Fait divers : Pour L''HONNEUR

    0

    Parfois au terme d”un inexorable enchaînement de circonstances, on peut mourir pour un … sobriquet.

    Une simple blague entre amis peut se terminer en empoignade tragique. L”histoire qui suit est la parfaite illustration de cet improbable dérapage.

    François Diarra, 40 ans, originaire de Faraba dans le cercle de Tominian et Mamadou Kodio, 58 ans venu du cercle de Koro, sont amis de longue date. Les deux hommes fréquentent depuis des années le bar Niasso, un "tchiapalodrome" comme disent nos cousins burkinabé. La bière locale coule à flots dans ce débit local. Compagnons inséparables de beuverie, François Diarra et Mamadou Kodio passent de longues heures à s”enivrer dans le temple de Dionysos. Ils ingurgitent des litres de "tiapalo", une bière à base de mil. Ils ne se séparaient que lorsqu”ils commençaient à voir double.

    PAS KADO, MAIS DOGONO :

    L”ami François a l”habitude d”appeler Mamadou par le sobriquet de "Kado", que les gens utilisent pour désigner les Dogons. Ces derniers rejettent ce vocable dans lequel ils décèlent une consonance péjorative. Ils imposent à leurs interlocuteurs d”user plutôt du vocable "authentique" pour désigner les sujets de cette ethnie : "Dogono". "Nous sommes "dogono pas kado", rectifient-ils toujours.

    Le 8 février dernier, les deux amis conversaient et avaient déjà avalé une certaine quantité de bière. Soudain François interpella son ami par le désagréable sobriquet de "kado". L”agréable partie de "dolo" tourna au vinaigre. Mamadou vit rouge et déversa une avalanche d”injures sur celui qu”il appelait le "Bobo Kè". Les insultes s”achevèrent par des menaces de mort de part et d”autre. Les autres clients du "tchiapolodrome" intervinrent. La paix revint entre les deux vieux amis.
    Mais depuis ce jour, les deux hommes prirent leurs distances l”un envers l”autre. L”incident avait installé un froid entre eux. Chacun se contentait de saluer l”autre, sans chaleur amicale. Les causeries animées, les éclats de rire, les blagues avaient cessé. Ils ne partageaient plus le même banc dans le débit d”alcool.

    Arriva le 12 février. Les deux hommes se retrouvèrent au bar "Niasso". François s”était fait accompagner par deux hommes inconnus de Mamadou. Alors que le Dogon avait rejoint un groupe de trois clients dans un coin reculé de la maison.

    Pendant que les deux groupes buvaient, les deux ex-amis s”épiaient par dessus leur pot de bière. Ils se lançaient des regards lourds de méfiance. En fin de compte, Mamadou ne put supporter davantage ce qu”il considérait comme des œillades hostiles de son ancien ami. Il prit son vélo et sortit sans même dire "au revoir" à ses partenaires du moment. Il pédala sur quelques mètres et stoppa à un croisement de pistes. Il savait d”avance que François allait passer par là. Il l”attendit donc l”arrivée du "Boboké".

    Quelques instants plus tard, le Dogon vit arriver un François visiblement ivre. Il titubait et zigzaguait sur la piste menant à Senou Siribabougou. Il puait la bière locale et se balançait comme un caméléon nouveau-né. Le Dogon jubilait à l”idée que le moment était venu de régler le compte de son ancien ami. Malgré les vapeurs d”alcool, François avait aperçu un homme posté au carrefour devant lui. Il comprit que le quidam pouvait être un bandit. Il contourna l”endroit. Mais trois maisons plus loin, il se retrouva nez à nez avec Mamadou Kodio qui l”attaqua à coups de coupe-coupe. François, brutalement réveillé, évita les premiers coups en les parant avec un bâton qu”il avait ramassé par terre. Il s”approcha à reculons du vélo de son agresseur dont il se saisit vivement pour en faire un bouclier. L”affrontement se poursuivit ainsi jusqu”à ce que le coupe-coupe échappe aux mains de l”agresseur, Mamadou Kodio. François Diarra récupéra prestement l”arme. Il asséna un premier coup au cou de Mamadou et un second sur la tempe droite.

    MORTELLEMENT BLESSÉ :

    Le Dogon s”écroula et commença à se vider de son sang. Au coeur de la nuit, des
    passants découvriront le blessé et alerteront le service de la protection civile. Mamadou mourra dans l”ambulance des sapeurs pompiers avant d”arriver à l”hôpital Gabriel Touré où son corps sera reconnu par son oncle, le docteur Aldiouma Kodio, pharmacien à Magnambougou.

    Après son forfait, François Diarra se rendit chez lui et raconta à sa femme, Albertine Dena, qu”il venait de se bagarrer avec un homme qu”il avait mortellement blessé. Le lendemain matin, il rendit visite à un de ses oncles, Zéphiné Dena, et lui avoua qu”il avait probablement tué un homme. L”oncle lui conseilla de se rendre à la police. François refusa de l”écouter. Il gagna plutôt le bar le "Black" pour y retrouver un ami. A ce dernier aussi il annonça qu”il avait tué un homme la veille à Senou. Cet interlocuteur aussi lui conseilla de se rendre à la police pour déclarer le meurtre, s”il était sûr d”avoir tué ou blessé mortellement son adversaire. Il promit de le faire mais ne respecta pas sa parole. Il retourna au bar Niasso pour y rejoindre son groupe comme si rien ne s”était passé.

    François Diarra et ses camarades étaient en train de boire quand une équipe du 10è arrondissement arriva sur les lieux. Elle était constituée de l”inspecteur divisionnaire Bakary Bagayogo, de l”inspecteur stagiaire Samuel Poudiougou et du sergent Napo dit Jean Paul Dembélé. Les policiers demandèrent à voir François mais tout le monde refusa de le désigner. Le chef de groupe, très inspiré, demanda à chacun de décliner son identité. Les clients obéirent sans problème. François voulut inventer un pseudonyme. Mais, troublé, il bredouilla une suite de noms. Le chef de mission l”interpella et le fit monter dans le pick-up de la police. Le prévenu fit amende honorable, reconnut qu”il s”appelait bel et bien François. Et, surtout, il avoua son meurtre.

    G. A. DICKO

    UN AN DE PRISON FERME POUR LES FAUX BOUCHERS

    Le commissaire divisionnaire Mady Fofana en charge du 10è arrondissement à déféré la semaine dernière, une bande de quatre personnes spécialisées dans le vol de bétail et dans l”agression des clients sur différents "Garbal" de Bamako.
    "Les quatre malandrins se faisaient passer pour des bouchers. Ils attaquaient les clients qui venaient acheter un mouton ou un bœuf pour les cérémonies sociales", ont précisé le commissaire divisionnaire Mady Fofana et son chef P.J. l”inspecteur divisionnaire Mady Dembélé.

    Les quatre malfrats ont déjà été jugés au tribunal de première instance de la Commune VI. Ils ont écopé chacun d”un an d”emprisonnement ferme.

    G. A. D.

    Commentaires via Facebook :

    PARTAGER