Face aux contraintes de temps : La Transition vers le casus belli d’une prolongation !

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Les chantiers annoncés pour cette transition, tirant vers sa fin, sont titanesques qu’ils pourraient ne pas être achevés dans le reste du temps imparti ! D’où la tentation d’une prorogation des délais qui serait à l’origine de l’ire de plus d’un !

 Personne n’en parle ; c’est le casus belli absolu qu’attendent plusieurs membres de la communauté internationale, et même de l’échiquier national, pour tomber à bras raccourcis sur les nouvelles autorités de la Transition. Pourtant, il va falloir se rendre à l’évidence : le terme de février 2022, pour consacrer la fin de la transition actuelle, avec l’élection présidentielle, est intenable au regard des engagements et des chantiers annoncés.

Le nouveau Premier ministre malien n’est pas dupe des enjeux de timing auxquels il va vite être confronté. Lors de son intervention, ce dimanche 13 juin, en conseil de cabinet devant son équipe, il a soigneusement trié les mots, mais n’en a pas moins laissé entendre que l’option d’un recentrage des priorités n’est pas à écarter.

Le nouveau chef du gouvernement a énoncé les chantiers prioritaires, en assurant que ses actions porteront «sur les domaines prioritaires suivants : l’amélioration de la sécurité, les réformes politiques et institutionnelles, l’organisation d’élections crédibles, la réduction du train de vie de l’Etat, la moralisation de la vie publique, la fin de l’impunité et la satisfaction d’une part importante de la demande sociale». Mais au-delà de ces antiennes destinées à la consommation interne, le temps imparti, et Choguel en est bien conscient, ne permettra guère de résoudre ces équations aux multiples inconnues qu’est le bourbier malien.

Une transition réussie est celle qui est la plus courte possible, assurent les observateurs et c’était d’ailleurs le vade-mecum de Django Sissoko, quand il a pris la succession de Cheick Modibo Diarra en décembre 2012 pour conduire la seconde tranche de la Transition de post ATT.

«Qui trop embrasse mal étreint», avions-nous souligné, relativement à la tendance du gouvernement Moctar Ouane à brasser tous azimuts les multiples urgences de ce pays en butte à de nombreuses priorités. Le catalogue de bonnes intentions, énoncé par le Premier ministre, lors de ce premier conseil de cabinet, comprend ces mêmes tares boulimiques qui ont constitué les ferments de l’échec relatif de Moctar Ouane.

Le recentrage des activités, autour de l’essentiel voire de l’organisation de la seule présidentielle comme en 2013, devient alors l’impératif catégorique pour un intermède dépouillé de polémiques et donc d’incertitudes quant au retour d’un «ordre politique normal».Et Choguel Maïga n’en est certainement pas dupe, qui prend date sur l’avenir quand il prévoit ainsi «la révision consensuelle et inclusive de la Constitution, dans le respect de son article 118…».

L’alinéa 3 de cet article 118 de la loi fondamentale dispose en effet qu’ «Aucune procédure de révision ne peut être engagée ou poursuivie lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire». Le bémol de Choguel Maïga renvoie insidieusement la révision constitutionnelle envisagée aux calendes grecques, l’impératif du recouvrement total de la souveraineté nationale sur l’ensemble du territoire ne pouvant être satisfait d’ici à la fin de la Transition, théoriquement fixée à février 2022. Condition sine qua non également de l’application de l’Accord d’Alger qui nécessite une révision de la Constitution.

Du coup, on comprend donc que pour Choguel, au-delà du respect des engagements de l’Etat sur ce dossier, «… la relecture (dite) intelligente de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger (APR) (sera poursuivie et approfondie) dans le respect des principes fondamentaux énoncés», comme le nouveau Premier ministre a tenu à le préciser dans son intervention de cadrage de ce dimanche.

Et ce n’est pas le retour controversé d’Abdoulaye Diop aux Affaires étrangères qui pourrait constituer la bouée de sauvetage, ce dernier étant celui par qui tout le malheur malien de cet accord contesté est arrivé. Le paradoxe malien, dont Abdoulaye Diop a fait du pays l’otage, est qu’il faut adapter la Constitution à un document particulier, préparé et conçu aux seuls bénéfices d’une communauté ultra minoritaire, de surcroît au détriment de l’écrasante majorité de la population et ce, en dépit des dispositions contraignantes de cette loi fondamentale, donc au prix d’une violation de la Constitution elle-même.

De même, il faut sans doute place sous le registre des lieux communs politiques, dans l’air du temps, les résolutions de Choguel Maïga, relatives à «la création des conditions sécuritaires pour le retour de l’Administration, notamment dans les zones les plus affectées par la crise en cours».

Le Mali est engagé en ce moment dans un processus de désengagement progressif des forces de défense, amplifié sous la junte actuelle, des théâtres de confrontations, avec la signature d’accords locaux de cession, et même d’abandon aux terroristes de la souveraineté sur des portions de plus en plus élargies du territoire national.

L’administration transitoire actuelle de Choguel Maïga ne dispose ni des moyens en termes d’assises politiques, ni de l’autorité nécessaire pour agir sur l’armée, encore moins de la confiance des pays partenaires à appuyer de telles initiatives.

Les chantiers de cette nature foisonnent au menu de ce gouvernement. Il en va ainsi des engagements vers de bonnes pratiques de gouvernance, nécessitant des mues profondes des mœurs jusque-là en usage, tout autant que les poursuites judiciaires envisagées pour les tueries des 10, 11 et 12 juillet 2020 ou pour lutter contre la délinquance à col blanc.

Tout au plus, cette seconde équipe de la Transition pourrait-elle engager des processus sur les différents dossiers, au risque de perdre en cohérence et en unité d’action. Les nouvelles «Assises Nationales de la Refondation (ANR)» pourraient ainsi constituer, comme d’autres initiatives en son temps de fora politiques nationaux, sources d’autres déchirures. Le seul critère d’une «équipe de haut niveau composée de personnalités consensuelles et crédibles» ne pourra guère suffire à taire les velléités de confiscation, comme lors des récentes concertations nationales autour de la Charte de la Transition, quand bien même son projet, d’ailleurs par trop ambitieux, est de faire la synthèse des exercices similaires passés en opérant «une revue de toutes les précédentes rencontres thématiques, sectorielles et nationales (Concertations, Etats généraux, Forums, Assises, Dialogue national)», comme l’espère Choguel Maïga.

Du pain sur la planche et du grain à moudre, avons-nous souligné. À moins d’une rallonge, dont personne n’a intérêt à soulever la question pour l’heure, Assimi et Choguel encore moins que tout autre !

 

Moussa Touré

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3 COMMENTAIRES

  1. We Negroids are amazing especially when we are leaders in Africa. More we steal more we want to steal. Thereof more we work to facilitate stealing. Is that nation building or self destruction ?
    Henry Author Price Jr aka Kankan

    PS
    Still have Liberia plus Sierra Leone on my mind . Could make them tourism jewels of Africa plus world.

  2. L’appétit vient en mangeant, dit-on… A peine installés que l’on réclame plus de confort…

    Pensées rebelles.

  3. Effectivement le temps reste un ennemi pour Choguel et son équipe, mais il faut qu’il cesse de trop parler et de travailler avec force et endurance, c’est la seule chose qui pourra aider à combattre cet ennemi très redoutable. En outre, il faut cesser de faire de bons choix sinon ce sera le chaos très bientôt.

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