Treta/IBK : Une autre intelligence de la rupture en cours

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Bocari Treta, Ibrahim Boubacar Keita IBK

Au lendemain de la sortie de TrĂ©ta du gouvernement, dans la presse, les bureaux, les couloirs, les grins, les rues et parfois mĂȘme dans les lieux de priĂšre, les commentaires vont bon train. Beaucoup se contente de trancher en faveur ou contre l’une ou l’autre des parties en conflit sans que ce jugement ne soit nourri d’intelligence vĂ©ritable de la politique.

D’abord, il faut commencer par relever et mettre au clair un amalgame auquel beaucoup n’a pas Ă©chappĂ©. Nombreux, parmi les commentaires de nos compatriotes, sont ceux qui laissent entendre que la crise oppose le RPM et IBK comme si celui-ci a cessĂ© d’y faire partie. Or pour qu’on puisse dire que la crise oppose IBK au parti, non seulement, il faudrait que celui-ci cesse d’y faire partie, mais encore et surtout qu’il puisse ĂȘtre possible d’ériger le RPM en un corps compact, exempt de toute division interne sans oublier que depuis l’élection de celui que l’on appelle affectueusement IBK, le rang du RPM n’a pas cessĂ© de se grossir et donc qu’il soit possible de ramener le parti Ă  TrĂ©ta. Ainsi, il n’est peut ĂȘtre pas exagĂ©rĂ© de dire que l’ancien ministre du dĂ©veloppement rural a pris trop au sĂ©rieux son rĂŽle en s’estimant ĂȘtre celui Ă  qui le RPM devrait revenir naturellement Ă  l’absence d’IBK parce qu’appelĂ© Ă  exercer la fonction de premier magistrat. Avec toute son expĂ©rience du parti, de l’homme IBK et du pouvoir, il devrait comprendre que celui-ci a toujours Ă©tĂ© et reste le seul maĂźtre non seulement du pouvoir mais aussi du parti pour la simple raison que dans toute l’histoire de notre pays voire de l’Afrique, le parti a toujours Ă©tĂ© la chose de celui qui est au pouvoir. Il devrait se souvenir non seulement du cas de l’ancien ministre de l’Education nationale, feu Mamadou Lamine TRAORE, mais encore et surtout de celui du prĂ©sident lui-mĂȘme. Malheureusement, il s’est cru investi d’une puissance indĂ©boulonnable en croyant avoir reçu Ă  faire partir les Premiers ministres Oumar Tatam Ly et Moussa Mara. À notre avis, comprendre les choses de cette maniĂšre relĂšverait d’une grosse erreur. Pour commencer, au fond, il convient de rappeler juste que le Premier ministre Ly n’a pas Ă©tĂ© limogĂ©, mais il a dĂ©missionnĂ© parce que trouvant qu’il ne pouvait pas continuer Ă  travailler avec un prĂ©sident qui, de toute Ă©vidence, a pris cause et effet pour ses proches contre son PM. Quant Ă  Mara, il est vrai qu’il a Ă©tĂ© limogĂ©, mais il ne l’a pas Ă©tĂ© sous la pression du RPM. Il a Ă©tĂ© remerciĂ© par le prĂ©sident juste dans le but de redorer son blason auprĂšs de la communautĂ© internationale remontĂ©e contre lui pour sa gestion du dossier de Kidal Ă  travers la mĂ©saventure de son PM. On ne nie pas le fait que les Premiers ministres Ly et Mara n’aient reçu aucune pression de la part du parti. Non plus, on ne remet pas en cause l’existence du projet de TrĂ©ta visant Ă  se faire nommer PM, mais au regard de ce que tout le monde sait de l’homme du prĂ©sident, il est difficile de croire, contrairement Ă  ce que laisse entendre la plupart des commentaires, que les deux premiers PM soient partis du gouvernement Ă  cause des pressions exercĂ©es par TrĂ©ta ou mĂȘme par le RPM. IBK est-il du genre Ă  cĂ©der Ă  n’importe quelle pression surtout Ă  celle venant de son propre parti ou d’un homme ? En tout cas, il est su ĂȘtre un homme de dĂ©fi et donc celui qui s’assume lorsqu’il est appelĂ© Ă  faire face aux hommes et Ă  l’histoire.

