Institut Universitaire de Gestion – IUG : Grève illimitée à partir de jeudi prochain

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Les cours ont repris hier à l’IUG après une grève de huit jours observée par les deux syndicats de l’établissement, à savoir le SNESSUP et le SNEC. Mais cette reprise pourrait durer seulement une petite semaine, jusqu’au 24 février prochain, puisqu’un préavis de grève illimitée à partir du 25 février a été déposé par les deux syndicats. En réaction, dit-on,  au « mépris » dont ils font l’objet de la part des autorités, à commencer par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. En effet, le premier préavis a été suivi par une convocation du rectorat dans le but de « trouver une issue favorable », mais les négociations ne sont pas allées loin, le rectorat ayant fait comprendre que la principale revendication portant sur la gestion de l’UFP (Unité de Formation et de Production communément appelée Cours du soir) était au-dessus de ses moyens. Dès lors la négociation n’avait plus sa raison d’être, d’autant plus que la même revendication avait déjà fait l’objet de plusieurs accords attestés par des procès-verbaux co-signés par des médiateurs désignés officiellement, dont le professeur Younouss Hamèye Dicko, président de la commission de conciliation. Le même point  figurait dans les revendications du Bureau exécutif central du SNESUP qui a dernièrement observé un mot d’ordre de grève avant de trouver satisfaction à plusieurs points. Dont ce même point pour lequel il avait été simplement demandé de trouver les modalités de faisabilité auprès des financiers de l’Etat. Mais visiblement, comme toujours, les points d’accord semblent avoir pris le chemin du tiroir. Etant donné que « c’est le énième PV de conciliation non appliqué, le rectorat s’est dit qu’il pourrait continuer à l’ignorer comme les autres », s’indigne un syndicaliste. Au même moment, poursuit un autre, « le ministre joue au mépris, comme si de rien n’était ». Quant au fameux directeur Badra Macalou, il passe à « l’intox et aux opérations de séduction », ajoute-t-on.  En effet, ayant appris, « on ignore de quelle façon », que la Commission Education au CNT (Conseil national de transition) devrait être en tournée sur la Rive droite pour prendre attache avec les établissements scolaires et universitaires, le directeur Macalou a vite fait de faire laver les véhicules stationnés dans la cour de l’établissement, auxquels la poussière avait donné une autre couleur. Lors de sa conférence il y a environ deux ans, l’ancien Premier ministre Moussa Mara ne s’était pas gêné pour dénoncer l’état délabré de l’amphi, indigne, disait-il,  d’un établissement d’Enseignement supérieur ; le lendemain, le directeur y installait de nouveaux climatiseurs ; ce à quoi les enseignants disent merci à Moussa Mara, qui, sans être responsable de cet établissement, a pu y mettre sa touche, infime soit-elle !

Pour revenir à cette visite annoncée de conseillers du CNT, Macalou réactive le dispositif de lavage des mains contre le coronavirus, dont les gens avaient oublié l’utilité faute d’eau et de savon. Il suffit d’ailleurs de voir les locaux de l’IUG (pour se rendre compte de la détresse de cet établissement, alors même que c’est l’école publique qui fait rentrer le plus d’argent dans les caisses de l’Etat. Disons « plutôt dans la poche d’une poignée de responsables qui se partagent des centaines de millions » précise un syndicaliste, convaincu que si les fonds générés par les enseignants à travers l’UFP étaient investis sur place, l’établissement aurait eu sans doute le meilleur look. « Si encore ces fonds servaient à créer d’autres établissements scolaires ou de santé, ç’aurait été concevable, mais quelques individus se l’approprient, c’est tout simplement scandaleux. Pour preuve, à la dernière session du Conseil d’administration de l’université, le recteur Balla Diarra et ses collaborateurs voulaient s’octroyer des primes pharamineuses, deux à trois fois plus que ce que gagnent les enseignants eux-mêmes, c’est-à-dire les artisans de la chose. Mais ceux-ci avaient pris les devants et la manœuvre n’a pas pu passer… Au même moment, ajoute-t-on, le rectorat s’était permis unilatéralement, sans motif administratif ou financier, de diminuer ou supprimer carrément des primes de nombreux agents et chefs de département. « C’est le Mali… », dit-on au rectorat, pour dire qu’on peut faire ce qu’on veut, ne pas appliquer les accords sans être inquiété. Il faut dire que, tant qu’on sait partager…C’est comme la Mafia, seuls ceux qui ont le sens du partage ont une longévité normale !

