Le Président Bah N’Daw à l’Élysée : Pour apporter des clarifications

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Le président de la Transition du Mali, Bah N’Daw, accompagné d’une bonne partie de son cabinet et de son ministre des Affaires étrangères, Zeïni Moulaye, a été reçu le 27 janvier dernier, à l’Élysée, avec maints égards, par le président français, Emmanuel Macron, pour un déjeuner de travail. Depuis, les autorités de la Transition malienne s’en trouvent renforcées Pour l’occasion, la cour du palais présidentiel français a même été ouverte à la presse internationale.

C’est donc dire, même si l’entourage du président français fait la fine bouche quant à l’importance de cette entrevue au sommet, que c’est une véritable reconnaissance internationale que Macron a ainsi offerte au colonel de l’armée malienne à la retraite, qui a été propulsé à la tête du Mali par des hommes en treillis de la garnison militaire de Kati. Et c’est en cela que le séjour du chef de l’État malien sur les bords de la Seine, est déjà, en soi-même, une victoire diplomatique importante pour les autorités de la Transition malienne.  Mais avant d’aller dîner avec le grand chef des Blancs, Bah N’Daw a dû se laver les mains pour les rendre propres, non pas à cause de la pandémie du coronavirus, mais parce que le locataire du palais de l’Élysée se montre regardant sur ses fréquentations, notamment en matière de respect des principes démocratiques.

Officiellement, la visite de Bah N’Daw s’inscrit dans la droite ligne des rendez-vous pris par Macron avec ses homologues africains. Or, en la matière, l’hôte du jour qui n’est président de l’ex-Soudan français que par la volonté du colonel Assimi Goïta et ses compagnons d’armes, peut avoir bien des choses à se reprocher. En fait de toilettes donc, le chef de l’État malien a dû d’abord se résoudre à dissoudre, comme l’exigeait la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Comité national pour le salut du peuple (CNSP), du nom de cet organe créé par les militaires putschistes du 18 août dernier. Bamako a dû aussi donner des gages de sa bonne volonté pour le processus de paix dans le Nord du Mali et c’est dans ce cadre que s’est inscrit, certainement, l’envoi d’une délégation ministérielle malienne à Kidal.  Cela dit, officiellement, la visite de Bah N’Daw s’inscrit, aux dires de l’Élysée, dans la droite ligne des rendez-vous pris par Emmanuel Macron avec ses homologues africains, en l’occurrence Mohamed Ould Cheickh El Ghazouani de la Mauritanie, Mahamadou Issoufou du Niger et Idriss Déby Itno du Tchad, dans le cadre des préparatifs du sommet à venir du G5 Sahel à N’Djamena.

À l’ordre du jour des échanges entre les deux chefs d’État, les questions sécuritaires dans la bande sahélo-saharienne en général et au Mali en particulier, a figuré et cela dans un contexte où Paris envisage de réajuster son dispositif militaire de la force Barkhane dans un horizon pas très lointain. L’Élysée consulte donc ses alliés quant aux dispositions prises ou à prendre pour que l’hydre terroriste ne repousse pas de nouvelles têtes après une réduction des effectifs des soldats français engagés sur le terrain. Dans cette perspective, le Mali occupe une place importante non seulement en tant que nid d’essaimage des groupes armés qui ont mis sous coupe réglée toute la bande sahélo-sahélienne, mais aussi en tant que ventre mou de la lutte anti-terroriste.

Une victoire diplomatique pour les autorités de la transition au Mali

Mais l’occasion faisant le larron, à côté de ce sujet principal et des questions annexes ou connexes que peuvent être, les récentes manifestations à Bamako demandant le départ des troupes étrangères sur fond de sentiment anti-français ou les négociations envisagées par Bamako avec certains leaders des groupes armés ou même la supposée bavure de l’armée française dans le village de Bounti dans la région de Douentza-Hombori, la problématique de la conduite de la Transition malienne et de l’organisation d’élections transparentes se sont imposées au menu des deux convives. Même si cela peut paraître puéril, la classe politique malienne manifeste une forte attente, espérant que lors des discussions entre les deux chefs d’État, le président français a rappelé avec insistance à son hôte, la nécessité, pour les civils, de pouvoir jouer leur rôle dans une Transition qui reste accaparée par des militaires qui occupent tous les postes stratégiques au Mali.

Les hommes politiques maliens espèrent surtout que Macron obtiendra de Bah N’Daw, l’engagement que ses parrains militaires qui ont balayé le palais de Koulouba, ne s’y installent pas définitivement. L’on peut donc dire que les Maliens attendent beaucoup de cette entrevue cruciale. Mais quelles peuvent en être véritablement les retombées pour eux ?  Déjà, les autorités de la transition au Mali qui ont réussi un véritable coup avec l’accueil, sur le perron de l’Élysée, de Bah N’Daw, peuvent s’en trouver renforcées. Sans nul doute qu’en plus du soutien politique que peut leur apporter Macron, ce dernier n’hésitera pas à leur ouvrir son carnet d’adresses. L’on peut aussi espérer, en plus des gains évidents dans le cadre de la lutte contre l’insécurité au Mali, que l’Élysée déliera les cordons de la bourse et demandera à ses partenaires européens d’en faire autant pour l’accompagnement de la transition malienne et pour l’organisation et la sécurisation des élections prochaines pour remettre le Mali sur les rails de la stabilité. Il reste à savoir comment tout cela sera accueilli par cette opinion nationale malienne qui se méfie instinctivement aujourd’hui de la France qu’elle accuse de ne pas jouer franc jeu.

Arouna Traoré

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