HYDRAULYQUE RURAL – ATT noie la ville historique de Djenné dans le Seuil de Talo : Au seuil du déséquilibre

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Construit en aval du Moyen Bani, achevé à 95 %, le Seuil de Talo va se gonfler en période de crue pour arroser 20 000 ha à cheval sur les cercles de Bla et San. Il permettra, dès sa mise en fonction, de maintenir un débit permanent en saison sèche pour satisfaire de nouveaux exploitants agricoles, toujours en aval, des cercles de San, Djenné et Mopti. Curieusement, rien n’a été fait en amont où les exploitants du Pondori bénéficiaient, sans bourse délier, de ce merveilleux don de la nature. Pourquoi ? Le colon qui baissa les armes pour des raisons mystiques, dit-on, n’y a jamais d’ailleurs pensé. Les autorités de la République du Mali, qui marchent sur ses traces, tardent elles aussi, à donner satisfaction une vieille requête.

En attendant, les paysans de Djenné ruminent une colère séculaire. Tant que le contrepoids de Talo ne voit pas le jour en amont de Djenné, cet écheveau restera entier dans cette bourgade qui se compare à Tombouctou. Même si, ce qui fait la réputation de la cité des 333 Saints ne se trouve pas dans cette ville sainte, le même Dieu veuille au grain.

«Rein ne vaut l’expérience»

Bien avant la pose de sa première prière par un fils du terroir, le magistral Seuil de Talo suscita moult controverses au-delà même de la région de Mopti. Aujourd’hui, il entretient, en plus, la jalousie, précisément dans l’un des augustes patrimoines mondiaux de la planète Terre.
Dans l’ignorance et sous la manipulation politicienne machiavélique, les Djennois tentent de croire, sans vraiment y parvenir, avec le bref retour de l’hivernage, que le Seuil de Talo n’aura aucune incidence sur leur environnement. Il se trompe lourdement.

Qu’ils fassent venir les experts les plus pointus de la Banque mondiale ou de l’Organisation des nations unies, la réplique sera invariable. Sans le Seuil de Djenné, la ville sainte de va mourir à petit feu. Le coup d’envoi vient d’être donné là où le président Alpha Oumar Konaré perdit la face après le maléfique colon.

Le Seuil de Talo enjambe désormais le Bani avec un cortège de malheurs qui va bientôt se répandre, comme une traîne de poudre, sur la plaine du Pondori. C’est sous la houlette du président Amadou Toumani. M’enfin, il a réussit, avec les grands moyens, notamment l’argent dit-on, l’argent du contribuable malien, à convaincre une population hostile, depuis toujours, à un quelconque barrage sur le Bani, source de vie à Djenné où l’eau apporte la vie depuis que le monde est monde. C’était contre une promesse, un projet abandonné par le satanique colon français, en l’occurrence la construction du seuil aujourd’hui virtuel de Djenné qu’avait pourtant promis ATT.
ATT triompha alors, non sans amertume. Est-ce la raison pour laquelle, ATT tarde à honorer son engagement à l’endroit de ses compatriotes, à sa région natale ?

En 2007, contre vents et marrés, au moment où le prince de Koulouba mettra ses habits neufs pour un mandat de cinq ans, l’eau du Banni, jadis destinée à donner naturellement vie à l’une des plaines les plus fertiles du Mali, le Pondori, sera pour toujours détournée pour les besoins des plaines de profanes riziculteurs de San et Bla. Là-bas où la culture du riz et la pêche n’ont jamais été pratiquées, le «zamé» remplira les ventres à longueur d’année en trois saisons. De l’autre côté du Bani, des exploitants depuis au moins 20 ans dépendront des vannes du ciel. Lorsqu’il pleut des cordes, tout marchera à merveille. Mais, si le bon Dieu du Mali indépendant ferme les vannes du ciel, comme ce fut à partir de 1973 jusqu’au début du second millénaire, le riz de Djenné ne tombera pas dans la marmite à Tombouctou, ville jumelle de Djenné.

