Espaces verts en perdition : Bamako se coupe la respiration

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perditionLes aménagements qui subsistent encore se dégradent à grande vitesse et c’est la capitale qui suffoque toujours plus

Une cuvette dont les parois seraient constituées par les collines qui ceinturent la ville. Ainsi se présente Bamako. Notre capitale est donc un espace clos qui a besoin pour respirer d’une multitude de poumons verts. Or, ceux-ci se sont dégradés ou ont franchement disparu. Toutes les grandes réserves biosphères de la capitale, notamment les forêts classées de Koulouba et de Samè, la zone marécageuse de Sotuba et les grands caïlcedrats de l’ex-zone aéroportuaire de Hamadallaye ont cédé face à la forte pression foncière. Dans une récente étude rendue publique, le ministère de l’Urbanisme et de la politique de la ville indiquait que sur le millier d’espaces verts prévus dans le plan d’urbanisation de la capitale, ne subsiste plus qu’environ 250 espaces dont l’utilisation a été pour la plupart détournée. Le peu qui a fait l’objet d’aménagement au cours des dernières décennies se trouve aujourd’hui à l’abandon, phénomène qui s’est fortement accentué depuis les événements du 22 mars 2012. Face à la nuisance croissante des gaz d’échappement et de la poussière en suspension dans l’air, les arbres « survivants » ne sont plus en mesure d’assurer leur fonction de photosynthèse. Aujourd’hui, Bamako concurrence sans peine Kayes, qui dans les années 1970 et 1980 était désignée comme la ville la plus chaude du Mali. Il suffit de se percher au sommet de l’une des collines qui entourent la ville pour constater le nuage de pollution qui plane en permanence au-dessus de la cité pour mesurer la gravité du mal que subissent les habitants.

Selon les aménagistes que nous avons rencontrés, la chaleur à Bamako s’explique en grande partie par l’insuffisance et la dégradation des espaces verts, même de ceux aménagés le long et sur les terres-pleins de certaines grandes artères de la ville. En outre, les petits bois, à l’image du Parc national, se signalent par leur totale absence. Or c’est la photosynthèse assurée par les arbres qui aurait permis de renouveler l’oxygène contenu dans l’air qui souffle sur la capitale. Que faire alors si presque tous les espaces verts sont totalement dégradés ? La plupart des mini-poumons verts servent de logis improvisés et de lieux d’aisance pour les sans abris et les marginaux.

DES OCCUPANTS DOUTEUX. Un habitant de l’ACI 2000 de retour d’un long séjour à l’étranger et que nous avons rencontré s’est désolé de ne plus reconnaitre le beau jardin de cocotiers qui prolonge la voie express de la zone ACI sur le versant ouest de l’Obélisque vers le cimetière de Lafiabougou.

Les parterres qui agrémentaient l’Obélisque et le monument du président Kwamé Nkrumah situés aux deux extrémités de la même voie express ont vu disparaître fleurs et arbustes, faute d’eau pour alimenter les terminaux d’arrosage. Notre équipe de reportage a effectué plusieurs tours pour essayer d’échanger avec le personnel d’entretien. Sans succès. Les témoignages recueillis sur place indiquent que faute de rétributions et d’eau, les ouvriers ont été littéralement contraints d’abandonner leurs postes. Comme ils étaient des saisonniers dans leur écrasante majorité, ils sont allés s’occuper ailleurs. Il n’est pas évident qu’ils reviennent du fait de la modestie des émoluments.

Le même triste constat est à faire pour le jardin au milieu duquel trône le buste de Patrice Lumumba sur le square qui porte son nom. Ce lieu est squatté par les petits délinquants et autres sans abris, qui survivent dans la zone en exerçant divers expédients. Cette faune, très active la nuit, dort pendant presque toute la journée à l’ombre des grands palmiers qui clôturent l’espace. Il vaut mieux ne pas jeter un coup d’œil vers l’ancien bassin du jet d’eau, les carreaux blancs à l’origine sont aujourd’hui d’un brun sale amené par l’action combinée de l’urée et de la poussière.  Les choses ne sont pas près de changer puisque le jardin accueille occasionnellement les occupants douteux qui se sont installés dans les locaux de l’ancien bâtiment de la Banque centrale de l’Afrique de l’ouest, ex Banque centrale du Mali. Après que la Direction nationale du Trésor et de la comptabilité publique, puis la sous-direction des Petites entreprises de la Direction générale des impôts ont quitté les lieux, l’endroit accueille les mendiants et leurs accompagnants, sans oublier une flopée d’oiseaux de la nuit.

