Zone industrielle : Nœud d’insalubrités

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Zone industrielle : Nœud d’insalubritésPrévue pour accueillir les unités industrielles, la zone est aujourd’hui occupée aussi par des habitations, des garages, des parcs à bétail, des teintureries, etc. L’insalubrité y est repoussante.

 

 

Bamako est sale. Tout le monde en convient. Les montagnes de déchets sont devenues des éléments courants du paysage urbain. Le problème fait couler beaucoup d’encre et de salive mais semble demeurer insoluble. Les pouvoirs publics en ont pourtant fait une préoccupation majeure comme en témoignent les nombreuses initiatives prises dans le cadre de la lutte contre l’insalubrité.

Aujourd’hui l’unanimité est faite que le phénomène constitue un danger pressant pour l’environnement et la santé des habitants de la capitale. Ces derniers ne sont cependant pas logés à la même enseigne en matière d’insalubrité. Par exemple, ceux qui vivent dans la zone industrielle de Sotuba en Commune II, se trouvent dans une situation est très alarmante. Théoriquement pourtant, une zone industrielle est soumise à des critères rigoureux en termes de salubrité, et doit être particulièrement surveillée compte tenu de la nature polluante des activités qui s’y exercent.

La zone industrielle de Sotuba concentre aujourd’hui l’essentiel des unités de production de Bamako dont une majorité d’industries alimentaires. Point n’est besoin d’être un expert pour constater que le respect des normes environnementales n’est pas la préoccupation première d’un quartier des plus touchés par l’insalubrité et la dégradation de l’environnement.

EAU ROUGEATRE. Cette zone industrielle de Sotuba a été créée aux premières heures de l’indépendance. A l’origine, elle était uniquement destinée à accueillir des unités industrielles. Plus d’un demi-siècle plus tard, elle héberge à la fois des habitations et des industries. Comme pour compliquer davantage la situation, des mécaniciens automobiles ont installé des garages à tous les coins de rue. Ceux-ci côtoient des parcs à bétail, des jardins maraîchers et des teinturières. Tout ce beau monde est installé de façon anarchique et ignore, à l’évidence, le mot salubrité.

Résultat : les rues sont encombrées de carcasses de voitures. Pendant la saison des pluies, les voies deviennent impraticables à cause des flaques d’eau et de la boue. Sans compter que le manque de caniveaux aggrave la situation en cas de grosses pluies. Le grand collecteur qui traverse le quartier en longeant les usines Sonatam et Somapil, déborde régulièrement après chaque orage et inonde les rues d’une eau rougeâtre qui descend des collines du flanc nord de la capitale.

Les déchets produits par toutes les activités informelles s’ajoutent à ceux des unités industrielles. Non évacués convenablement, les déchets industriels (solides et liquides) représentent un gros danger pour la santé de populations déjà exposées à un nuage de poussière quasi permanent, soulevé par le ballet incessant des gros porteurs desservant les unités industrielles.

Les actions de collecte, de traitement et d’évacuation de déchets mises au point sont généralement inadaptées. Elles sont simplement sous-dimensionnées par rapport à l’ampleur du problème posé. Un exemple : la station d’épuration sensée collecter et traiter les déchets liquides des usines, n’a pas la capacité de recevoir toutes les eaux usées produites dans la zone industrielle. Avec seulement une capacité de traitement de 5000 m3 par jour, elle est dépassée par la quantité astronomique de déchets générés.

Les GIE chargés de la pré-collecte des déchets solides, sont tout autant à la peine. Tous ou presque connaissent de grosses difficultés du fait du manque d’équipements adéquats. Ils ne peuvent donc s’acquitter correctement de leur tache. A cela, il faut ajouter l’inexistence de décharges pour accueillir les ordures. Des dépôts anarchiques se créent donc un peu partout dans le quartier.

A BRAS LE CORPS. Les autorités municipales de la Commune II ne négligent pas le problème mais les actions entreprises jusque là sont loin d’en venir à bout. En cause principalement : le manque de moyens financiers.

Le chef du service assainissement et contrôle des pollutions et des nuisances de la mairie de la Commune II, Lamine Sangaré, impute à des manquements aux obligations, les fréquentes interruptions de la chaîne d’évacuation.

En collaboration avec l’Organisation patronale des industriels (OPI), la mairie a donc décidé de prendre le problème à bras le corps. Cette volonté se concrétise dans les mesures rigoureuses d’un projet de réhabilitation de la zone industrielle. Celui-ci prévoit de contraindre tous ceux qui ne sont pas habilités à s’y établir, de quitter les lieux. Ce travail, reconnaît Lamine Sangaré, demande beaucoup de courage et de volonté face à la résistance des occupants illégaux. Faire déguerpir des personnes qui mènent des activités lucratives va s’avérer difficile mais c’est une nécessité pour rendre à la zone son lustre, juge Lamine Sangaré. Le projet envisage de raser tous les kiosques illicitement installés, curer les caniveaux, évacuer les ordures entassées dans les rues et déménager les parcs d’animaux.

Déjà des personnes de bonne volonté se manifestent pour aider à la réussite de l’opération. Ainsi, le promoteur de Toguna Agro Industrie a déployé un important dispositif pour évacuer les ordures de la zone vers des décharges finales de plus en plus rares. Mais le gros du financement reste à trouver et le dossier est actuellement sur le bureau de l’OPI.

Tandis que la mairie fait ce qu’elle peut avec le matériel de fortune à sa disposition, Lamine Sangaré sollicite des industriels et autres résidents un engagement citoyen pour assainir la zone. « En unissant nos efforts, on peut aboutir à quelque chose de sérieux », estime-t-il.

L’OPI partage cette conviction. Mme Mariko, chargée des questions d’assainissement de la structure patronale, salue d’ailleurs les efforts déployés par la mairie dans ce sens. L’Organisation patronale des industriels s’inquiète, assure-t-elle, de cette énorme insalubrité au point d’avoir commandité des études dont les résultats ont été transmis au département en charge de l’industrie. Pour Mme Mariko, la zone industrielle devait, par sa propreté, attirer les investisseurs. Au lieu de les en chasser.

Lougaye ALMOULOUD

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