Entretien avec Mahamadou Tiendrébeogo dit Souké" des Bobo Diouf : "Guimba a fait de moi un homme fier aujourd''hui d''être comédien""

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Il s”appelle Mahamadou Tiendrébeogo, plus connu sous le sobriquet de Souké, vedette du téléfilm  «Les Bobo Diouf». Dans cet entretien exclusif, que nous avons réalisé à l”hôtel Continental de Ouagadougou à la faveur du 20e Fespaco, le célèbre comédien burkinabé nous parle des problèmes rencontrés avec le réalisateur des Bobo Diouf, de ses projets et de bien d”autres choses. Souké nous a fait une révélation : sa référence en matière de comédie est Habib Dembélé dit Guimba, du Mali.rn

Bamako-Hebdo : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

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Mahamadou Tiendrébeogo dit Souké : Merci. Mon vrai nom est Tiendrébeogo Mahamadou. Les gens m”appellent "Souké", nom que je n”ai pas mis sur mon extrait de naissance. On m”appelait ainsi bien avant les feuilletons auxquels j”ai participé. Je suis un artiste comédien burkinabé.

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Je suis célibataire sans enfants. Une déception a fait que j”ai maintenant peur des femmes. Dommage, car ce sont nos mamans. On ne doit donc pas avoir peur d”elles. Mais ne vous en faites pas, je compte me marier très bientôt.

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Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

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J”ai commencé par le théâtre. Mais, bien avant, j”étais danseur. C”est à l”occasion d”une pièce que j”avais mise en scène, que le réalisateur du Royaume d”Abou m”a contacté. Mon cheminement a donc été d”abord la danse ensuite le théâtre. Quand j”étais en Côte d”Ivoire, j”ai joué dans deux troupes théâtrales.

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Quand je suis revenu au Burkina, j”ai créé mon propre groupe. Malheureusement, j”avais peur des histoires avec les troupes existantes. C”est pourquoi je n”ai pas voulu former une troupe théâtrale en tant que telle, c”est-à-dire bien structurée. Quand je décrochais un marché, j”appelais des comédiens par ci et par là pour jouer avec moi. Franchement, j”ai beaucoup appris au théâtre, ce qui m”a permis de voir clair. La première fois que je me suis trouvé devant une caméra, c”était comme un jeu. Je pensais que cela aurait été plus difficile de jouer dans le Royaume d”Abou.

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Avez-vous un diplôme artistique ?

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Il faut avouer que l”art m”a empêché de poursuivre mes études. Je me suis limité au  CM2, après deux mois de cours. Ensuite, j”ai refusé totalement d”aller à l”école. Ce n”est pas une histoire de moyens, puisque mes parents pouvaient me payer des études. C”est moi-même qui n”ai pas voulu. Je n”ai même pas mon Certificat d”Etudes Primaires (CEP) !

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Pouvez-vous nous parler des Bobo Diouf ?

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Je veux vous dire comment les Bobo Diouf sont nés. Lors du tournage du Royaume d”Abou, le réalisateur a énormément apprécié ce que moi et mon ami Sidiki faisions. Il avait déjà en projet, juste après le Royaume d”Abou, de faire les Bobo Diouf. C”était en 1998. En 2000, le tournage du Royaume d”Abou s”est interrompu. Tous les comédiens que vous voyez dans les Bobo Diouf ont joué dans le Royaume d”Abou, comme "Tonton Bourama", à l”exception de Maï. C”est le réalisateur français Patrick Martinet qui a initié les Bobo Diouf, dont le nom vient d”un Sénégalais qui habitait dans le même hôtel que notre réalisateur logeait. Il m”appelait toujours "Bobo Diouf" et je ne comprenais pas pourquoi.

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Un jour, je lui ai demandé pourquoi il m”appellait ainsi. Il m”a dit que j”étais très noir et que j”aimais imiter les gens, surtout les Sénégalais. Il s”était donc dit qu”un Sénégalais de Bobo Dioulasso devait s”appeler Bobo Diouf.

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Comment se porte aujourd”hui votre groupe ?

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rnIl faut dire que le groupe se porte très bien. C”est vrai qu”il n”y a plus de nouveaux enregistrements des Bobo Diouf car, effectivement, nous avons eu des problèmes avec notre réalisateur. Il va d”ailleurs falloir qu”on explique cette histoire aux gens, car ils n”ont pas compris. Quand notre réalisateur nous a rencontré au début, pour nous expliquer le projet des Bobo Diouf, il nous a fait comprendre qu”il n”avait pas d”argent. Le peu qu”il avait, il disait que nous allions le bouffer ensemble. Mais, si le projet marchait, il allait nous augmenter. C”est ainsi que nous avons démarré, pour faire les deux premières saisons.

Le réalisateur est venu nous dire qu”il allait augmenter notre cachet pour la troisième saison, compte tenu de l”envergure que le projet avait pris. Il estimait devoir nous proposer une rémunération conséquente. Malheureusement, il n”a pas tenu ses promesses, ni pour la troisième, ni pour la quatrième saison. Ce que nous avons remarqué, et qui était bien plus grave, c”est qu”il a commencé à essayer de nous diviser.

A partir de ce moment là, nous avons décidé d”arrêter le tournage. D”autant plus qu”il commençait à faire du zèle, se vantant de nous avoir sauvés de la famine, comme si nous étions des affamés auxquels il aurait donné à manger. Comme personne ne lui avait rien dit, il pensait toujours pouvoir faire de nous ce qu”il voulait.

