Union Africaine : Combien coûte Konaré aux pays membres?

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                La création de la Commission à l’Union Africaine a symbolisé la volonté de rompre avec les modes d’organisation et de fonctionnement du secrétariat général de l’OUA. En arrivant aux commandes, l’équipe Konaré avait annoncé la couleur : “Nous avons un besoin urgent de fonctionnaire hautement qualifiés, compétents, intègres, avec un système de représentation équitable entre les régulier d’évaluation des performances”.rn

                Panafricaniste convaincu, l’ancien numéro un malien avait donc placé la barre très haut. En annonçant, à Banjul en juillet 2006, son intention de jeter l’éponge, en ne sollicitant pas un second mandat, le possible départ d’Alpha s’apparente davantage à un aveu d’impuissance qu’à un constat d’échec. Ce qui est sûr, l’UA compte aujourd’hui 534 fonctionnaires au siège et dans les différents bureaux régionaux : 275 d’entre eux ont appartenu au staff de l’OUA. Les autres, c’est-à-dire 48,5% de l’effectif sont de nouvelles recrues. Combien coûtent Konaré et ses collaborateurs à l’organisation ?

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Salaires et avantages 

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Président : 100 098,60 dollars par an, environ 54 millions de Fcfa (traitement de base et indemnité de poste confondus). Avec une résidence meublée ; une équipe de domestiques de cinq personnes payées par l’organisation, dont un gardien, deux voitures et autant de chauffeurs ; gratuité de l’eau et de l’électricité ainsi que du téléphone au domicile et au bureau.

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Vice-président : 88 419 dollars (près de 48 millions de FCFA) par an ; une résidence meublée ; quatre personnes (gardien compris) mises à son service ; deux véhicules et deux chauffeurs ; une indemnité forfaitaire pour l’eau et l’électricité, téléphone  professionnel et privé gratuit.

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Les commissaires, au nombre de huit, gagnent, chacun 76 742 dollars (environ 42 millions de F cfa) par an. Avec une indemnité de logement ainsi que pour l’eau et l’électricité, un personnel domestique de trois membres, une voiture et un chauffeur. Mais seuls les appels téléphoniques officiels et locaux sont gratuits au domicile comme au bureau.

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Chacun des dix membres de la Commission est habilité à voyager en première classe. Et tous, comme l’ensemble des autres fonctionnaires de l’Union qui  vivent en ménage, perçoivent des allocations familiales ainsi que des indemnités de frais d’études pour au moins quatre de leurs enfants à charge s’ils sont toutefois âgés de moins de 25 ans.

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NB:Chiffres établis au moment de l’installation officielle de la Commission

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Le “testament” de Konaré

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                Lorsqu’il a été élu, en 2003, Alpha Oumar Konaré nourrissait de grandes ambitions pour l’Union Africaine ( UA), et voulait précipiter la marche  vers les Etats-Unis d’Afrique. Il rêvait de moyens qu’on ne lui a jamais donnés. “AOK”, comme on l’appelle familièrement, a offert à l’Afrique une visibilité sur la scène diplomatique. Il a été son visage et sa voix. Mais, il le reconnaît sans ambages, il avait sous-estimé les difficultés : “Je pensais que certains dirigeants se disant sincèrement attachés à la réussite de l’UA exprimeraient davantage leur leadership…”

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                Doté d’un budget croupion, flanqué de commissaires qu’il n’a eu ni la liberté de choisir ni celle d’affecter, confronté en permanence à la mauvaise volonté et à l’inconséquence de pays membres jaloux, avant tout de leur souveraineté, il a plus d’une fois  eu envie de rendre son tablier. Son enthousiasme s’est émoussé, et il a annoncé à Banjul qu’il ne solliciterait pas le renouvellement de son mandat en juillet prochain.

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                Mais, il n’a pas abdiqué pour autant. “Je me battrai jusqu’au bout pour une réforme des institutions actuelles, hybrides et insatisfaisantes ; pour une redéfinition des contours de la Commission, ui était censée être un exécutif supranational, mais qui ressemble encore beaucoup trop à un secrétariat, façon OUA. Ce sera mon testament….”

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Konaré, qui ne veut surtout pas se hasarder à dessiner un portrait-robot de son successeur, est plus que jamais déterminé à poursuivre la bataille pour les Etat-Unis d’Afrique. “Désunie, l’Afrique n’a aucun pouvoir de négociation. Que pèsent le Nigeria, l’Algérie ou l’Afrique du Sud face au Brésil, à l’Inde, la Chine ou l’Europe ? Nos partenaires naturels sont des pays continentaux. Nous, nous devons accomplir le chemin inverses : nous sommes un continent qui doit devenir un pays. Nous avons échoué à le faire “par le haut”. J’ai maintenant la conviction que c’est par le bas que nous pourrons inverser la tendance : en sensibilisant les citoyens africains, en faisant émerger une opinion publique africaine, qui fasse pression sur ses dirigeants. C’est à cela que je veux désormais consacrer mon énergie.”

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A l’entendre, on imagine sans peine le Konaré de demain à la tête d’une sorte de fondation, animant débats et conférences, et ruant dans les brancards. AOK, infatigable aiguillon de l’intégration, conscience morale du continent ? Le rôle ne serait vraiment pas pour lui déplaire. Au fond de lui-même, l’ancien président malien est resté un universitaire. Son côté professoral, donneur de leçons (démocratiques), qui agaçait et a peut-être été à l’origine de certaines déconvenues avec ses pairs, lui colle à la peau. Mais l’Afrique a besoin d’hommes de sa trempe pour progresser sur la voie de l’unité. C’est une idée trop importante pour être laissée entre les mains des seuls chefs d’Etat…

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S.Gho.

rnJeune Afrique N° 2402-Du 21 au 27 Janvier 2007

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