LES COMPTEURS DE ROBINET ENLEVÉS. Autre joyau qui s’est totalement dégradé, les jardins de la Promenade des angevins que tous considéraient comme un des aménagements les plus réussis de la capitale. Ici, les encombrements humains créés par les petits marchands et par les stationnements des Sotramas ont eu raison des diverses opérations de déguerpissement. Les amoncellements d’ordures se sont substitués aux espaces gazonnés et on trouve à grande peine la trace de ce qui a été planté comme gazon et arbustes sur le terre-plein central et sur l’espace qui sépare les rails des premières maisons de Bagadadji.

Ces quelques cas sont emblématiques d’un phénomène général : Bamako a cessé de se donner de l’air et se trouve à présent menacée de suffocation. Lors d’une récente interview, le ministre de l’Urbanisme et de la politique de la ville, Moussa Mara (Premier ministre depuis le samedi 5 avril), ne s’est pas contenté de déplorer le phénomène, il a promis d’y remédier le plus tôt que possible. A la mairie du District, le discours tenu est tout aussi volontariste. Selon le directeur de la Cellule technique d’appui aux communes, Oumar Konaté, ce sont les difficultés de trésorerie qui sont à l’origine du mal. Les factures impayées s’étant accumulées, la SOMAGEP a enlevé les compteurs de robinet desservant les espaces verts. Selon lui, l’entretien qui relève des prérogatives de la municipalité de Bamako coûte cher à cette dernière qui peine à convaincre les contribuables à s’acquitter de leur devoir civique.

Un argument que balaie d’un revers de la main les jardiniers qui s’occupaient de l’entretien de ces espaces. Selon nos interlocuteurs, la crise de trésorerie n’est qu’un prétexte pour cacher le peu d’intéressement de la mairie pour l’entretien des espaces Il ressort de leur constat que tous les deux ans, les jardins publics de la capitale sont rénovés presque en entier par le gouvernement. L’Etat ne peut pas pousser plus loin son effort. C’est aux collectivités de se soucier d’assurer aux habitants un cadre de vie correct dans un environnement non pollué. A ce moment là, il serait plus facile de convaincre les citoyens que leurs contributions leur bénéficient en fin de compte.

A. O. DIALLO

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6 COMMENTAIRES

  1. Merci Mr Diallo pour cet article tres inspire significatif.Si rien n’est fait je me demande que sera Bamako dans une decenie?

    • Le mal est trop beau pour le mal…

      Tout cela est la faute de nos dirigeants minables…Et dire que les gens continuenet a voter pour ces gens a chaque election, au lieu d’essayer de nouvelles pesonnes…

  2. A. O. DIALLO, votre article est le tout premier que j’ai lu et j’en suis sur le plus important que je lirai aujourd’hui. Merci pour ce bel article, digne d’une véritable enquête journalistique. Chaque jour que Dieu fait je constate avec amertume l’état de “ces quelques” espaces verts à Bamako où pourtant des centaines de millions du contribuable ont été injectés.Le constat est triste, ce pays fait peur, les personnes qui sont en charge(Mairie du District, collectivités) ont un seul argument: La crise de 2012, mais voici des gens qui continuent à émarger dans le budget de l’État.Jamais on ne les verra clamer leur amertume quand aux manques de moyens pour faire le boulot pour lequel elles sont payées . De tout les espaces verts aujourd’hui à Bamako,le seul qui tient “encore” est celui dédié aux chasseurs(Kontoron ni Sané). Dieu, quand est ce que les maliens se soucieront du développement de ce pays. Le pays du “faire semblant” du “tu te remplis les poches” oubien tu es un “danka den”. Merci encore A. O. DIALLO, vous êtes l’un des rares journalistes je dirai a avoir un regard sur d’autres préoccupations que celles sur la politique. Merci et surtout bonne continuation.

    • Ce pays ne changera jamais tant que les gens ne se decideront pas a voter pour de nouvelles personnes… au lieu des anciens voleurs politiciens qui ne doivent leur fortune qu’a la poche du people malien…: ibk, cise, sidibe, drame etc…

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