Fadi Maïga, créatrice de mode : une nouvelle icône pétrie de talent

Sa créativité et son inspiration font qu’elle est en train de se frayer allègrement une voie royale vers la cour des grands stylistes d’Afrique. Fadi Maïga, c’est notre coup de cœur pour ce numéro de Le Reporter Mag. Elle est aujourd’hui une valeur sûre pour le renouveau de la mode au Mali. Et a tous les atouts pour assurer la relève des Chris Seydou (paix à son âme), Mariétou Mariette Dicko, Maïmouna Diallo «Maïmour»… Zoom sur une créatrice réputée pour son originalité !

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«Fadi a toujours dit à son père que son souhait est d’être styliste. Son père l’a envoyée faire le tour des écoles dans le monde. Mais elle n’a jamais démordu. Finalement, elle a eu raison» ! C’est la confession que nous avons réussi à arracher de notre doyen Tiégoum Boubèye Maïga, journaliste émérite et chef du cabinet du ministre du Commerce et de l’Industrie. On comprend alors aisément pourquoi ce talent précoce a vite réussi à se positionner comme l’une des valeurs sûres du renouveau de la mode au Mali.

Lauréate du «Prix Kandioura Coulibaly» et par la suite du «Prix RFI» du «Meilleur espoir» lors de la première édition de Festi’Bazin (2014),  Fadi a profité de la seconde édition de ce festival international de la mode pour prouver qu’elle a aujourd’hui sa place dans la cour des grands. Elle a émerveillé le public avec deux fascinantes collections à base de bazin (blanc), dédiée spécialement à la mode marocaine (invitée de Festi’Bazin 2015), et du bogolan. Le succès fut si retentissant que le très charismatique Seydou Badian Kouyaté (figure emblématique de la politique malienne et auteur de l’hymne national du Mali) l’a appelée chez lui pour la féliciter et l’encourager à persévérer sur cette voie de l’excellence au servie de la culture et des arts de son pays.

«La première collection présentée est faite en bazin blanc avec des coupes et broderies inspirées du Djellaba et du Caftan pour faire honneur au Maroc», nous explique la créatrice. La seconde est sa collection baptisée «Ségou, Terre du bogolan» ! La styliste engagée a présenté cette collection pour plusieurs raisons. «Il s’agissait avant tout de rendre hommage à Ségou qui produit spécialement le bogolan. Un tissu aujourd’hui célèbre dans le monde grâce au fantastique travail de Christ Seydou (Seydou Doumbia, paix à son âme)», précise Fadi.

Cette collection est aussi une contribution de la jeune patriote à la réconciliation et à la reconstruction de son pays qui vient de traverser une grave crise institutionnelle, sécuritaire et identitaire. «Le brassage ethnique et la diversité culturelle sont des atouts pour le Mali. Et il faut les prendre comme tels ! Tel est l’autre message que je voulais véhiculer avec cette collection. Le public l’a certainement compris», nous confie-t-elle. «Je suis satisfaite parce que je pense que le public a ressenti ce que j’ai voulu lui communiquer comme message à travers ce défilé à Festi’Bazin II. Ce qui me donne l’envie de me surpasser et de toujours mieux faire…», ajoute la talentueuse benjamine des créatrices de mode au Mali.

L’amour de la mode comme tremplin du succès

Ceux qui connaissent cette talentueuse et ambitieuse créatrice ne sont pas surpris de la voir franchir rapidement des caps importants dans sa  carrière. À commencer par ses parents. «Elle aime ce qu’elle fait. Elle est très famille et très terroir d’où le nom de sa marque Borthini», explique Tiégoum B. Maïga. «J’aime tout ce qui est artistique… Mais j’ai une préférence pour la mode et depuis toute petite, vers l’âge de 5 ans», explique Fadi qui est l’homonyme de sa regrettée grand-mère paternelle arrachée à son affection en 2014. Née le 03 janvier 1988 à Bamako sous le nom de Fadi Soumeylou Maïga (de Soumeylou Boubèye et Mariétou Niakhalin Diallo), notre coup de cœur a le stylisme dans l’âme et dans le cœur. «La mode est innée en moi…», nous avoue-t-elle dans notre entretien. Après avoir obtenu un Bac littéraire, Fadi reconnaît avoir longtemps «hésité entre le journalisme et la mode. Le choix s’est finalement porté sur le second. En voulant faire partager ma passion et mon univers avec professionnalisme, j’ai fait des études de mode». La talentueuse jeune créatrice est donc titulaire d’un BTS en «Design de Mode» au Collège La Salle de Tunis, en Tunisie. Et, se rappelle le jeune talent, «beaucoup de gens ont essayé de me décourager. Mais mes proches, particulièrement mon père, m’ont toujours encouragé. Il a gardé mes croquis depuis petite et m’a finalement poussé dans cette voie. Je pense qu’il a compris que c’est ce que je voulais vraiment faire, mais que j’avais peur». «Je me considère vraiment comme une artiste car, au-delà de la couture, ce qui me plait, c’est la création. Je m’exprime beaucoup dans mes défilés et mes vêtements sont en général très expressifs. Ils sont le reflet de mon imaginaire. Je suis d’ailleurs très influencée à la fois par la nature, mais aussi par ma représentation du monde des Princesses», explique la nouvelle coqueluche de la mode malienne lors de ses nombreux entretiens avec la presse.