Cette année, il a beaucoup plu dans la seconde ville touristique du Mali, au point de rappeler le déluge du temps de Noé ailleurs au Mali. Sur 12 communes, deux contrées seulement, notamment Kewa et Toguemouré ont obtenu une production passable. Est-ce lié au Seuil de Talo ?
Selon toute vraisemblance, Talo produit des effets néfastes dans le Pondori. C’est pourquoi, au moment des tests de cet ouvrage aujourd’hui achevé à 95 %, la sonnette d’alarme avait retenti pour sauver les meubles. Car, le Bani dégonflé tarda à déverser son trop plein sur la belle plaine du Pondori. Son trop plein arriva, en effet trop tard, en août. N’eût été le surprenant trop plein du fleuve Niger qui le gonfla, une goutte d’eau ne quitterait cet affluent pour arroser une partie de la vaste plaine de Djenné. Ici, cette année, l’essentiel de la semence ne fut que pourriture. D’ailleurs la graine qui a pu être sauvée relève de la diligence des producteurs qui alertèrent le service agricole. Descendus sur le terrain, les agronomes constatèrent les dégâts. Sur ce, le barrage de Talo fut ouvert contre toute attente.

Tant que le Seuil de Djenné ne verra pas le jour, il faut s’attendre au pire. Rein ne vaut l’expérience…

Kaw THIERNO

Mystère autour de Talo

Le seuil de Talo ne date pas d’aujourd’hui. Réactualisé et concrétisé sous la 3e République, il appartient au patrimoine colonial. Là où le colon échoua lamentablement, malgré ses moyens colossaux, les plus hautes autorités du Mali réussirent à enjamber, en partie le Bani.

Le plus grand affluent du fleuve Niger offre un régime hydraulique capricieux à de puissants hommes de Dieu. Ce ne fut pas son débit exceptionnellement puissant qui découragea le colon. Selon toute vraisemblance, c’est le pouvoir mystique des Djennois qui mit à l’eau toutes tentatives. A preuve ! Le premier dirigeant malien d’après indépendance qui s’y est rendu, pour tenter de convaincre une population qui n’a jamais voulu de cet ouvrage, pourtant important ailleurs, perdit son fauteuil de Premier ministre le jour même qu’il quitta cette ville religieuse. Ce n’est pas le seul malheur qui se produisit chaque fois qu’un dirigeant du Mali tente de faire comprendre aux Djennois l’importance du Seuil de Talo pour le développement de l’agriculture au Mali. La dernière en date remonte au 27 mars 2005. Ce jour-là, le président de la République venait de quitter Talo après la pose de la première pierre du seuil. Tard dans la soirée du 27 mars 2005, les démons de la violence s’emparèrent des Maliens qui volèrent, brûlèrent et cassèrent tout sur leur passage. Parce que tout simplement, l’équipe fanion du Togo venait de plumer l’Aigle du Mali. C’est en effet une sordide histoire de football, mais importante, en terme de réplique, pour les contestataires du Seuil de Talo.

Sur les cendres du colon

C’est à quelques kilomètres d’Odienne que le Bani prend sa source, précisément dans la région de Sikasso. Son hydraulicité dépend de la hauteur d’eau annuelle. Quand il pleut abondamment, le Bani se porte bien. Vice-versa. Les techniciens colons en étaient arrivés à la conclusion selon laquelle cette hydraulicité recèle des valeurs hydro agricoles inestimables. C’est pourquoi, après Molodo dans la zone Office du Niger, ils se penchèrent sur le Bani. Alors, en 1953, il était question, sous le magistère du colon, de réaliser deux seuils sur le Bani, en l’occurrence Talo dans le cercle de San et Soila à Djenné.

Depuis 1953, plusieurs générations d’hydrauliciens naviguèrent en eau trouble autour de ces deux projets titanesques. Sans résultats ! Pendant ce temps, le canal de Candara vit le jour pour arroser les belles et vastes plaines du Pondori. Mais, pendant la grande sécheresse dans années 75, 76 et 77, les plaines de Syn et Bougoula, avec plus de 40 000 ha s’asséchèrent faute d’eau. Voilà la principale raison qui aboutit à l’identification du site. En 1984, Soila sera retenu pour abriter le seuil de Djenné. En 1988, le Mali saisit la BAD. Le financement du Seuil de Talo fut alors conclut à plus de 22 milliards Fcfa et celui de Djenné s’évaluait à 75 milliards Fcfa, pour irriguer respectivement est 20 000 ha et 71 000 ha. En 1997, l’accord fut signé avec la Bad. Un an plus tard, le programme du Moyen Bani injecta le grands moyens à Talo. Alors, Djenné entra à juste titre en ébullition, non sans réclamer la construction du Seuil de Djenné, mais l’ajournement de celui de Talo.

