismes de défense qui leur permettent de survivre pour réussir de manière obsessionnelle. Les travaux philosophiques d’Isabelle Queval sur le sport montrent que la question du dopage a envahi la sphère sportive mais aussi la sphère quotidienne. Nous pourrions ajouter que cela se retrouve au travail aussi. En effet, à force de mettre l’accent sur la performance seule, nous passons notre temps à nous doper : petite pilule anti-stress, cachets de vitamine C en abondance, placebos personnels, etc. Le problème vient du fait que nous ne sommes plus nous-mêmes ou, pour le dire plus exactement, nous ressentons comme une injonction, comme un commandement, à être plus et mieux que nous-mêmes, constamment. On se présente alors à autrui sur la négative : « il ne faut surtout pas qu’il voit ça, qu’il me voit tel que je suis, sinon je vais être renvoyé, je vais être mal-aimé ! », se dit-on parfois avant d’aller au travail.

L’obsession croissante du mensonge révèle le refus de l’échec potentiel à ne pas atteindre des objectifs que nous nous étions fixés ou, que l’on nous avait fixés, et que nous avions acceptés. L’individu peut développer une capacité exceptionnelle à mentir pour se sauver de son propre échec ou refuser l’échec d’une réalité. C’est un moyen facile utilisé aujourd’hui dans tout type de relation commerciale, amicale, politique et sociale. L’antidote ne serait-il pas la connaissance de soi, l’identification des valeurs essentielles sur lesquelles nous ne sommes pas prêts à transiger, le courage de leur mise en application concrète dans notre vie au quotidien et l’acceptation d’affronter l’échec ?

Sambou Sissoko

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