Mariah Bocoum: Une figure de proue de la mode africaine
Youssouf DOUMBIA
développement de l’artisanat textile (CDAT). Elle a créé deux types de tenue pour chacun, excepté trois ministres qui avaient leurs couturiers personnels. Ce programme a eu un grand écho auprès de nos compatriotes. Le CDAT et les autres tisserands de Bamako et de Ségou croulent sous la demande.
C’est la styliste malienne qui a fait la Une de la presse internationale et de plusieurs sites Internet en 2013. En effet, lors du « Dakar fashion week » au Sénégal, Mariah Bocoum avait présenté une collection intitulée « Béret rouge et béret vert ». C’était la période de la tentative de contrecoup d’état. Notre pays était très marqué par cette crise au sein de l’armée. En créant sur cette actualité brûlante, elle appelait juste à la paix au sein de notre armée et sur l’ensemble de notre pays. Ce qui a également contribué à sensibiliser l’opinion internationale sur la situation de notre pays à travers la presse internationale présente à l’événement. Cette collection a fait le tour du monde et passait en boucle sur les radios, les télés, les journaux et les sites Internet.
C’est avec une collection de robes de soirée dénommée « Mali Donko » ou le savoir-faire au Mali que Mariah Bocoum vient de remporter le Prix du mérite. C’était le samedi 7 juin dernier à Cotonou au Bénin au cours de la 6è édition du Festival de la mode et du mannequinat africain (FESMMA).
Dans cette collection qui a séduit le jury composé de professionnels, elle explique qu’il y a un mélange de bogolan et de satin duchesse, brodés et perlés. Elle a voulu « montrer au public qu’on peut aussi travailler le bogolan comme les autres textiles, en l’agrémentant de broderie et perles ».
Ses créations ont séduit de nombreux artistes africains comme le musicien congolais Faly Ipupa. La Franco-Malienne Inna Modia est sans doute la meilleure porte-étendard de la griffe MB. Lors de ses spectacles, ses passages sur les plateaux de télévision et pratiquement toutes ses sorties publiques se font en tenues confectionnées par Mariah Bocoum.
Notre créatrice, comme la plupart des artistes, est néanmoins confrontée à un certain nombre de problèmes. Il y a certes des tailleurs bien formés. Mais ils ne sont pas très nombreux. La haute couture demande un investissement aussi bien dans la forme que dans le fond. La finition, qui est la partie la plus visible, doit toujours être nickel. Elle exige également un renouvellement constant dans le tissage et la teinture afin de donner à voir des supports attrayants. Ainsi pour continuer à rester performant, notre pays doit accorder une place importante dans la formation des jeunes dans ce sous-secteur. Car, il faut le rappeler, la haute couture est très pourvoyeuse d’emplois.
En attendant, Mariah Bocoum s’implique auprès des tisserands aussi bien dans le choix des fils que dans l’utilisation des métiers à tisser. Quant à la teinture et à la décoration, la créatrice est en train d’essayer de nouvelles plantes tinctoriales différentes de celles habituellement utilisées jusque-là.
POUR L’AMOUR DU MADE IN MALI
Née à Bamako, il y a environ une quarantaine d’années, Maria est styliste, créatrice de mode et une esthéticienne. Elle a fait ses premières armes en temps que mannequin dès l’âge de 19 ans. Surnommée la « Gazelle » par feu Chris Seydou, célèbre styliste malien qui a habillé les citadins européens aux couleurs de l’Afrique. Mariah Bocoum a défilé pour Christ Seydou aussi bien à Bamako qu’en dehors du Mali. En 1991, elle fut la première dauphine de la Miss ORTM et a reçu également le Prix Top Model la même année. En 1994, elle s’envole pour la France. Après deux années d’études en « Culture et communication », elle décide de suivre une formation en esthétique. De retour au Mali, elle ouvre un institut de beauté. Mais elle se sentait «incomplète», c’est pourquoi en 2010, elle a créé la maison de couture «Les Péchés Mignons» qui a généré la marque « MB », devenue emblématique dans la mode au Mali et en Afrique.
Cette mère de famille se bat au quotidien pour concilier vie de famille, création de mode et business. Seydou Doumbia dit Chris Seydou est sa référence. Et c’est pour rendre hommage à son idole, qui a donné au bogolan malien une notoriété mondiale, que la styliste a initié «The Chris Seydou Fashion Week». La première édition de cet événement a eu lieu en octobre 2011 à Bamako.
Comme projet, Maria Bocoum et ses collègues designers comme Jean Kassim Dembélé et Boubacar Ag Midaye, veulent mettre en place un concept store, une sorte de « showroom » à Bamako. Ce sera une grande vitrine de la mode « Made in Mali ». Un endroit où l’on peut trouver des vêtements, des bijoux, des éléments de la décoration d’intérieur, un café-restaurant et même une bibliothèque.
Cette initiative découle de sa volonté de rassembler les professionnels du secteur de la mode, les jeunes créateurs, et un large public autour de la mode, de la création. Ce lieu devra refléter l’amour de la mode, du textile malien qu’ils partagent. Il est la suite logique du Projet Ethical Fashion qui est financé par l’Union européenne.
Y. D.