Les habitants de Djenné donnent leur point de vue sur le seuil de Talo

Badra Dembelé, chef du quartier de Dioboro : «Je dits à ATT que Djenné attend toujours son seuil»

J’en veux beaucoup à Modibo Traoré, ex-ministre de l’Agriculture. Le jour où il est venu nous annoncer la construction du Seuil de Talo, sans entrer dans le fond du sujet, il nous a vraiment berné en nous disant : «désormais, en construisant un Seuil à Talo, la population de Djenné se consacrera uniquement à la culture du Dah et de la courge qui marche très fort à Bamako». À l’époque, il ne pleuvait presque plus. Ce sont ces propos sataniques du ministre qui nous a poussé à tenir d’urgence une réunion. Nous nous sommes dit que si jamais le projet était réalisé, il y aura sans doute une lourde conséquence sur le potentiel de production alimentaire (agriculture, élevage et pêche) et l’environnement du cercle de Djenné et du delta central. Après plusieurs démarches, nous avons reçu la visite du président ATT et les techniciens en charge des travaux du seuil de Talo. Après des heures d’échanges et d’explication, tout Djenné a compris que le Seuil de Talo n’aura aucune influence sur nos plaines quand il pleut normalement. Mais, je dits à ATT que Djenné attend toujours son seuil.

Almamy Korobara, imam de la mosquée de Djenné : «ATT n’investira pas 24 milliards pour nous tuer»

Je ne sais pas grande chose sur cette affaire. En tout cas, j’ai dit à la population de Djenné qu’ATT n’investira pas 24 milliards pour nous tuer. Mamou Sao, présidente de l’Association des femmes
«Nous attendons avec impatience notre seuil»
Au début de la construction du Seuil de Talo, Djenné traversait une crise infernale. Les politiciens galvanisaient la population pour qu’elle s’oppose à sa construction.

À la fin, nous avons compris que nous avions tort.
Maintenant, nous attendons avec impatience notre seuil.

Sidiki Tanapo, restaurateur
«Nous étions contre ce seuil»
La construction du Seuil de Talo a coïncidé avec la misère chez nous. Parce qu’il ne pleuvait plus. Raison pour laquelle nous étions contre ce seuil. Après des explications, j’ai réalisé moi-même que la retenue d’eau n’aura aucun effet sur les rizières de Pondori. Quand il pleut normalement tout marche bien à Djenné
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Alassane cissé, homme d’affaires
«Le Seuil de Talo ne servira»
Djenné n’est plus comme pendant les années 90 où il faisait bon vivre. Aujourd’hui, rien ne marche par la faute des politiciens qui sont parmi nous. Malgré tout, je garde l’espoir. Mais, j’affirme que le Seuil de Talo ne servira pas, parce que Djenné est beaucoup plus dans le besoin. D’autant plus que le riz consommé à Tombouctou vient de chez nous.
Adama Nabo, maçon «depuis 1994, nous n’avons pas eu une bonne pluviométrie»
A Djenné, les gens ne comprennent pas vite les choses. Il faut leur expliquer pendant longtemps pur qu’ils saisissent. Effectivement, on ne savait pas que le Seuil de Talo n’avait pas d’influence sur les rizières. Maintenant, toute la population de Djenné a compris, sinon à part cette année, depuis 1994, nous n’avons pas eu une bonne pluviométrie.

Sékou konta, cultivateur «J’étais l’un des opposants»
Oh ! Le seuil de Talo. J’étais l’un des opposants à manifester ma colère contre la réalisation du Seuil de Talo. Djenné était beaucoup plus dans le besoin que Talo. Je me disais aussi que Djenné ne serait plus arrosé avec la construction du seuil de Talo. Franchement, je rend grâce à Dieu d’avoir donner une bonne pluviométrie cette année. Je peux dire aussi que la récolte a été fructueuse. Alors, s’il pleut normalement, je ne penserais même pas à la réalisation d’un seuil à Djenné.

