Consensus : La façon de taire ?

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Le consensus existe bel et bien au Mali, mais seulement en public. La surprise  réside moins dans le fait de voir un idéal s’effondrer, que de remettre en cause ce que nos quotidiens avaient bien voulu transmettre à notre entendement. Là où nous croyons voir de l’amitié, de l’entente, voire de l’intimité, le temps nous donnait à entendre de la haine, de la médisance et du conflit.rn

Ma chronique n”est pas la recherche sur les conflits en tant que tels qui nous préoccupèrent, mais les rapports sociaux qui amenaient à cette ambivalence entre consensus public et dissensus privé.

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 La société  malienne repose sur un échange généralisé de services rendus déterminé par trois modèles historiques du don se recouvrant partiellement :

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– Le modèle aristocratique de la cour Mandingue

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– Le modèle religieux de la charité musulmane

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– Et le modèle patrimonial paysan.

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 Ainsi, chacun essaie, aux dépends des autres, de se hisser sur cette pseudo sociabilité. Selon sa position, chaque acteur se voit plus ou moins rendre des services. Il y a donc une surenchère de présents amenant une ambiance nourrit par la fadenya, terme bamanan pouvant se traduire par rivalité, jalousie.

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Il est donc nécessaire d’être généreux envers ceux qui se trouvent en dessous de son statut (capacité redistributive), mais également vis-à-vis des personnes supérieures ou envers qui on est dépendant. Derrière cette apparente générosité se dissimule donc une véritable guerre du chacun pour soi et du tous contre tous. Cependant, malgré cette véritable logique concurrentielle sous-tendant les rapports sociaux, règne une apparente osmose. Comme le dit O.Sèmbène, «dans la rue sablonneuse, rien n’était secret, on n’en parlait pas, c’était tout ».

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En fait, la norme d’échange reposant sur l”aide, tout en amenant à un échange généralisé de services rendus, implique une interdépendance constante des acteurs les uns vis-à-vis des autres, induisant le nécessaire maintien d’un consensus formel, c’est-à-dire la volonté de taire tout ce qui pourrait nuire à la bonne entente.

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Le consensus est donc bien présent, mais pas à tous les niveaux de la vie sociale malienne. Il ne se révèle en effet qu’en apparence, en public.

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Cependant, si cette interdépendance impose un consensus formel, elle génère également, lié à cette logique concurrentielle, des rumeurs, des médisances perpétuelles mais aussi et surtout un cercle vicieux ne permettant pas de régler certains rapports conflictuels.

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En effet, lors de certains conflits, l’interdépendance ne permet à aucun acteur, et ce malgré un statut social élevé (tel que l”iman du quartier) d’intervenir puisqu’il sera de près ou de loin des parties qui sont généralement une ressource (financière, matérielle…) si par exemple Moussa estime que Boubacar ne l’apprécie pas, le moindre geste que ce dernier exécutera en direction de Moussa sera sur-interprété, et ira bien souvent conforter Moussa dans sa perception..Il semble que la reconnaissance de la capacité à rendre justice – que nous définirons ici comme un pouvoir à faire passer d’un état de désordre à un état d’ordre – repose principalement sur l’idée d’impartialité. Ce terme ne renvoie pas à l’idée d’un jugement équitable mais au fait que la personne exécutante soit reconnue comme agissante en dehors ou au-dessus des échanges humains.

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Qu”est ce que le pardon à la malienne?

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En demandant pardon, l’acteur désire transformer son “acte-offensant” en “acte-acceptable”. Cette conscience de la faute induit obligatoirement une asymétrie entre l’offenseur et l’offensé. En demandant pardon l’offenseur se soumet, demande à ce qu’on l’excuse ; la réponse à cette demande est suspendue, elle est entre les mains de l’offensé qui accordera ou non son pardon.

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Le pardon ne peut se concevoir avec le conflit. S’il y a pardon, il n’y a plus de conflit. Ne pas pardonner à un instant T revient à se couper d’autrui. In fine une demande de pardon serait donc une volonté de maintenir sa relation à autrui, de rétablir le lien social.

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Demander pardon, accorder son pardon, c’est se permettre la légitimité d’une poursuite d’action. Ainsi, plus ce lien sera étroit et plus des processus de pardon seront fréquents. Or, c’est exactement la configuration dans laquelle beaucoup de bamakois ne s’insèrent plus mais quelques espoirs restent encore dans nos paysages ruraux.

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Certains pardons sont tâchés de sang, d”hypocrisie… ils ne sont pas l”émanation du coeur mais juste une apparence trompeuse enfin d”être objet de considérations dans le grin.

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 Chacun sait qui est qui, et connaît sa place. De fait, chaque acte, chaque geste, chaque parole sont évalués à l’aune des informations toujours suffisantes que l’on possède sur son ami, son cousin, sa camarade…

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Ce problème de ponctuation n’induit pas des blocages constants mais il définit simplement une société traversée par des conflits en latence

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Argent ?

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Généralement, on oppose la logique de la solidarité qui marque ou perpétue une relation, à celle du paiement mettant fin aux obligations mutuelles des échangistes. La monnaie symbolise à la fois un échange limité dans le temps (je te donne au moment ou je reçois) contrairement au don, qui anticipe la réciprocité, et qui est considéré comme impersonnel (l’argent est anonyme et ne caractérise en rien l’identité du donateur).

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A Bamako, les riches ont non seulement toujours raisons mais très de nos concitoyens leurs rappellent à l”ordre en s”exprimant de façon honnête.

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 Le constat est classique et s’intègre dans cette opposition entre amadouement   et la vérité vis à vis d”une certaine catégories qui sont tour à tour l’objet d’une survalorisation et d’une dévalorisation sociale. Cependant, sans tomber dans cette représentation, il semble qu’il y ait tout de même un affaiblissement du pouvoir de médiation de nos anciens. Les personnes âgées le savent […] Les anciens, par exemple leurs générations, ils savent la valeur malienne. Mais c’est les jeunes qui ne connaissent pas…

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Actuellement notre génération a besoin d”une justice qui s”appliquer en faveur d’un individu mais aussi à l’harmonie au sein d’une communauté malienne…

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Tiemoko Traoré

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Tours

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