Finalement, nous lui avons donné une dernière chance, pour la cinquième saison. Là, il nous a dit que Sidiki n”était qu”un bluffeur et qu”il allait donc le faire mourir dans le film, pour ne plus l”employer après. Il a continué en trouvant des défauts à tout un chacun. Nous avons vite compris qu”il voulait semer la zizanie entre nous. C”était en 2004. Puis, il est revenu à la charge, en nous disant que CFI avait fermé et qu”il ne disposait plus que de la moitié de son budget. Donc, si nous étions d”accord pour tourner une sixième saison, il y aurait une baisse de 45% de nos cachets.

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Quand, il est venu dire cela, nous lui avons répondu que nous pouvions bien accepter ce principe pour un court laps de temps, mais que la manière de nous présenter l”offre n”était pas convenable. Il nous a dit: " celui qui est d”accord, il n” y a pas de problème, celui qui ne veut pas, je lui trouverai un remplaçant".

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rnComme il disait à chaque fois qu”il allait augmenter notre cachet et qu”il ne l”avait jamais fait, nous lui avons proposé de vendre les VCD des épisodes pour pouvoir nous rémunérer. Il se trouvait qu”il avait lui-même commencé à le faire depuis très longtemps. Nous avons décidé de rencontrer le réalisateur Patrick Martinet pour exposer notre problème. On lui a dit que la réduction de nos cachets était vraiment trop importante, et que s”il nous augmentait un peu, on pouvait s”arranger.

En plus, la division qu”il était en train de créer ne nous arrangeait pas du tout. Pour la simple raison que je risquais de ne plus pouvoir regarder Sidiki dans les yeux à cause de cela. Je vais vous répéter ce que le Blanc m”a répondu : "Vous êtes des ingrats, c”est comme ça chez les Africains et vous resterez toujours comme ça". Ce qui veut dire qu”il a généralisé les choses. Nous sommes dits que, en tant qu”Africains, si nous acceptions de collaborer avec cet homme, nous allions déshonorer nos parents, nos ancêtres.

Nous avons tous déposé ses scénarios et nous sommes partis. Immédiatement, il a cherché d”autres comédiens, des enfants que nous avons formés. Ce sont des gens qui n”ont pas des qualités de comiques. Il leur a proposé des conditions encore pires que celles que nous avons refusées. Ils ont tourné avec lui les premières minutes des Bobo Diouf 2, en 2005.

Le réalisateur a même invité les autorités de Bobo Dioulasso à les visionner. J”ai dit à mes gars qu”il nous fallait réagir. Nous avons donc crée notre groupe, " Nouvel inventaire de l”art du fou rire " plus connu sous le nom de "Niaf Niaf". Nous sommes toujours soudés et, bientôt, les gens pourront nous voir sur le petit écran. rn

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Quels liens avez-vous avec Sidiki ? 

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Sidiki, c”est mon gars. Vous savez, Sidiki avait honte, au début, de la tenue de villageois qu”il portait. Je l”ai amené à s”imprégner de son rôle. Nous avons les meilleures relations du monde. C”est vraiment un ami.

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Que représente la comédie pour vous ?

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La comédie représente beaucoup de choses pour moi. J”ai remarqué qu”à travers elle on peut dire beaucoup de choses. Le comédien et l”artiste chanteur sont les voix de la population. Je ne sais pas si je suis né avec, en tout cas, c”est un métier que j”aime beaucoup. La comédie m”a apporté beaucoup de relations. Mais je conseillerai à celui qui veut entrer dans le monde de la comédie pour s”enrichir de renoncer à ce métier. 

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Pour quelles raisons ? 

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Parce que les gens pensent que nous sommes riches, alors que nous n”avons rien. Je crois qu”il faut arrêter de dire que l”art ne nourrit pas son homme. Je pense que c”est faux. L”art doit nourrir son homme.

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 Seulement, peut-être qu”il n”est pas bien géré. Je ne peux pas comprendre que des réalisateurs qui peuvent obtenir un financement de centaines de millions de FCFA pour faire un film n”en utilisent que dix millions de FCFA et, avec le reste, aille se construire une villa et se payer une Mercedes. C”est à cause de telles pratiques que nous ne pouvons pas vivre de notre art. Ce qui est encore plus déplorable, c”est que les réalisateurs essayent de faire croire qu”ils sortent les comédiens de la misère. Alors que ce sont des talents qu”ils utilisent pour mener à bien leur boulot.  

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Quelle est la différence entre Souké dans le film et Souké à la maison ?

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Il m”arrive souvent d”être sérieux. Il m”arrive aussi souvent, quand je suis en bonne santé, d”amuser mes amis. Je me confonds dans ces deux personnages.

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Qui est votre comédien préféré ?

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Mon comédien préféré en Afrique, c”est Habib Dembélé dit Guimba, du Mali. Ce n”est pas aujourd”hui que j”ai connu cet homme. Lui et moi, on ne s”est jamais vus personnellement pour se saluer. C”est dommage. A chaque fois que je vais au Mali, je trouve qu”il n”est pas sur place. Franchement, Guimba m”inspire beaucoup de choses. Il a fait de moi un homme fier d”être comédien aujourd”hui. Les gens me demandent pourquoi, quand je regarde Guimba, je ris jusqu”à en avoir mal au ventre. Ils pensent qu”un comédien ne peut pas faire rire un autre comédien. Quelque part, je suis sûr que quand Guimba voit notre film, il rit de nos manières.

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Qu”est ce que vous aimez dans la vie ?

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Vous savez, mes amis m”appellent poubelle, parce que je supporte tout être humain. Que tu sois voleur, drogué ou tueur. Je supporte tout le monde. Pour parler tout simplement, j”aime beaucoup l”amitié, la sincérité

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Que détestez-vous ?

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Je déteste vraiment l”hypocrisie et je n”aime pas qu”on frappe les femmes et les enfants. 

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Alou B HAIDARA

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