Djinbelé Tanapo, planton «Les habitants de Djenné doivent renoncer à la politique et se mettre au travail»
J’en veux beaucoup au député de Djenné, M. Santara. Etant l’élu de notre cercle, il vient à Djenné occasionnellement une ou deux fois par an. Une population comme la nôtre a surtout besoin d’être informer et sensibiliser. Le Seuil de Talo a été réalisé. Elle est à Talo. Nous avons eu une bonne pluviométrie alors qu’il y a une retenue à Talo. Personnellement, les habitants de Djenné doivent renoncer à la politique et se mettre au travail.

Adjaratou Diénapo, commerçante «Les autorités s’étaient moquées de nous»
Je connais bien le Seuil de Talo. Au départ, les autorités s’étaient moquées de nous. Cela prouve qu’ils n’ont pas de considération à notre égard. S’ils avaient commencé avec des explications, il n’y aurait pas d’opposition. Voilà ! Même nos enfants savent que le Seuil de Talo n’aura pas d’influence sur les rizières en temps normal.

Binta Maïga, commerçante
«La vie continue à Djenné»
Je n’ai plus envie de penser à ces événements. Ils ont construit un seuil à Talo. Par la grâce de Dieu, l’humanité continue à Djenné. Nous avons la bénédiction du Tout-Puissant. C’est pourquoi il nous a donné assez d’eau cette année. J’espère également que la saison pluvieuse de l’année prochaine sera encore meilleure !

Alcaly Timbo, riziculteur
«Nous nous remettons à Dieu»
Nous n’avons pas de seuil ici, mais le riz que nous avons eu cette année est la confirmation que Dieu est avec nous. Car, il a arrosé toutes les plaines de Djenné.
Nous nous remettons à Dieu avant la réalisation de notre seuil. Nous l’attendons
Fatimata Traoré, élève
«Talo reste un mauvais souvenir»
Franchement, le sujet sur le Seuil de Talo reste un mauvais souvenir à Djenné.
Même si je ne comprenais rien à l’époque, je sais quand même que mes parents ont soutenu l’ensemble des Djennois.

Adja Kounta, paysanne
«Ce sont les mauvaises langues qui ont voulu mettre le feu à Djenné»
Honnêtement, j’ai dit à tout le monde que la construction du Seuil de Talo n’aura aucun effet sur nos rizières.
Ce sont les mauvaises langues qui ont voulu mettre le feu à Djenné. Je souhaite que cela ne se répète plus dans notre cercle. PLus jamais ça.

Maimouna Dolo, femme de ménage
«Dites au président de la République que nous sommes impatient de voir un seuil à Djenné»
Excusez-moi ! Dès que vous arrivez à Bamako, dites au président de la République que nous sommes impatient de voir un seuil à Djenné. J’ai toujours rêvé de ce seuil, mais réellement, il ne pleuvait pas ici. Le Seuil de Talo n’a fait aucun effet sur la production agricole au niveau de Djenné. Car, cette année, nous allons ravitailler tout Tombouctou en riz.

Ahmadi Bah, membre du Conseil régional de Dandougou Fagala
«Je suis contre la construction du Seuil de Talo»
Dans ma commune, j’ai fait savoir aux habitants que je suis contre la construction du Seuil de Talo. Ils pensaient qu’en construisant un Seuil à Talo, nous mourons tous de faim. Aujourd’hui, tout le monde a compris, après maintes réflexions. Talo a été construit sans que nous ayons des problèmes.
Il n’a aucune influence sur Djenné et ses communes. Cela ne doit pas les empêcher de construire notre seuil.

Abdoulaye Sao, fonctionnaire à la retraite
«Je n’étais pas du tout favorable au projet»
Depuis le lancement des travaux du Seuil de Talo, personnellement, je n’étais pas du tout favorable au projet. Mais, au fur et à mesure que les travaux avancent, toute la population de Djenné a compris quand ATT en personne est passé éclairer notre lanterne.
Après l’hivernage, les gens ont compris que ce n’était pas un problème de seuil.

