Primature de la Transition : Choguel flanqué d’un doublon?

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Comme pour couper le poire en deux, le chef de l’Etat s’est finalement résolu à hisser le Premier ministre intérimaire au rang de ministre pour être à l’affût du PM Choguel Kokalla Maïga, de retour…diminué.

Le Mali se dote-t-il d’un vice-Premier ministre ? On est tenté de le croire ! Puisque, après avoir frôlé le scénario de deux Premiers ministres à la tête du gouvernement de Transition, le chef de l’Etat, le colonel Assimi Goïta, vient de trouver l’astuce, comme une sorte de suppléant ou de doublon au chef du gouvernement Choguel Maïga, qui signe son retour dans un climat plutôt engorgé de défis.

Le Premier ministre, Dr Choguel Kokalla Maïga a enfin repris ses fonctions, lundi dernier, après son repos médical consécutif à un malaise que certains assimilent à un accident vasculaire cérébral (AVC). Cette autorisation de reprise de fonctions a été annoncée dimanche, dans la soirée, à travers un décret présidentiel lu à la télévision, l’ORTM. Une décision, qui promeut en même temps son intérimaire au rang de ministre d’Etat, tout en le positionnant comme un véritable contrôleur et potentiel successeur du chef du gouvernement titulaire. Une sorte de « shadow prime minister » ou un PM de l’ombre. Il s’agt, selon les observateurs, de flanquer Choguel d’un doublon qui ne dit pas son nom pouvant freiner ses ardeurs dans la gestion des affaires de l’Etat.

En effet, le décret présidentiel lu à la télé fait du ministre colonel Abdoulaye Maïga le seul ministre d’Etat du Mali (et peut-être d’une transition au Mali). Il demeure le puissant ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, porte-parole du gouvernement et en plus intérimaire du Premier ministre en cas d’absence ou d’empêchement. Une manière sage du chef de l’Etat de ne pas susciter de frustration chez le colonel Maïga, qui a visiblement marqué des points à la primature. Ou, du moins, il s’est installé dans une posture qui doit faire de lui plus qu’un ministre. Et, comme la primature ne peut avoir qu’un seul maître à bord, le Colonel Assimi Goïta s’est voulu prudent en flanquant le convalescent Choguel Maïga d’un véritable doublon et gardien du temple.

Décidément, les sollicitations du Premier ministre Choguel Maïga a vouloir reprendre son poste se sont finalement montrés payantes. Car, par décence politique, le chef de l’Etat n’a pas voulu écarter l’homme fort du Comité stratégique du M5-RFP de la tête du gouvernement, surtout dans le contexte actuel de gros défis. Alors qu’au sein de l’opinion, on pensait que les colonels voudraient éjecter en douce le porte-parole du M5-RFP. De guerre lasse, le Colonel Assimi Goïta a préféré sauver la face à l’un et à l’autre des aspirants de la primature. Il a certainement jugé bon de positionner le Col Maïga pour la primature dans un contexte plus clément. Mais, en attendant, le ministre porte-parole du gouvernement voit ses prérogatives renforcées pour constituer un duo avec le locataire de la Cité administrative. Cela traduit-il une crise de confiance entre les militaires et le politique Choguel ? Hypothèse à ne pas écarter… Ce qui est sûr, c’est que Choguel Kokalla Maïga est un dur à cuir, politiquement aguerri que le colonel Assimi Goïta voudra surveiller comme du lait sur le feu. Mission confiée désormais au Colonel ministre d’Etat Abdoulaye Maïga ? Rien n’est moins sûr, surtout que le processus électoral avance et il n’est pas exclu que des divergences de vue se fassent voir entre les militaires tombeurs d’IBK et leurs alliés sociopolitiques…d’hier.

Rappelons que Dr Choguel Maïga a presque réclamé, la semaine précédente sa « disponibilité » liée à sa « meilleure santé » à reprendre ses fonctions.  Et, pour annoncer cette détermination à quémander son poste, Dr Maïga s’était déplacé pour rendre une visite de courtoisie au chef de l’Etat au palais de Koulouba. L’événement avait surpris plus d’un et traduisait une impatience du locataire de la primature, qui semble craindre que la « mission » lui  file entre les doigts. Alors qu’il est plus que jamais déterminé à « faire vivre le peuple d’espoir » ou  simplement à le « faire rêver ». Le chef de l’Etat a-t-il noté que l’espoir seul ne suffit plus pour faire  vivre ce peuple trop longtemps meurtri ? Rien n’est moins sûr ! Le Colonel Assimi Goïta a mis à profit le repos médial de Choguel Maïga pour constater le bilan plutôt mitigé du patron du M5-RFP à la tête du gouvernement de transition ? Il semble, en tout cas, que le chef de la Transition malienne a donné une nouvelle chance au président du parti du tigre, le MPR. A lui de ne pas « crier sa …tigritude, mais de sauter sur sa proie et de la dévorer » (selon les mots de l’écrivain nigérian Wolé Soyinka). Cette proie a pour nom la crise sécuritaire, la cherté de la vie, le front social en ébullition, le chômage, la paupérisation des populations, les menaces de sanctions émanant de la CEDEAO, la tension diplomatique d’avec l’extérieur. Gageons que ces défis seront relevés en tandem avec le nouveau ministre d’Etat pour redonner espoir aux Maliens.

Baba Djilla SOW

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