Borthini, la noblesse au service des stars

Après une brillante participation au «Téléthon» organisé au Niger par Alphady en honneur du Mali en 2012, le Label Borthini (noblesse en sonrhaï) s’est déjà illustré dans de nombreux festivals au Mali, en Afrique (Côte d’Ivoire, Sénégal, Bénin, Togo) et en Europe (France). S’inscrivant désormais dans la haute coutume à essence traditionnelle, Borthini a désormais de nombreux ambassadeurs dans les milieux politiques (le président Amadou Toumani Touré dit ATT, les ministres Soumeylou Boubèye Maïga et Tiéman Hubert Coulibaly…), les artistiques (Tiken Jah Fakoly, Oumou Sangaré, Bassékou Kouyaté, Amy Sacko ; Diamy Sacko, Naïny Diabaté, Davido, Fally Ipupa…) et sportif avec le double champion du monde, Daba Modibo Kéita. Au-delà de son talent, le principal atout de la jeune dame est qu’elle a une vision claire de sa profession. «Je vise plus une mentalité qu’un marché. La femme tradi-moderne est la clientèle cible. Ainsi, en général, je vais sur des textiles africains, mais avec des coupes modernes ou l’inverse, avec des tissus du commun avec des coupes traditionnelles», ainsi définit-elle son style.

En fait, Fadi «revisite les classiques. J’aime le métissage sur ce thème-là. Et de toute façon, c’est selon moi l’avenir de l’humanité». Une vision qui fait l’authenticité et la notoriété naissante de Borthini. Fadi a aussi naturellement hérité de l’engagement de ses pères car, en 2012, elle a lancé une collection pour visiblement défier les islamistes qui se livraient à toute sorte de violence et d’exaction sur les populations des régions occupées du nord du Mali, notamment les femmes et leurs filles. «Défier, c’est trop dire ! Disons que, pour moi, l’artiste est la vitrine de son pays. Ainsi, par cette collection, j’ai essayé d’exprimer ce que pour moi ces opprimés ressentaient, c’est-à-dire la soif de la liberté, la restitution de leur honneur et de leur dignité», précise la Secrétaire chargée des relations publiques de l’Alliance des Couturiers et Créateurs de Mode (ACCM) du Mali. Après la première édition de Festi’Bazin, elle avait fait sensation à la première édition de «Bamako Fashion Week» avec une collection qui a littéralement conquis le public. «Jusqu’à présent, les réactions du public sont plutôt positives puisqu’il y a beaucoup de gens qui viennent pour me dire qu’ils sont agréablement surpris, épatés… Et comme, en général, il y a de nombreux applaudissements, j’en suis très fière», reconnaît-elle, sans se départir de son humilité et faire fi du chemin à parcourir et des défis à relever pour se hisser au sommet de la mode.

D’ambitieux projets qui murissent dans l’humilité et l’intimité

À 27 ans seulement, la tête de Fadi fourmille de projets. Mais pour le moment, dit-elle prudemment, «je préfère faire cas du concret, me concentrer sur les défis actuels avant d’aborder mes projets» ! Passion, talent, créativité, authenticité, travail, prudence, humilité, détermination… sont sans doute les clefs du succès de Fadi Soumeylou Maïga. Une valeur sûre de la mode en Afrique. Aujourd’hui, son rêve est d’être à la tête d’une véritable «Maison de couture» ayant pignon sur rue non seulement en Afrique, mais aussi un peu partout dans le monde. Et elle est consciente du défi que cela représente. «Il faut de l’ambition, du courage, de la persévérance… mais surtout y croire», résume ce grand espoir de la mode malienne voire africaine. «Il faut y croire et se lancer en ayant conscience que rien n’est facile… Il faut travailler dur», insiste Fadi. Pour réussir dans ce secteur, il faut avoir du cran et surtout un mental de Samouraï comme Fadi Maïga, la nouvelle ambassadrice de la mode !

Moussa BOLLY

 

La reconnaissance des pairs

Dans le secteur de la mode, on ne manque pas non plus de compliments à l’égard de Fadi Maïga, sans doute la plus jeune, mais pas la moins talentueuse de l’univers des couturiers et créateurs de mode au Mali. «C’est une styliste talentueuse qui a de l’avenir», admet Mme Mariétou Diakité Maïga dite Tatou, promotrice du Groupe Evidence et présidente de l’Alliance des couturiers et créateurs de mode au Mali (ACCM).

«Borthini de Fadi Maïga est connue pour être Noblesse. Elle utilise un langage abstrait pour faire surgir sa vision de l’univers malien et de l’élégance. Dans cette mouvance, on retrouve l’architecture de la culture malienne (Sa Collection Ségou en Bogolan) et aussi dans toute sa dimension les couleurs du pays (Sa Collection LA PAIX)», témoigne Cheick Oumar Kanté alias Papyvalérie, un designer malien installé en Suède depuis deux ans. «Les créations de Fadi Maïga suivent un chemin géométrique simple, des lignes épurées, et des couleurs identifiables. Cette simplicité des codes fait rejaillir une très forte puissance visuelle et un style personnel inimitable au fil du temps… Je crois en la créativité de Fadi», ajoute ce styliste de plus en plus en vue en Europe. Pour lui, la «puissance visuelle» qui se dégage de ses œuvres fait de la jeune Fadi Maïga «l’une des futures grandes stylistes du Mali… Tout le monde se retrouve dans ses créations qu’on a toute de suite envie d’acheter et de porter».

Quant à la «Reine des perles», Assétou Gologo dite Tetou, elle assure avoir découvert «la jeune et talentueuse Fadi Maïga lors de la première édition de Bamako Fashion week. Puis, j’ai eu le plaisir de la revoir et de voir ses créations de plus près. C’est de la Haute Couture. Créatif, class, beau. Humble, gentille, intelligente, Fadi Maïga, c’est un talent à soutenir, à encourager» ! Et le franc succès qu’elle ne cesse de rencontrer est une légitime reconnaissance de son courage, de sa persévérance, de son abnégation et de sa farouche volonté à s’ouvrir largement les portes de la notoriété dans un cercle très fermé : la mode !

Moussa BOLLY

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