Sounkalo Mounkoro, secrétaire de direction
«Le débat est trop compliqué»
J’en veux surtout au gouvernement. Le débat est trop compliqué. C’est quand les choses se sont déclenchées que les autorités sont intervenues.
Il est temps qu’ils prennent leurs responsabilités. C’est la politique qui est en train de détruire Djenné à petit-feu. Si nous ne faisons pas attention, elle détruira Djenné.
En milieu rural, il faut toujours sensibiliser et éduquer la population. Nous attendons notre seuil quand même.

Yaya Cissé, chauffeur
«Désormais, nous n’allons plus nous laisser manipuler par les politiciens»
A Djenné, le taux d’analphabète est très élevé. Pour que l’information passe bien, il faut toujours impliquer le chef de village. Les gens n’ont pas le même degré de compréhension. Désormais, nous n’allons plus nous laisser manipuler par les politiciens. Talo est un vieux souvenir. Avant de mener quoi que ce soit, il faut toujours commencer par une campagne de sensibilisation avant l’exécution du projet.

Hama Dienta, riziculteur
«Quand j’ai appris qu’ils vont construire un seuil à Talo, je voulais me convertir à autre chose»
Cette année, je rends grâce au Tout-Puissant. Nous n’avons pas de seuil, mais j’ai fait une très bonne moisson. Quand j’ai appris qu’ils vont construire un seuil à Talo, je voulais me convertir à autre chose. Djenné soufrait beaucoup. Par la suite, nous avons eu un don en nourriture de la part d’ATT. Cette année, je suis l’homme le plus comblé avec la réussite de ma rizière.

Kala Cissé, président du Conseil de cercle
«Quand j’ai appris qu’ils vont construire un seuil à Talo, je voulais me convertir à autre chose»
Au départ, nous n’avions pas compris l’importance du seuil de Talo. Tout est parti d’un déficit de communication. Les autorités elles-mêmes ne nous ont pas aidé à comprendre les tenants et les aboutissants du projet. Pendant les trois dernières années, on a connu une faible pluviométrie. Cette année, il a beaucoup plus. Le seul problème, c’est que beaucoup de communes ont cultivé tardivement. Sur les 12 communes, deux seulement, notamment les communes de Kewa et Toguemouré ont obtenu une production. Je le précise bien, ce n’est pas lié à Talo.

Bassé Maïga, chef de village de Djenné
«Il nous faut un barrage»
Aujourd’hui, nous rendons grâce à Allah. Tout va bien. L’hivernage est bon. Djenné est une zone agricole. Dès lors, vous comprendrez que tous nos problèmes proviennent de l’eau. Par ailleurs, l’eau stagne dans certaines plaines et ne remonte pas vers les autres. Pour pallier à cela, il nous faut un barrage, pour drainer l’eau jusque dans nos champs. Nous n’avons pas compris ici, à Djenné, ce que pouvait représenter un seuil comme celui de Talo. Ayant compris toute sa portée, nous le voulons pour nous aussi. Nous voulons un seuil pour Djenné.

Hassé Touré, paysan de Djenné
«Je suis jaloux de Talo»
La plus grosse inquiétude pour un paysan, c’est l’eau. Si on aménageait nos immenses plaines, Djenné serait le grenier de la région de Mopti. Comme on l’avait été avant. Talo, est une bonne chose. Tout ce qui peut contribuer à retenir l’eau et à l’envoyer dans notre plaine mérite toute notre attention. En tout cas, je suis jaloux de Talo.
Adama Nabo
«On commence à voir les choses beaucoup plus clairement»
Depuis quelques années, nous n’avons jamais vu de crue. Le problème était lié à la mauvaise interprétation et nous n’avons jamais trouvé quelqu’un pour mieux nous édifier. Maintenant, on commence à voir les choses beaucoup plus clairement.