Toujours en prélude à cette visite supposée  du CNT, Macalou décide de rencontrer des responsables de classe pour leur dire, grosso modo, que son seul tort a été de mettre fin aux magouilles des enseignants. « Le voleur crie au voleur ! » se scandalisent les syndicalistes, avant d’énumérer quelques faits. Selon eux, Macalou a fait fi de tous les textes et autres mises en garde pour ouvrir un « compte public » à Orabank (voir notre numéro précédent). Il n’a jamais été inquiété à ce jour. Ni le ministère ni le rectorat n’ont fait quoi que ce soit pour le sanctionner et l’obliger à fermer ledit compte. Il a fallu la détermination du SNESUP qui a saisi le Pôle économique par rapport à ce dossier. Depuis on croyait le compte fermé, jusqu’au 10 février dernier, lorsque les syndicalistes ont mis à jour un nouveau cas de la magouille Macalou-Orabank, cette dernière continuant d’alimenter un compte supposé fermé sur injonction du Pôle économique. D’où la nouvelle détermination des syndicalistes à poursuivre en justice le directeur Macalou et Orabank. Le même Macalou, poursuivent les syndicalistes, a l’habitude de déclarer haut et fort qu’il a « fait 300 millions de bénéfice dont on ne sait pas ce qu’il en est advenu… ». D’autres informations indiquent qu’au moment de la fermeture présumée du compte Orabank, « un montant de 71 millions de F CFA s’y trouvait dont seulement 40 ont été déclarés par le directeur Macalou ». Que sont devenus les 30 millions restants, s’interrogent des syndicalistes. Le même directeur a « fait réparer un véhicule 4×4 pour plus de 4 millions de F CFA ! » dénonce-t-on. La liste des « faits avérés » est longue. Mais « on ne saurait passer sous silence une autre forme de corruption et de magouille plus subtile. Des témoignages indiquent que des candidats sont passés par un réseau pour être admis au test d’entrée. Ce réseau ne peut être dissocié de Macalou dans la mesure où, contrairement à tous les usages en cours avant son arrivée à l’établissement, il est seul à détenir à la fois le code d’accès à l’ordinateur et les clés de la porte d’accès. Sans compter qu’il a sciemment écarté tous ceux qui pourraient contester ces décisions. Et lorsque Macalou dit vouloir annuler cette année le test d’entrée, soi-disant pour contourner l’AEEM accusée l’année dernière de monnayer ses services aux candidats, c’est de la poudre aux yeux, une astuce supplémentaire pour gagner directement de l’argent avec les candidats, analyse-t-on. Et pour cause ! Dès son arrivée à l’IUG, Macalou a voulu supprimer le test d’entrée au profit d’une sélection sur dossier. Ce sont les syndicats et les chefs de département qui s’y sont opposés. Ensuite, le dernier test d’entrée a été boycotté par le SNESUP qui n’acceptait pas que le directeur implique l’AEEM. D’ailleurs, c’est à cause de cette position du SNESUP que le directeur avait instrumentalisé les responsables de l’association qui, conséquemment,  n’avaient pas pris de gants pour faire sortir les enseignants des cours, notamment le Secrétaire général Moussa Keïta séquestré  et victime d’injures sur ses parents. Malgré le fait que les auteurs de cet acte étaient connus, aucune sanction n’a été prise ni par le rectorat, encore moins par le directeur, plutôt satisfait du résultat obtenu. Macalou remet donc ça, sachant que sa marge de manœuvre dans la fraude serait plus grande sans test et qu’à Orabank, même si la supercherie continue, le profit a nettement pris un coup.

Prêts, honoraires fictifs, tout y passe !

