Le mal du Mali

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Kassaro est un bourg situé à 120 Km à l’Ouest Bamako. Dans la commune du même nom vivent 22.000 âmes, essentiellement des paysans. Un recoin typique du Mali où les gens travaillent dur pour élever leurs enfants décemment et envoyer les plus doués dans les lycées du pays. Kassaro a un centre de santé qui traite environ 300 patients par mois. Il manquerait des gants (en quantité suffisante), de l’alcool, du matériel de désinfection (e.g., eau de javel), et aucune combinaison pour parer au mal.

 

Les besoins sanitaires de Kassaro ne sont guère différents du bourg typique au Mali; Kassaro se trouve néanmoins dans la zone “rouge” — celle qui est proche de la frontière guinéenne. La circulation des populations avec la Guinée est un facteur de risque d’apparition de la maladie à virus Ebola. D’après les informations que nous avons recueillies le centre de santé a été doté de thermomètres infrarouges ainsi qu’une dotation d’autres matériels. Il manquerait des gants (en quantité suffisante), de l’alcool, du matériel de désinfection (e.g., eau de javel), et aucune combinaison pour parer au mal.

 

Pourquoi le centre de santé de Kassaro n’a pas tout ce qu’il faut pour un fonctionnement normal? Réponse très simple: l’état malien est pauvre.

 

En vérité, c’est quelque chose que le Malien depuis l’indépendance de son pays à toujours entendu. Ça se formule différemment de temps à autres; il n’y a pas d’argent (wari téyé ou bien noruu bann); l’année prochaine sera dure (san werè bé gelèya); les temps sont durs (gelèya bé yen); les caisses sont vides.

 

N’étant ni économiste, ni expert-comptable, je comprends quand même le sens de l’expression. En tant que chef de famille, quand les temps deviennent durs on ne fait plus de superflu; pour certains cela veut dire que la baguette devient une demi-baguette sans-sogo; et pour l’immense majorité c’est un repas entier qui disparaît, la préoccupation est celle de payer le loyer ou le médicament du petit dernier qui fait de la fièvre. Et certainement on remet les voyages à plus tard.

 

Le lecteur n’apprend rien de nouveau dans tout ça. C’est bien ainsi que tout les gens sensés règlent leurs problèmes.

 

Pourtant je suis perplexe; parce que l’état malien qui a les poches (et mains) vides ne semble pas vivre selon ces principes élémentaires. Non, non, je ne parle pas (encore) de l’avion, mais d’un sujet lié: celui des déplacements de nos “élites” nationales.

 

Les “élites” sont obligés de voyager pour gérer les problèmes du pays; c’est tout du moins ce qu’on nous dit toujours — je n’en suis pas très sûr; mais cela est un autre débat. Pour les besoins de ce petit article, nous allons admettre que chaque fois qu’un officiel malien voyage le motif est valide, important et primordial pour la destinée du pays; et que si le voyage avait été annulé le pays aurait simplement explosé.

 

Pourquoi alors nos “élites” voyagent le plus chèrement que possible? En vertu de quoi les ministres et haut-cadres Maliens voyagent-ils en classe affaire quand c’est le contribuable qui paye?

 

Le 14 Décembre dernier (dimanche), deux ministres maliens — le ministre anti-aigris et le ministre ennemi-des-juges, pour ne pas citer de noms — étaient confortablement assis aux sièges 1 E et 5A du vol d’Air France entre Paris et Bamako. Tous les maliens qui étaient sur le vol et tous ceux qui n’y étaient pas ont payé pour ce voyage luxueux, malgré eux. Pourquoi ces deux “élites” n’étaient-elles pas sur les sièges 45B et 34F en classe économique?

 

La différence de prix entre ces deux catégories de sièges est énorme; pour un séjour d’une semaine la différence est de 1 587 800 FCFA; multipliée par 2, ça fait 3 175 600 FCFA; ces prix ont été calculé (le 15 Décembre) sur la base d’un voyage débutant le 22 Décembre — le prix de la la classe économique était de 598 400 FCFA; et c’était 2 186 200 FCFA en business.