Faudrait-il le rappeler Ă  TrĂ©ta que dĂ©jĂ , des proches du prĂ©sident et pas n’importe lesquels mijoteraient dans les couloirs du siĂšge des campagnes prĂ©sidentielles  la faible participation du RPM pour ne pas dire des autres responsables du RPM dont au premier chef TrĂ©ta aux efforts de campagnes de l’élection du prĂ©sident. Aussi, au lendemain de son Ă©lection, IBK n’a-t-il eu cesse de rappeler Ă  qui veut l’entendre qu’il ne doit sa victoire Ă  aucun parti politique mĂȘme pas au RPM. Au fond, son message n’était pas de dire que le parti a cessĂ© d’ĂȘtre le sien, mais plutĂŽt qu’il voulait ĂȘtre libre de tous les partis y compris du RPM. Pour le dire autrement, il voulait dire que son propre parti et tous les autres sont Ă  lui sans qu’il ne soit lui au retour Ă  aucun d’entre eux. Que TrĂ©ta ou autres militants du RPM aient l’ambition de devenir PM voire qu’ils envisagent de devenir prĂ©sident n’est pas en soi un crime. Au regard des principes et des lois en la matiĂšre, il est mĂȘme plus juste de dire que de telles ambitions sont lĂ©gitimes et lĂ©gales. Cependant, aller jusqu’à chercher Ă  tordre la main Ă  son prĂ©sident Ă  travers l’organisation de la marche revendiquant le poste de Premier ministre relĂšve tout aussi purement et simplement, de la part de TrĂ©ta, de la provocation.

Au regard de ce qui prĂ©cĂšde, il est possible de dire que la sortie de TrĂ©ta du gouvernement relĂšve de la trahison. Mais il convient de discuter ce jugement  qui entre TrĂ©ta et IBK a trahi ? Il est relayĂ© que ce sont Abdourhamane Sylla et TrĂ©ta qui ont mis IBK Ă  la tĂȘte du RPM aprĂšs ĂȘtre partis le chercher de son exil ivoirien au lendemain de son bras de fer avec le prĂ©sident Alpha Omar KONARE. Pour cette raison, il est dit que IBK ne doit mĂ©nager aucun effort pour que TrĂ©ta soit son PM. En le lui refusant, pire en le chassant purement et simplement du gouvernement, selon une lecture superficielle et moralisante, on est tentĂ© de toute Ă©vidence de souscrire Ă  la thĂšse de la trahison. Cependant, selon une analyse plus lucide des choses, il nous est possible de se faire une toute autre idĂ©e. Qu’il soit mĂȘme vrai que ce soient TrĂ©ta et Sylla qui aient travaillĂ© Ă  porter IBK Ă  la tĂȘte du RPM, aprĂšs qu’ils soient tous partis du parti de l’abeille, cela n’oblige pas IBK Ă  se soumettre Ă  TrĂ©ta. IBK peut tout aussi dire qu’il en a Ă©tĂ© ainsi parce qu’il le mĂ©ritait plus que tous les autres. Et il est en droit de dire que si TrĂ©ta l’a choisi parmi les autres prĂ©tendants du mĂȘme poste, c’est bien en raison de ses qualitĂ©s personnelles et non parce qu’il est simplement IBK. Mieux encore, il peut dire que si ses amis se sentaient eux-mĂȘmes capables d’assumer le poste Ă  la mĂȘme hauteur que lui, ils se seraient choisis eux-mĂȘmes. C’est pour dire qu’en politique, il n’y a pas plus bĂȘte que celui qui pense qu’elle est fondĂ©e sur le sentiment. Ce qui laisse entendre Ă©galement que le bon acteur politique n’est pas celui qui travaille Ă  partir du registre de la morale, mais plutĂŽt celui de la raison parce qu’elle est le lieu oĂč se jouent des intĂ©rĂȘts et rien d’autre. Et partout oĂč on a affaire Ă  des intĂ©rĂȘts, il convient de jouer Ă  la comĂ©die et donc ne pas prendre son rĂŽle trop au sĂ©rieux comme TrĂ©ta l’a fait. Ce qui revient Ă  dire que la politique est un domaine oĂč on s’essaye et donc un lieu oĂč on se dĂ©double comme le comĂ©dien le fait sur la scĂšne. Tout comme le bon comĂ©dien est celui qui sait jouer son rĂŽle en le dissociant de son ĂȘtre, le bon acteur  politique est aussi celui qui sait sĂ©parer sa fonction de sa personnalitĂ©.

