Entrenous / Elections et référendum : ATT et sa parole d’honneur

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‘’ La plupart des personnes ressources écoutées, représentants de la classe politique, de la société civile, personnalités politiques et civiles et scientifiques, estiment que si le projet de loi portant révision de la Constitution paraît, pour l’essentiel, de nature à renforcer et à consolider le processus démocratique, il ne faudrait pas que l’organisation du référendum destiné à l’approuver, perturbe l’organisation des élections générales de 2012.

Tous estiment que le principal défi du moment est la bonne organisation d’élections libres, crédibles et transparentes. Aussi, la commission recommande que le référendum soit organisé après la période légale de révision des listes électorales, sur la base d’un fichier consensuel avec des listes électorales fiables, corrigées et mises à jour.’’

Voilà les recommandations faites par la commission des lois constitutionnelles, de la législation, de la justice et des institutions de la République de l’Assemblée Nationale à propos du projet de loi portant révision de la constitution du 25 février 1992, adopté, le 2 août dernier par les députés par une écrasante majorité de 141 pour, 3 contre et une abstention. Pour éviter toute interprétation de la portée de la révision constitutionnelle, l’Assemblée Nationale a fait un amendement dans lequel, il est clairement écrit que ‘’la présente loi constitutionnelle n’emporte pas novation de République’’. La qualité des personnes écoutées dans un laps de temps ainsi que leur diversité crédite  l’importance de l’immense travail accompli par la commission des lois constitutionnelles, Les résultats sortis de ses travaux à travers des amendements acceptés par le gouvernement sont de nature à dédouaner le parlement perçu comme une chambre d’enregistrement.

Il serait illusoire de croire aujourd’hui que les députés dont des éminentes personnalités comme Dioncounda Traoré, Ibrahim Boubacar Kéïta, Me Mountaga Tall, Younouss Touré, pour ne citer que ceux-là, sont des ‘’hommes liges’’. Voilà des hommes de conviction, des démocrates, des légalistes qui ne savent pas tenir des propos démagogiques ou insensés. Tous ceux-là ont le mérite d’avoir servi le Mali à un haut niveau. Et cela de la façon la plus honnête et désintéressée. Dotés d’un sens aigu de l’engagement patriotique, ils ne confondent pas combat politique et animosité personnelle, convaincus qu’ils sont qu’on peut être adversaires politiques sans être ennemis. Lorsqu’ Ibrahim Boubacar Kéïta, Premier ministre pendant six ans (le plus long règne à la Primature) et président de l’Assemblée Nationale, salue l’intention louable et sincère d’un patriote, il donne une leçon de modestie et d’humilité. Lorsque Me Mountaga Tall, opposant qui a connu la clandestinité avec les affres de la prison, affirme que ‘’les pouvoirs entre les mains d’un président ne sont pas les prémices d’une dictature’’, il sait de quoi il parle. Lorsque le président de l’Assemblée Nationale, Dioncounda Traoré, s’abstient lors du vote de certains amendements comme ce fut le cas de l’amendement 8 qui autorise le président de la République à prendre la parole devant le Parlement, on peut difficilement douter de sa crédibilité.

 Cette marque de confiance des députés à l’endroit du président de la République, Amadou Toumani Touré, ne lui laisse pas trop de marge de manœuvre car il est désormais lié par sa parole d’honneur. Ici, au Mali, pays à forte tradition orale, un noble se lie par sa parole. Autrefois, renier sa parole donnée n’était pas malien. Donc, le président ATT est tenu par sa promesse de céder le pouvoir le 8 juin 2012, à l’issue d’élections transparentes, libres, lesquelles ne seront pas influencées par la tenue des opérations référendaires. Pour couper l’herbe sous les pieds de ses détracteurs, il serait sage de la part du président ATT et de son gouvernement de surseoir à toute idée de coupler les élections présidentielles et législatives. D’autre part, toute velléité de dissolution de l’Assemblée Nationale sera perçue comme un coup d’Etat contre la démocratie, donc un argument de plus pour les opposants aux réformes dont certains oublient même qu’ils ont voté et soutenu en 2000 le projet de révision du président, Alpha Oumar Konaré. Le projet de loi va toujours susciter des interrogations, des réticences, voire des oppositions. Il faut les entendre. Et le gouvernement doit essayer de rassurer. Mais, comme IBK lors du débat parlementaire, nous estimons qu’il n’y a pas lieu de transpirer pour ce texte. Le vote du projet de loi par les députés n’est qu’une étape d’un long processus. En tout état de cause, le dernier mot appartient au peuple qui, de façon souveraine, sera appelé à se prononcer

 

Nous terminons par ces propos du doyen Béchir Ben Yahmed du groupe Jeune Afrique, avec l’espoir qu’ils serviront de matière à réflexion : ‘’Un pays est le reflet de sa classe dirigeante : si elle se divise, passe son temps à se chamailler et à donner le mauvais exemple, c’est la dérive. Si au contraire, elle fait preuve de sérieux et prend des bonnes options, elle met son pays sur la longue route du progrès’’.

Par Chiaka Doumbia

 

 

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