Dans un Mali plein d’incertitudes : La société civile saura-t-elle mener son combat ?

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Depuis des années, le Mali cherche Etat désespérément. Mais alors que la classe politique se déchire dans une lutte sans merci pour le pouvoir, la société civile malienne semble au bord de la touche. En tous cas, celle dont le pays a véritablement besoin, sans aucune interférence politicienne ou souillure arriviste. Aujourd’hui, si elle existe, c’est quand elle fait objet d’instrumentalisation par tel ou tel bord politique. A quand donc le sursaut patriotique, surtout lucide, du citoyen malien ?

Au Mali, la politique rime avec intérêt. L’on épouse telle ou telle couleur politique uniquement pour jouir de privilèges et non par pure conviction. La politique y a perdu ses lettres de noblesse depuis fort longtemps, et tous, ou presque, se plaisent dans un rôle de griot chantant les louanges des tenants du pouvoir. Le Malien, en général, a un incroyable talent. Celui de changer de couleurs au gré de la direction du vent. Un incroyable talent à faire pâlir le caméléon.

Aujourd’hui, une bonne frange de la classe politique, auquel s’est mêlé quelques branches de la société civile, exigent la démission du président de la République. Au M5 RFP, concentré de mouvements et d’associations politiques, s’est greffé aussi un « volet moral » en la présence de l’Imam Mahmoud Dicko. Il est présenté comme de l’autorité morale du mouvement.

Sans faire un procès d’intention aux leaders de ce mouvement, il est quand même aisé de comprendre qu’ils ne sont pas tous qu’animés par l’intérêt supérieur de la nation. Il s’agit pour la plupart d’hommes politiques aguerris, ayant occupés de hautes fonctions dans les méandres du pouvoir, et qui ont aussi les yeux grands rivés sur le pouvoir. Ils jouent habilement avec la frustration ambiante pour arriver à faire vaciller le régime en place. Leur mouvement, qu’on présente maintenant dans les médias comme l’opposition malienne, n’est semble-t-il qu’en train d’accomplir son travail. A savoir, faire tout pour discréditer et fragiliser le pouvoir en place afin d’en tirer le plus grand profit politique. Tel est le cas dans les grandes démocraties du monde. L’opposition républicaine ne dit presque jamais du bien pouvoir en place. Le tout avec deux maitres-mots. Instrumentalisation et dramatisation.

Sauf qu’au Mali, l’on ne peut se permettre un tel luxe alors que le pays peine à exister valablement. L’aspect sécuritaire du pays est le plus important car comme il est bien connu, sans sécurité pas de paix, sans paix pas de développement. Les oppositions politiques qui peuvent se permettre de critiquer  sans modération le pouvoir en place sont celles des pays où l’essentiel est assuré : sécurité, éducation, santé, etc. Et au Mali, l’on est loin du compte. C’est pourquoi, la classe politique malienne devrait prendre conscience de cette réalité implacable et de s’approprier la démocratie, celle qui sied au Mali d’aujourd’hui. Mais reproduire aveuglement ce qui se fait ailleurs, sans prendre en compte la situation globale du pays est contre-productif et surtout antipatriotique.

Et en l’absence d’une telle prise de conscience de l’élite politique malienne, c’est bien sûr à la société civile de le faire et de se battre afin de redonner à la politique ses lettres de noblesse. Dans le pays, les masses sont très souvent instrumentalisées pour le seul loisir des politiques sur fond, tantôt d’instrumentalisation et de populisme, tantôt de promesses électorales et autres présents politiques.

Pour une bonne assise institutionnelle et économique du pays, le changement profond tant souhaité, tarde à être une réalité par l’élite politique alors qu’ils en ont la capacité pourvu qu’ils aient la volonté. Cependant, si ce changement ne vient jamais, alors la société civile, celle qui aura compris la réalité du pays et qui a à cœur le Mali devra  se battre, combattre les mentalités et autres idées figées afin de remonter un souffle nouveau du bas peuple vers les hautes sphères du pouvoir.

Ahmed M. Thiam

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