C’est donc une mauvaise lecture que de dire du prĂ©sident qu’il a trahi voire sacrifiĂ© TrĂ©ta au profit du PM Modibo KEITA. En choisissant ce dernier, IBK n’a aucun sentiment. Il a simplement choisi celui qui fait aujourd’hui son affaire. On peut bien aimer un ami, mais mĂȘme dans la vie courante, il est difficile de le choisir contre soi-mĂȘme surtout quant on voit que chacun se bat pour le pouvoir. Ceux qui crient Ă  la trahison pourquoi ils ne le voient que du cĂŽtĂ© du prĂ©sident ? Ce jugement paraĂźt assez amateur. N’est-il pas possible Ă©galement de dire que la trahison est du cĂŽtĂ© de TrĂ©ta ? Quand on fait confiance Ă  quelqu’un, il faut la lui accorder dans toutes ses dĂ©cisions y compris celles que l’on estime ĂȘtre contre vous.

Donc, de part et d’autre, il est possible de dire que chacun des deux hommes a trahi ou a Ă©tĂ© trahi. Trahison ou pas, la vĂ©ritĂ© est que chacun lutte pour le pouvoir. TrĂ©ta lutte pour ĂȘtre prĂ©sident de la RĂ©publique, tandis que IBK travaille Ă  ne pas perdre son fauteuil. Pour conserver son pouvoir, IBK ne se fait aucune illusion. Il sait que le dĂ©part de Modibo KEITA lui crĂ©era plus de problĂšmes qu’il ne lui apportera de solutions. Nommer le PM au sein de son parti constitue un choix politique inopportun qui va travailler dans le contexte oĂč le pays se trouve, Ă  exposer le parti aux luttes intestines, luttes qui visent Ă  arracher du prĂ©sident le poste de Premier ministre et implicitement Ă  se prĂ©parer pour la prĂ©sidence. On peut donc dire en derniĂšre analyse que la nomination d’un Premier ministre RPM dĂ©bouche inĂ©luctablement sur  une guerre de succession. Au regard de la pratique de la dĂ©mocratie libĂ©rale qui proclame que le poste de Premier ministre revient de droit au parti qui gagne les Ă©lections, c’est une obligation pour le prĂ©sident de nommer le Premier ministre Ă  l’intĂ©rieur de sa famille politique. Cependant, le contexte socio-politique du pays est tel qu’il a besoin d’un Premier ministre non colorĂ© comme Modibo KEITA, capable de lui apporter l’intelligence nĂ©cessaire pour rassurer les partenaires tant de l’extĂ©rieur que de l’intĂ©rieur. Dans le contexte oĂč nous sommes, il a besoin d’un Premier ministre qui a toutes les qualitĂ©s qui inspirent le respect et la lĂ©gitimitĂ© dont un chef de gouvernement a besoin pour accomplir ses missions.  Au fond, IBK se cherche et donc il ne supporte ni ne combat personne, ou plutĂŽt il ne combat que ceux qui se mettent en travers de son pouvoir et supporte ceux qui font son affaire.

Bakabigny KEITA

Professeur de philosophie politique

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2 COMMENTAIRES

  1. Avec toutes les bĂȘtises commises, Treta devrait ĂȘtre remerciĂ© du gouvernement. Mais par un sentimentalisme destructeur, IBK l’a maintenu et le rĂ©sultat est lĂ . Treta livre le vieux Modibo Ă  la vindicte populaire, l’humilie et il veut le dĂ©fenestrĂ© Ă  cause d’un poste de 1er Ministre.Pour courronner le tout, c’est une bande de voyous qui est envoyĂ© au domicile de IBK, avec des pancartes, pour scander le nom de Treta comme 1er Ministre. Les faits sont trop graves pour que certains esprits pensent, encore, que Treta a Ă©tĂ© trahi. C’est bien Treta qui est le traitre, il a Ă©tĂ© dĂ©loyale vis Ă  vis du PrĂ©sident de la rĂ©publique .A mon avis, je suis heureux que IBK reprenne la situation en main pour Ă©viter le chaos. Vous vous rendez compte, un Treta 1er Ministre , c’est la catastrophe pour le Mali. Plus pressĂ© que la musique, on danse mal. Treta ne doit s’en prendre qu’Ă  lui mĂȘme.

  2. Bon DIEU
    quand un prof de philosophie parle mal français.
    cher prof quand on emploie beaucoup on emploie le pluriel donc au lieu de beaucoup n’a pas on dit beaucoup n’ont pas
    grave pour le Mali

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