Mariah Bocoum: Une figure de proue de la mode africaine

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Cette Malienne s’est taillée une bonne place au soleil de la haute couture. Ses créations habillent des personnalités de premier plan aussi bien sur le continent qu’au-delà

Chaque année, Mariah Bocoum présente quatre collections, dont deux de prêt-à-porter et les deux autres en haute couture. C’est ainsi que se résume le travail de cette créatrice de mode malienne. C’est elle qui habille à la fois, de hautes personnalités comme des ministres ou des présidents d’institutions de la République, des expatriés, des stars du showbiz, mais aussi des clients anonymes fortunés ou moyen standing.
Après avoir organisé ou participé à l’organisation de plusieurs défilés, salons de création, workshop et autres festivals à Bamako et dans plusieurs villes du Mali, Mariah a été sollicitée dans de nombreux pays. De Dakar au Sénégal à Bruxelles en Belgique en passant par Abidjan, en Côte d’Ivoire, Ouagadougou au Burkina Faso, Niamey au Niger, Cotonou au Bénin, Lomé au Togo, à Kigali au Rwanda, et à Paris en France, les œuvres de la styliste et créatrice malienne sont reconnues comme reflétant l’identité et la couleur et la forme du Mali. C’est ainsi qu’elle a récemment obtenu un franc succès à Malabo en Guinée équatoriale au festival de la mode africaine organisé par les professionnels de ce pays.

Youssouf DOUMBIA

Elle a d’abord travaillé sur de nombreux supports (tissus) classiques comme le wax, la mousseline, le coton, le lin, entre autres. Elle en a d’ailleurs engrangé des succès à travers ses différents défilés. Mariah a ensuite décidé de mettre en avant le coton malien, surtout celui tissé chez nous. C’est ainsi qu’elle travaille depuis l’an dernier, avec deux autres stylistes, des teinturières, des tisserands, des fileuses et des artisans d’autres corps de métier dans le cadre du Projet Ethical Fashion. Financé par l’Union européenne, ce projet aide à la création d’emplois équitables et au développement durable avec de micro entreprises dans les chaînes de valeur liées au secteur du « lifestyle », appelé « Projet de Mode Ethique ». Il a pour but de contribuer au développement économique et à l’emploi dans le secteur artisanal notamment au Mali et ainsi réduire la pression migratoire au sein de ces pays, en luttant contre les causes profondes des phénomènes de déstabilisation et ce, en offrant des possibilités de formation et en favorisant la création d’emplois dignes, durables et équitablement rémunérés. Elle vient d’ailleurs de lancer sa nouvelle collection dénommée « Balanza », en hommage à la Région de Ségou, avec de la cotonnade tissée et teinte par des artisans qui travaillent dans ce programme. La star de la musique malienne Oumou Sangaré soutient Ethical Fashion à travers un nouveau clip qui passe sur les chaînes de TV internationales.