 

De plus je ne sais pas ce que le contribuable malien a payé pour l’hôtel, mais à mon sens on aurait dû arrêter de payer leur hotel à partir de jeudi nuit; et ils auraient dû prendre le vol de vendredi pour Bamako. Personne ne travaille à Paris les week-ends donc leur présence n’était pas pour le compte du paysan de Kassaro. Cela aussi est un autre débat.

 

Alors, je me pose encore cette question — n’étant ni économiste, ni expert-comptable — Les caisses sont vides ou bien elles ne le sont pas?

 

Que faudrait-il pour régler les problèmes immédiats de Kassaro? La boîte de 100 gants fait 4000 FCFA (US$ 8). Une paire de gants par patient nous donne 72 boîtes pour l’année pour le CSCON de Kassaro. Soit 288.000 FCFA.

 

Si nos deux “élites” avaient voyagé en occupant les sièges 45B et 34F, 11 centres de santé comme celui de Kassaro auraient pu avoir leur dotation de gants pour 12 mois. On aurait fait une pierre deux coups. Les ministres auraient fait ce voyage, Ô combien important pour le Mali, et le centre de santé de Kassaro, ainsi que 10 autres structures similaires, aurait eu ses fournitures en gants. Mais en insistant pour avoir les sièges 1E et 5A, le Mali a simplement fait une pierre un coup, alors que ces fameuses caisses sont, dit-on, vides et évidées.

 

Je ne suis ni économiste ni expert-comptable, mais ça me peine que ceux-là même qui doivent travailler jours et nuits pour que Kassaro soit moins malade, voyagent dans le luxe que Kassaro doit payer d’abord avant de penser à éviter les risques de contamination de ses propres enfants. Pendant que ces deux “élites” mangeaient la terrine de foie gras et le tournedos poêlé aux épices servis en business, le centre de santé de Kassaro manque simplement de gants, et doit se résoudre au fait que les caisses sont vides pour le citoyen lambda mais bien pleine si c’est pour mettre les élites à l’aise.

 

Les priorités sont, semble-t-il, résolument inversées. C’est cela aussi le mal du Mali.

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A. Karim Sylla

 

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4 COMMENTAIRES

  1. 🙄 🙄 🙄 ?NOUS les maliens c’est pour ce faire voir 💡 💡 car ils ne pense qu’à eux et le jour ou ils font quitté le gouvernement ,ses memes personne ne peut meme pas dépoursé un pécu pour ce genre de voyage ,car pour le moment l’état les nourris et blanchi aux frais du contribuable malien,comme partout ds le monde ❓ ❓ ❓ ❓ 👿 👿 👿 👿 👿 et les hopitaux qu’il fouyé ,pour l’europe,alors que ils y’à pleins de MALIENS et MALIENNES,qui travaillent en FRANCE,dans toutes ses spécialité que moi meme j’ai put voir de mes yeux 💡 💡 ➡ ➡ ❓ ❓ ❓ ,les faire revenir au bercail avec VILLAS,VOITURES ,TOUS à leurs dispo et vous allez voir les autres pays viendront se soignez chez nous 😯 😯 😯 😯 ,mais le gouvernement pour l’instant ne pense qu’à lui et à leurs poches ,et le changement c’est pas pour l’instant dans 1000ans 💡 💡 😥 ➡ ➡ ➡ ❓ ❓ ❓ ❓ ❓ 😯 😯 😯 😯

  2. Ce n’est pas le voyage nos deux « élites » seulement qu’il faut dénoncer! C’est aussi tous les traitements (légaux et illégaux)dont bénéficient ces hauts commis de l’administration(logement-électricité-eau…dotation en nourriture et carburant-véhicules)alors que le pays est pauvre!Que dire alors de ces juges et autres inspecteurs des finances, DAF de ministères, conseillers …tous ces nommés des postes “juteux” qui continuent à puiser dans les fonds de l’Etat AU MILIEU DE L’OCEAN DE MISERE QUE FORME NOTRE PEUPLE! Moi je proposerai que les états “développés” interdisent toute évacuation sanitaire des décideurs en provenance de nos états “pauvres” cela les motivera au moins à faire construire des centres de santé adaptés chez nous au lieu de penser à leur propre confort uniquement… 😥 😥

  3. Le Mali n’est pas pauvre,mais c’est nos dirigent en haut qui pense qu’a eux même et leur famille, ils ne sait même pas pourquoi ils sont la-bas….

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