Apres la libération d’Amadou Haya Sanogo : Qui va payer pour 2012 ?

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Ce n’est pas une surprise mais tant d’interrogations continuent de fuser sur le destin du chef putschiste Amadou Haya Sanogo et comparses.

Comme annoncé dans nos colonnes et pressenti après le second ajournement des audiences historiques sur l’affaire des «fosses communes de Diago», le putschiste du 22 Mars 2012 et consorts ont finalement recouvré la liberté. Après plus de six années de détention préventive et une procédure galvaudée au nom d’une certaine raison d’Etat, Amadou Haya Sanogo et comparses bénéficient de la liberté provisoire pour les besoins de stabilisation de l’armée malienne en pleine restructuration pour faire face à la guerre asymétrique contre le phénomène terroriste que leur coup d’Etat de 2012 a contribué à installer dans le septentrion malien. C’est l’explication donnée en tout cas par le porte-parole du Gouvernement pour justifier le report des assises publiques fortement attendues par une opinion malienne visiblement désireuse de démêler l’écheveau qui entoure le honteux épisode macabre du 30 avril 2012. Mais les Maliens resteront sur leur faim, pas plus que les avocats des victimes n’éprouvent un arrière-goût mitigé de la libération provisoire des prévenus, tant ils paraissent tiraillés entre la reconnaissance que les droits de la défense sont en souffrance et l’exigence de vérité sur les circonstances de la mort des nombreux soutiens de famille fauchés dans l’affrontements entre Bérets rouges et Bérets verts de l’Armée malienne. Il semble, selon toute évidence, qu’une solution para-judiciaire est sur le point de l’emporter sur les voies traditionnelles de traitement de l’affaire, quoique l’accusation donne l’air de ne renoncer d’un pouce à la conduite de la procédure à son terme, à savoir : le jugement de tous les présumés coupables d’assassinats et d’enlèvement de Bérets Rouges, en dépit de l’indemnisation préconisée pour les ayants-droits des victimes. Autant dire que la procédure n’a peut-être pas atteint son épilogue, mais l’optimisme de l’accusation contraste manifestement avec l’élan jubilatoire avec laquelle la libération de Sanogo a été accueillie par la partie adverse sans doute persuadée qu’une liberté provisoire est d’ores et déjà synonyme d’adieu définitif à l’incarcération.

Le tombeur d’ATT et ses compagnons sont-ils pour autant au bout de leurs ennuis ? Rien n’est moins sûr. Par-delà d’autres affaires d’assassinat qui devraient normalement pendre, les putschistes de Mars 2012 ne sont par exemple pas à l’abri d’une procédure à l’international, pour qui sait que les crimes remontant à la période ne sont pas gommés de l’agenda de la Cour pénale internationale et sont susceptibles de rebondir à la face de leurs auteurs tant qu’un jugement n’aura clarifié les présomptions de culpabilité qui pèsent sur leurs personnes. C’est dire que le péril d’une poursuite judiciaire au pénal persiste à plus haut niveau, tandis qu’à l’échelle nationale un besoin factice de reconstruction de l’armée malienne semble tenir lieu d’absoute pour la panoplie d’agissements, de dérives criminelles et de violations qui défigurent l’Etat malien depuis la destabilisation des institutions de la République en 2012, au point de le ravaler à l’état d’assisté de la communauté internationale : une armée réduite à l’inaptitude dans ses missions de sécurisation des personnes et de l’administration, un pays divisé en zones d’influence de milices armées et en proie aux conflits intercommunautaires, des citoyens condamnés au confinement et à la privation, etc. Bref, tous les ingrédients d’une crise dont la persistance est en passe pourrait avoir annihilé plus d’une vingtaine d’années d’acquis engrangés avec l’avènement de la démocratie au Mali. Et puisque la culpabilité d’ATT n’a pas été retenue par les instances appropriées, qui devra répondre de cette hystérie ?

 

A KEÏTA

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