Les syndicalistes n’oublient pas non plus les 400 000 F empruntés depuis belle lurette par Macalou à l’UFP et jamais remboursés et les honoraires empochés au nom de cours jamais dispensés. Ils ont aussi en mémoire que le même Macalou avait refusé l’année dernière de signer les documents de paiement des heures supplémentaires, au motif !!!! qu’il n’y gagnait rien. Incroyable mais vrai ! Pour rappel, arrivé à l’IUG, en plus de ses nombreuses primes, il se faisait payer des heures supplémentaires pour des cours qu’il n’avait jamais effectués. C’est le ministre Famanta qui lui avait ordonné de retirer son nom de la liste des bénéficiaires. Et c’est en réaction à cette décision que le directeur Macalou se refusait à apposer sa signature. Comme s’il était un consultant voire un « Koxeur » dans le jargon malien ; comme si ses primes de directeur n’avaient rien à voir avec sa signature qui devrait visiblement valoir de l’or. Ce même directeur continue de tuer ce bel établissement au vu et au su de tout le monde, sans la moindre indignation. Faut-il croire que notre pays est en manque cruel d’hommes de bien ? Question légitime quand on sait que, comme l’a dit un penseur, « la seule chose qui permet au mal de triompher est l’inaction des hommes de bien ». Cette vérité intemporelle traduit éloquemment le martyre d’un établissement qui a longtemps fait la fierté de toute une nation. Mais l’IUG, concède avec philosophie un enseignant, est à l’image d’un pays en perte de repères ; dont la situation va de mal en pis, d’espoir en illusions perdues, et pour lequel, ironise avec peine « Miché », « même Dieu semble désespéré ».

Ils en veulent vraiment à Me Mountaga Tall

En effet, expliquent les syndicalistes, c’est lui qui, en 2014, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, a signé l’arrêté de tous les problèmes, celui de la création par l’Etat de l’UFP (Cours du soir). En d’autres termes, Mountaga Tall a simplement nationalisé une structure mise en place par les enseignants eux-mêmes afin d’arrondir les fins de mois.

Pour rappel, indique-t-on, l’idée est venue  des Canadiens qui avaient accordé des bourses de formation continue à des enseignants de l’IUG. Le même modèle existait au Canada et consistait en ce que les enseignants utilisent les infrastructures de l’Etat pour assurer la formation continue de fonctionnaires et d’autres agents qui voudraient approfondir leurs connaissances et qui n’auraient pu le faire de jour. En contrepartie, les enseignants reversaient un pourcentage inférieur ou égal à 25¨% pour l’utilisation des locaux. La chose a tellement marché que l’UFP s’est procuré des véhicules achetés sur fonds propres pour pouvoir faire profiter les fonctionnaires et autres agents de l’intérieur (Kayes, Sikasso, Mopti, San…). Quelle noble cause ! L’université itinérante avant la lettre ! L’avantage était double voire triple. Les enseignants amélioraient leurs conditions de vie et de travail ; les fonctionnaires de Bamako et de l’intérieur pouvaient profiter des opportunités de formation continue ; l’administration, grâce aux 25% prévus (les derniers PV lui accordent jusqu’à 40%) pourrait solutionner beaucoup de problèmes, sans attendre tout du trésor public. Au final, la réalité avait dépassé la fiction. L’administration a pris goût à l’argent facile qu’elle gagnait tant sans le moindre effort.

L’audit de l’IUG, comme un serpent de mer

Le nom de l’Etat est mis en avant mais tout l’argent, en dehors des honoraires des enseignants (et même là ils ont tout fait pour écouter la durée des cours), va dans la poche de quelques individus. C’est pourquoi, l’audit demandé à plusieurs reprises par les syndicats, et dernièrement par les experts présents au dernier Conseil d’administration, n’a aucune chance d’aboutir, prédit un syndicaliste. Pour la simple raison que « fali bè yé sangui kôrô », comme on dit en bambara.