PRIX DU MÉRITE- Parallèlement à ce projet, la créatrice a réussi en 2019 à habiller les membres du gouvernement avec du coton malien tissé par le Centre du développement de l’artisanat textile (CDAT). Elle a créé deux types de tenue pour chacun, excepté trois ministres qui avaient leurs couturiers personnels. Ce programme a eu un grand écho auprès de nos compatriotes. Le CDAT et les autres tisserands de Bamako et de Ségou croulent sous la demande.
C’est la styliste malienne qui a fait la Une de la presse internationale et de plusieurs sites Internet en 2013. En effet, lors du « Dakar fashion week » au Sénégal, Mariah Bocoum avait présenté une collection intitulée « Béret rouge et béret vert ». C’était la période de la tentative de contrecoup d’état. Notre pays était très marqué par cette crise au sein de l’armée. En créant sur cette actualité brûlante, elle appelait juste à la paix au sein de notre armée et sur l’ensemble de notre pays. Ce qui a également contribué à sensibiliser l’opinion internationale sur la situation de notre pays à travers la presse internationale présente à l’événement. Cette collection a fait le tour du monde et passait en boucle sur les radios, les télés, les journaux et les sites Internet.
C’est avec une collection de robes de soirée  dénommée « Mali Donko » ou le savoir-faire au Mali que Mariah Bocoum vient de remporter le Prix du mérite. C’était le samedi 7 juin dernier à Cotonou au Bénin au cours de la 6è édition du Festival de la mode et du mannequinat africain (FESMMA).
Dans cette collection qui a séduit le jury composé de professionnels, elle explique qu’il y a un mélange de bogolan et de satin duchesse, brodés et perlés. Elle a voulu « montrer au public qu’on peut aussi travailler le bogolan comme les autres textiles, en l’agrémentant de broderie et perles ».
Ses créations ont séduit de nombreux artistes africains comme le musicien congolais Faly Ipupa. La Franco-Malienne Inna Modia est sans doute la meilleure porte-étendard de la griffe MB. Lors de ses spectacles, ses passages sur les plateaux de télévision et pratiquement toutes ses sorties publiques se font en tenues confectionnées par Mariah Bocoum.
Notre créatrice, comme la plupart des artistes, est néanmoins confrontée à un certain nombre de problèmes. Il y a certes des tailleurs bien formés. Mais ils ne sont pas très nombreux. La haute couture demande un investissement aussi bien dans la forme que dans le fond. La finition, qui est la partie la plus visible, doit toujours être nickel. Elle exige également un renouvellement constant dans le tissage et la teinture afin de donner à voir des supports attrayants. Ainsi pour continuer à rester performant, notre pays doit accorder une place importante dans la formation des jeunes dans ce sous-secteur. Car, il faut le rappeler, la haute couture est très pourvoyeuse d’emplois.
En attendant, Mariah Bocoum s’implique auprès des tisserands aussi bien dans le choix des fils que dans l’utilisation des métiers à tisser. Quant à la teinture et à la décoration, la créatrice est en train d’essayer de nouvelles plantes tinctoriales différentes de celles habituellement utilisées jusque-là.

POUR L’AMOUR DU MADE IN MALI

Née à Bamako, il y a environ une quarantaine d’années, Maria est styliste, créatrice de mode et une esthéticienne. Elle a fait ses premières armes en temps que mannequin dès l’âge de 19 ans. Surnommée la « Gazelle » par feu Chris Seydou, célèbre styliste malien qui a habillé les citadins européens aux couleurs de l’Afrique. Mariah Bocoum a défilé pour Christ Seydou aussi bien à Bamako qu’en dehors du Mali. En 1991, elle fut la première dauphine de la Miss ORTM et a reçu également le Prix Top Model la même année. En 1994, elle s’envole pour la France. Après deux années d’études en « Culture et communication », elle décide de suivre une formation en esthétique. De retour au Mali, elle ouvre un institut de beauté. Mais elle se sentait «incomplète», c’est pourquoi en 2010, elle a créé la maison de couture «Les Péchés Mignons» qui a généré la marque « MB », devenue emblématique dans la mode au Mali et en Afrique.
Cette mère de famille se bat au quotidien pour concilier vie de famille, création de mode et business. Seydou Doumbia dit Chris Seydou est sa référence. Et c’est pour rendre hommage à son idole, qui a donné au bogolan malien une notoriété mondiale, que la styliste a initié «The Chris Seydou Fashion Week». La première édition de cet événement a eu lieu en octobre 2011 à Bamako.
Comme projet, Maria Bocoum et ses collègues designers comme Jean Kassim Dembélé et Boubacar Ag Midaye, veulent mettre en place un concept store, une sorte de « showroom » à Bamako. Ce sera une grande vitrine de la mode « Made in Mali ». Un endroit où l’on peut trouver des vêtements, des bijoux, des éléments de la décoration d’intérieur, un café-restaurant et même une bibliothèque.
 Cette initiative découle de sa volonté de rassembler les professionnels du secteur de la mode, les jeunes créateurs, et un large public autour de la mode, de la création. Ce lieu devra refléter l’amour de la mode, du textile malien qu’ils partagent. Il est la suite logique du Projet Ethical Fashion qui est financé par l’Union européenne.
Y. D.

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