Djenné un cercle ouvert au monde
Situé à 564 km de Bamako et à 165 km de Mopti, le cercle de Djenné est une presqu’île où habite une population de 8 000 habitants. Elle compte des sonraï, peuhl, bozo, dogon, et bambara. Ces ethnies sont éparpillées dans les 12 communes rurales de Djenné. Cette ville religieuse n’a qu’une seule entrée par voie fluviale. Un bac assure la navette pour le transport des véhicules et des passagers.
La ville de Djenné demeure aujourd’hui un patrimoine culturel mondial, c’est grâce à sa civilisation, sa culture, son architecture, son environnement et les activités socio-économiques qui s’y pratiquent. Djenné doit aussi sa richesse au tourisme, moteur de son développement. Quand l’agriculture et la pêche tourne, c’est un plus pour la ville.
Voilà les raisons qui font d’elle un cercle ouvert au monde. Depuis qu’il est érigé en patrimoine mondial de l’humanité, l’argent tombe pour au moins la restauration de la mosquée et l’assainissement d’un grande ville touristique on ne peut plus sale. Où va cette manne ?

Les opportunistes de la ville sainte
La majorité des habitants militent pour ATT. Mais, le Rpm peut y croiser le fer avec le Mouvement citoyen en 2007.
Apparemment, à Djenné, pour certains, la politique est à l’origine de la dislocation des communautés. Pour d’autres, cette dislocation découle de la pauvreté.
Ici, on sent la présence de deux grands partis, l’Adema et le Rpm. Il y a sans doute quelques militants de l’Urd et l’Us-Rda qui firent parler d’eux en 2002. Présentement, ces deux partis sont en voie de disparition. L’Adema et le Rpm restent les leaders sur la scène politique djennoise.
À en croire le président du Conseil de cercle de Djenné, Kolla Cissé, l’Adema est le plus puissant parti à Djenné où il détient 7 sur 12 communes. Il a perdu dans les autres communes grâce à la coalition. Ainsi, on compte à Djenné 17 conseillers, soit 8 conseillers pour l’Adema et 4 conseillers pour le Rpm, dont le maire majoritaire à 100 %.
En bon adémisse, Kolla Cissé conclut : «Nous soutenons ATT grâce aux actions qu’il a mené chez nous. Il aura sans doute 90 %, voire 100 % si nous nous mettons au travail». Par contre, pour le conseiller communal, Mahamane Sao, quand Boubèye Maïga désista, quelques militants étaient favorables à notre camp. «En tout cas, Boubèye ne fera pas tache d’huile à Djenné parce qu’il n’est jamais venu chez nous. On ne le connaît même pas», avertit Mahamane Sao qui prédit qu’ATT va remporter les échéances de 2007 mais, en réalité, le Rpm est à craindre à Djenné. «Au moment de la crise, le Rpm a joué un rôle très important. Parce qu’il a soutenu et assisté la population de Djenné. Sinon, je suis sûr qu’ATT aura 75 % des voix. Personne ne peut nous empêcher d’accompagner ATT», précise-t-il.
Les cadres de la section Adema de Djenné pensent que si Dioncounda soutient ATT, c’est avec l’accord de tous les militants et sympathisants. De l’avis d’un de nos interlocuteurs, «si le Rpm poursuit ses opérations de séduction en proposant des gadgets aux habitants de Djenné, ils pourront neutraliser les suivistes -excusez-moi- les opportunistes acteurs de la plateforme».
Envoyés spéciaux,
Abdoulaye Diarra et Moriba Dabo

La langue boiteuse du ministre de l’Agriculture
Le seuil de Talo s’est vite invité dans l’arène politique. Rivalités et contentieux politique. Rappelons que le ministre Modibo Traoré en charge de l’Agriculture, sous le règne du président Alpha Oumar Konaré, s’employa diaboliquement à trouver un compromis. «Le seuil est une aubaine pour gouverner. Vous pourrez diversifier vos cultures, en associant au riz, le dah…», avait crûment craché le ministre. Son propos mit le feu aux poudres. A Djenné, la cause était entendue : «Talo va priver Djenné d’eau, d’électricité et plus d’alluvion (argile) pour la grande mosquée», la maison de Dieu. Depuis, il n’était plus agréable de parler de Talo à Djenné. Djenné bloqua le dossier avec les moyens du bord.

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