Réaménagement gouvernemental : La fin d’une comédie qui avait trop duré

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Le Président IBK avec le nouveau premier ministre, hier à l’aéroport
Le Président IBK avec le premier ministre Modibo Keita

Le remaniement technique de l’attelage gouvernemental du vendredi 15 janvier 2016 sonne comme un véritable coup d’arrêt à la chienlit entretenue par certains ministres qui se prenaient pour César à la place de César. IBK a fini par sonner la fin de la récréation pour se débarrasser des ministres dont l’action de sabotage contre le Premier ministre Modibo Kéita commençait à fragiliser le travail gouvernemental et à saborder le pouvoir présidentiel.

IBK a lié l’acte à la parole. En nommant le Premier ministre Modibo Kéita en janvier 2015, il n’est pas allé avec le dos de la cuillère. Tantôt l’appelant «grand frère», tantôt «le doyen», le Président de la République, à la faveur du premier Conseil des ministres, avait donné carte blanche au Premier ministre Modibo Keïta de conduire l’action gouvernementale. Il lui avait renouvelé à l’occasion toute sa confiance. IBK n’avait pas hésité d’opposer  fermement une mise en garde aux ministres pour tout écart de langage et autres manquements à Modibo Kéita en affirmant haut et fort qu’il enlèverait du gouvernement tout ministre qui se comporterait outre mesure.

Un an à peine, la Constitution qui donne les pleins pouvoirs au président de la République, la première institution du pays, de conduire la destinée de la nation, a fait pour la première fois usage de son bâton de commandement. Le réaménagement technique du gouvernement, du point de vue des observateurs de la scène politique nationale et internationale, est plus une mesure disciplinaire à l’encontre de deux ministres qu’un véritable remaniement.

Bocari Tréta, précédemment ministre du Développement rural et Secrétaire général du Rassemblement pour le Mali (RPM), le parti au pouvoir, a été frappé par la sanction présidentielle. Il est suivi de Mamadou Igor Diarra, ministre de l’Economie et des Finances. Les deux mousquetaires se sont comportés en ennemis jurés du Premier ministre. Chacun croyant à son étoile pour lui succéder, les deux compères n’hésitaient pas à se répandre dans la presse, l’un (Tréta) glorifiait son parcours politique au sein du RPM. Il avait poussé l’outrecuidance jusqu’à se cacher derrière des manifestants qui sont allés crier sous les fenêtres du domicile présidentiel à Sébénikoro: «Tréta Premier ministre !». Igor, de son côté, se vantait d’être le meilleur ministre de l’Economie et des Finances du Mali démocratique, non sans égratigner le Premier ministre Modibo Kéita, toujours par presse interposée. La moutarde lui était montée au nez, car IBK l’avait félicité pour sa façon de travailler au cours d’une rencontre avec les partenaires financiers en France. Les raisons du départ de Me Mamadou Gaoussou Diarra du ministère de la Promotion des Investissements et du Secteur privé restent un mystère pour le moment. Il ne faisait pas partie du clan des frondeurs pour ce que l’on sache.

Le fouet d’IBK ne s’est donc pas fait attendre. En attendant, un remaniement ministériel en profondeur annoncé pour le mois de mars 2016 avec l’entrée des ex-mouvements armés, l’actuel gouvernement, avec trois nouveaux entrants, va s’atteler à la tâche. L’Expert-comptable, Konimba Sidibé, président du parti Modem, s’empare du portefeuille de Me Mamadou Gaoussou Diarra. Avec la scission du ministère du Développement rural, Kassoum Dénon qui fut Président-directeur général de l’Office du Niger, prend la place de Tréta comme ministre de l’Agriculture. La seule dame à avoir fait son entrée est Mme Bintou Founé Samaké, titulaire du portefeuille de la Recherche scientifique, qui s’est séparée de l’Enseignement supérieur. Celui-ci reste avec Me Mountaga Tall.

L’ancien Commissaire à la sécurité alimentaire, Nango Dembélé, hérite du poste de l’Elevage et de la Pêche. Du ministère des Mines, Boubou Cissé est nommé à la place de Mamadou Igor Diarra à l’Economie et aux Finances. Son ancien portefeuille est revenu à Cheickna Seydi Hamadi Diawara dont le poste de Coopération internationale a été rattaché au ministère des Affaires étrangères.

Chat échaudé craignant l’eau chaude, qui osera encore transgresser les orientations présidentielles, au risque de connaître le même sort ?

Birama FALL

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