Témoignages attendus de Me Tall et de Samba Diallo

Les mêmes sources indiquent que cet arrêté n’a pas été pris sans contrepartie. Le nom de l’ancien recteur Samba Diallo. C’est sous lui que l’IUG avait observé près de 4 mois de grève. Il dirigeaujourd’hui l’Université tuniso-malienne située sur la colline, qui nargue même les facs publiques et dont le représentant malien n’est personne d’autre que l’éphémère président de l’Assemblée nationale, Moussa Timbiné ; on comprend d’ailleurs pourquoi l’AEEM a cessé de se battre contre l’attribution illégale des terres de l’université à des intérêts privés). Le nom de l’ancien recteur est donc cité pour avoir, semble-t-il, remis un chèque de 80 millions de F CFA à Me Tall sur une recette de quelque 130 millions. Me Tall aurait exigé le liquide. « Ce qui a été fait. », indique une source qui s’interroge sur le sort réservé aux 50 millions restants. « Après la part du ministre, ils se sont partagé le reste tout simplement ! » Et d’ajouter : « Nous maintenons nos accusations puisqu’ils ont jusque-là refusé toute idée d’audit, et ce malgré cette même recommandation formulée par les experts auxquels ils ont eux-mêmes fait appel ». Les responsables nommément cités étant vivants, on se ferait un plaisir de publier leurs versions des faits. Autrement, nous continuerons à penser que « qui ne dit mot, consent ! »

Les étudiants s’impliquent

Convaincus que la plupart des protagonistes de la crise « ont leur avenir derrière eux », les étudiants de l’IUG-UFP n’entendent pas croiser les bras pour faire les spectateurs. Leurs représentants ont déjà rencontré les syndicats et le directeur Macalou. Ils comptent prendre attache également avec le conciliateur en chef, Pr Younouss H. Dicko, excédé lui aussi par la non application, uniquement par le rectorat, des différents PV, afin d’en savoir davantage. Dans leur ligne de mire, naturellement le recteur, le ministre ; éventuellement la Commission Education au CNT et le Premier ministre Moctar Ouane. Ils n’excluent rien, y compris « jouer leurs relations pour accéder au président de la Transition, Bâh N’Daou », qui aurait des proches en cours du soir. « Si tout cela ne marchait, nous avons notre Plan B », disent-ils. Ce que chacun d’entre nous peut aisément imaginer, sans être dans les secrets de Dieu !

Le BEC SNESUP en embuscade

Le Bureau exécutif national du SNESUP se dit concerné à plus d’un titre par le « cas IUG ». C’est bien « un cas » désormais au regard de la litanie de crises qui se succèdent. Le BEC en veut déjà au ministre qui, alors même qu’on (bien avant lui) a refusé les masters à l’IUG (dans le but de protéger des intérêts privés qui ne pourraient pas logiquement concurrencer avec l’IUG à armes égales), vient d’accorder une série de licences à la FSEG (Faculté des Sciences Economiques et de Gestion) laquelle, ainsi, s’attribue des prérogatives de l’IUG  avec lequel elle partage pourtant la même université. Le comble dans l’histoire est que la FSEP devrait délivrer des « licences professionnelles » en tant que faculté, supposée donner une formation générale. « On ne peut pas laisser passer ce complot machiavélique visant à assurer une mort certaine et programmée à l’établissement qui a longtemps constitué et continue toujours d’être le fleuron de l’enseignement public au Mali », martèle-t-on dans l’entourage du Dr Abdou Mallé, le S.G., qui avait déjà soulevé le problème lors des dernières négociations avec le gouvernement. Mais les conciliateurs avaient estimé que c’était un sujet impromptu, qui n’avait pas été prévu. Face donc à l’évolution dangereuse de la crise, le BEC se veut être en embuscade et dit ne ménager aucun effort pour sauver l’école et l’année universitaire qui a déjà pris un coup, sans visiblement émouvoir le ministre le moins du monde. Le BEC-SNESUP a donc aussi son « Plan B ».Ça fait un peu beaucoup, non!

Dans tous les cas, disent les syndicalistes, la crise est telle qu’il faut en finir une bonne fois pour toutes.  Ça passe ou…Le slogan est désormais « aémiste » : « La victoire ou la mort… ». Non, ne mourrez pas, Miché ! La vie serait ténébreuse sans vous ! En plus « coronavirulente ».

La Rédaction

 

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