Kerfa Kamissoko, « traumatologue traditionnel » à Karan : Un homme d’une bonté infinie qui mérite d’être soutenu

0

Kerfa Kamissoko est aujourd’hui l’un des meilleurs « traumatologues traditionnels » du Mandé. Il soigne depuis vingt-trois ans les personnes victimes de fractures. Au-delà de ses soins, Kerfa Kamissoko apporte de nombreux appuis à ses patients. Et cela de façon désintéressée, sans tambour ni trompette. Un homme d’une bonté infinie qui mérite d’être soutenu.

Kamissokola est un hameau de la commune urbaine de Karan. A partir du village de Faragué, les visiteurs bifurquent pour prendre une piste rurale difficilement praticable surtout en saison des pluies. C’est dans ce petit village que Kerfa Kamissoko plus connu sous le nom Karamoko fait des miracles dans le traitement des personnes victimes de fractures à plusieurs endroits du corps. Aujourd’hui, il est l’un des meilleurs « traumatologues traditionnels » du Mandé. Il reçoit des patients venant divers horizons. A Kamissokola, c’est un ballet sans cesse de malades et leurs accompagnateurs. Par jour, il peut recevoir dix patients sur le registre des cas urgents. Sans compter la vingtaine qui vient pour pansement.

«J’ai hérité de mon père qui est décédé il y a de cela 36 ans. C’est un héritage de mon père. Nous appartenons à une grande famille mais ce sont les descendants de mon père qui détiennent cette connaissance », nous a confié Karamoko Kamissoko, entouré de patients et de siens sous son hangar. Pour des traitements, il reste très attaché à la parole de son défunt père. Chaque malade doit s’acquitter d’un poulet et dix noix de colas. Pas plus. « C’est ce que mon père m’a dit. Je travaille sur la base de cette tradition instaurée par mon père. Il a été catégorique là-dessus et m’a clairement dit d’arrêter le jour où je commencerais à aller au-delà de cela », a-t-il expliqué.

« Il a une main magique »

Grâce à ses maigres moyens, Kerfa Kamissoko a construit en banco quelques maisons d’hébergement des malades et leurs accompagnateurs. L’intérieur de ces maisons est aménagé en box où est immobilisé le patient pendant quelques semaines. Au bout de deux ou trois semaines, les malades commencent à se mettre debout pour commencer les séances de rééducation avec une canne. Les patients qui ont des fractures avec des plaies restent un peu plus sur place. Le temps de soigner les deux. Non seulement, il a suivi une formation de traitement des plaies au Centre universitaire et hospitalier Gabriel Touré, mais aussi il sollicite les services de Dr Mohamed Kéïta du Centre de santé de Karan pour des fractures avec des graves plaies ouvertes.

Il héberge gratuitement les malades et leurs accompagnateurs. « Ceux et celles qui sont hébergés ici ne paient pas la location. J’ai construit les maisons d’hébergement sur fonds propres », a-t-il détaillé. Certains patients sont accompagnés par leurs femmes ou leurs proches qui préparent pour eux tandis que ceux qui ne sont pas accompagnés dont l’état nécessite leur présence sur place reçoivent gratuitement de la nourriture. C’est le cas actuellement d’un jeune originaire de Niono dans la région de Ségou. A la date du 29 novembre 2021, dix-sept personnes étaient hébergées chez lui pour des traitements. Depuis l’aube, Kerfa Kamissoko se lève pour faire le tour de ses malades. Ces séances prennent fin vers 11 heures. Souvent, il effectue quelques déplacements et se rend dans certaines foires hebdomadaires des villages environnants.

« Quand il met sa main sur ton corps, tu sens sa main. Il a une main magique », déclare un patient en convalescence. « Il est sérieux et désintéressé », commente un accompagnateur de malade. « J’ai fait trois mois chez un autre guérisseur sans succès. Un mois m’a suffi pour se mettre sur pied », a avancé un malade en convalescence. « Il y a des gens qui ont fait huit mois assis. Il est arrivé à les soigner et les mettre sur pied. Je suis convaincu de son traitement », a ajouté un jeune orpailleur victime d’une fracture au pied. Actuellement, un ressortissant burkinabé est en traitement chez lui. Il était désespéré de son état au point de penser à une amputation mais ses fractures avec des plaies ouvertes se guérissent. Certains estiment que le « traumatologue traditionnel » est détenteur des pouvoirs occultes qui lui permettent de traiter d’autres maladies avec des plantes.

Le sieur Kamissoko doit être soutenu dans son aide aux patients

Le Sieur Kamissoko reçoit-il des appuis ? De quelques personnes de bonne volonté. Pas d’autorités. Ni locales ni nationales. Des démarches que la mairie de la commune urbaine de Karan avait entreprises auprès de lui pour la construction d’un centre d’hébergement ont tourné court. Il a estimé que les conditions posées par les responsables de la collectivité locale vont à l’encontre des consignes de son père. Après trois ans de discussions, il a finalement renoncé à cette aide. «Toute chose qui peut gâter mon travail, je renonce à ça. Mon père a été catégorique. Si j’ajoute quelque chose à sa tradition, que j’arrête. Je respecte cette parole de mon père. Et je m’éloigne de tout ce qui peut amener à fausser les bases de cette tradition », a-t-il insisté.

Toutefois, le faiseur de miracles de Kamissokola a besoin de soutien. Au regard de son travail à l’endroit des malades de façon désintéressée, il mérite d’être appuyé. La construction d’un centre d’hébergement pour accueillir gratuitement les visiteurs, l’acquisition des panneaux scolaires et l’aménagement de la petite piste rurale sont au cœur de ses préoccupations. Pendant l’hivernage, les gens sont obligés de prendre leurs malades sur la moto pour les amener. Des moments douloureux ! Car les véhicules ne peuvent pas atteindre Kamissokola à cause de l’état de la petite route. Des dons en vivres alimentaires peuvent aussi être un appui de taille pour Kerfa Kamissoko dans la prise en charge des malades qui n’ont pas de moyens.

D’une modestie extraordinaire, le « traumatologue traditionnel » de Kamissokola doit être soutenu dans l’appui qu’il apporte tous les jours aux malades, lesquels sont souvent désemparés.

Chiaka Doumbia

Commentaires via Facebook :

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here