Diango Cissoko, l’oiseau de tous les printemps, est-il Alcibiade ? «Le Mali a actuellement besoin de dirigeants va-t-en guerre pour bouter les terroristes hors de nos frontières»

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La CEDEAO, l’UA, l’ONU, de nombreux partenaires du Mali ont prêté une bienveillante attention à l’occupation du nord par des indépendantistes, des djihadistes, des terroristes. Les populations, de Douentza à l’Adrar des Ifoghas, sont soumises au quotidien à des exactions en tous genres. Elles sont faméliques, privées de soins, d’école, condamnées à de longues marches et à des camps de réfugiés. Des flagellations, des amputations, des lapidations…sont leur lot quotidien. Les Etats-Unis, habituellement sensibles au manquement aux droits de l’homme, aux sévices…, s’opposent paradoxalement à une intervention militaire pour arracher ces malheureuses populations du carcan des occupants et des narcotrafiquants.

Moussa Sangaré

Avec le vote de la résolution 2085 le 20/12/2012 par le Conseil de sécurité, l’étape première de la traversée du désert du Mali est franchie. Le Ministre de la Défense français renvoie cependant cette intervention au 1er semestre de 2013. Nous estimons en profanes, qu’un si long temps permettra aux bandits armés d’étendre leurs tentacules, et d’accroître davantage la souffrance des populations déjà sinistrées.

Hommages à la France socialiste 

Nous adressons de prime abord, au Président français et à son Ministre des Affaires Etrangères, nos meilleurs vœux de bonne et heureuse  année, mais également nos sincères remercîments. Il n’y aurait pas eu de résolution de l’ONU si François Hollande ne s’y était pas personnellement impliqué ; si Laurent Fabius, un vieux briscard, un homme de culture, n’avait pas plaidé avec efficience au Conseil de sécurité, en faveur du dossier de l’intervention militaire dans le septentrion malien. Sarkozy avait ouvertement soutenu le MNLA. A preuve, son directeur de la Coopération «  prit langue avec ce mouvement « . Il y eut des accords mutuellement avantageux pour les deux parties. Les Touaregs prennent ce qu’ils appellent  » Azawad « , et la France s’en tire par contre avec des otages libérés des mains des terroristes. Avec Hollande, la politique africaine de l’Hexagone amorce d’ores et déjà des changements appréciables. Il répara adroitement la sortie outrancière de son prédécesseur à Dakar. Son discours au parlement algérien sur les méfaits de la colonisation ;  les récriminations contre son pays pour les atrocités commises dans les colonies ; le partenariat  » gagnant gagnant « , ont sans nul doute décrispé l’atmosphère quelque peu sulfureuse qui prévalait entre Paris et Alger. C’est au cours de sa conférence de presse que le Président  annonça au monde que la résolution 2085 tant attendue au Mali et en Afrique, venait d’être votée par le Conseil de sécurité. Une première étape était franchie pour la libération du Nord.

L’ONU reste toujours incriminée

Les travaux des experts de la CEDEAO, de l’UA, de la France, ont inspiré le Conseil de sécurité qui vota la résolution 2085. Les médias sèment souvent la confusion dans les esprits, quand ils affirment que le document ne fait pas mention d’un calendrier de l’intervention militaire ; que le problème du financement du déploiement des forces africaines n’est pas résolu… La bile nous avait envahi les nerfs, quand certains commentateurs rapportèrent que l’ONU priorisa surtout la  » solution politique négociée « , les élections, et qu’elle mit sciemment l’option militaire sous le boisseau.  Le Ministre malien des Affaires Etrangères monta au créneau pour édifier les auditeurs des radios et les téléspectateurs, quant à la véritable teneur de la résolution.

L’unanimité des 27 pays de l’UE est faite autour de la  gestion de la crise au Nord Mali. La réforme de l’armée malienne ; son  équipement en matériels militaires et en munitions ; la formation et la préparation des hommes, laissaient présager que l’armée sonnera incessamment l’assaut contre les envahisseurs.

Le Président de la République, dans son message du nouvel an, compléta le Ministre de la défense français, en évoquant le :  » réglage des détails techniques « . Son discours renfermait également les mots : négociation, pardon, élection.

Il convient de rappeler que s’il doit y avoir négociations, il serait souhaitable qu’elles aient lieu à Bamako et non à Ouagadougou, encore moins à Alger. Ançar Dine semble avoir profité d’une longue période de flottement politique et d’inactivité militaire pour revenir sur son renoncement à la violence

. Les djihadistes notifièrent au médiateur que l’autonomie de la zone occupée, et l’application de la charia, sont désormais leur credo. Nous avons beaucoup de déférence pour l’Institution président. Cependant, nous osons contrarier souvent la perception qu’il a du traitement de la crise au Nord.   » Négociation ! « ,  » Pardonner ! « … qu’il prononça dans le message, ne rencontrent pas notre adhésion. Car, le MNLA, l’Ançar Dine, le Mujao  ont causé trop de désastre au Mali, en particulier dans le septentrion. Ils rejettent désormais l’indivisibilité et le caractère laïc de la République.

Que reste-t-il donc à négocier avec ces mouvements ? Négocier, c’est admettre l’égalité des rapports de force, et  accepter la partition de fait du pays. Une négociation avec les mouvements nous donne le sentiment que c’est l’Azawad qui va à la rencontre de Bamako au Burkina. Faut pas se faire d’illusion !

Croire qu’on peut reprendre Gao,  Tombouctou, Kidal… par le discours et par la petite diplomatie, est un rêve insensé et suicidaire.  Il y a un prix à payer pour mettre fin à l’occupation. Nous nous devons, pour l’honneur de ce pays,  de régler cette note même si elle est salée.

Que faut-il pardonner au MNLA à Ançar Dine, au Mujoa, pendant qu’ils ont commis des exactions ; des actes répréhensibles, enregistrés par les juridictions maliennes et internationales ? Faut-il rappeler que ces mouvements d’occupation ont, entre autres, froidement assassiné des soldats à Aguelhoc, occupé un pays souverain par la force des armes, amputé de pauvres gens, détruit des mausolées… ?  L’envahissement  du Nord est senti par les populations qui y résident comme de longues nuits d’hiver. Au froid et à la faim, s’ajoutent la brûlure des fouets, la dure loi des sbires qui flagellent, lapident… Quand des  » intellectuels à monocle « , qui vivent dans de luxueuses coulisses des Nations Unies et dans des bureaux climatisés des chancelleries, s’acharnent sur le Mali pour qu’il ait des institutions démocratiquement élues, nous leur disons simplement, qu’ils sont loin de notre pays, et qu’ils n’ont aucune idée de la réalité d’en face. Des élections sont elles possibles dans un pays dont la moitié est sous occupation ? Il est hors de doute que si elles se tenaient dans les conditions qui sont présentement les nôtres, ni l’ONU ni les vieilles démocraties ni les partenaires au développement du Mali…n’accorderont toute la légalité requise à un Président de la République, à des représentants du peuple, issus de scrutins  scabreux, organisés dans le seul Sud malien.

  Résolution, synonyme de déclaration de guerre  

Le Mali a sollicité et obtenu à travers la CEDEAO et l’UA une résolution des Nations Unies pour l’intervention militaire dans son septentrion. L’occupation, les exactions… y perdurent toujours. Les autorités maliennes se complaisent dans d’interminables voyagent à propos de la crise au Nord, mais pour quel résultat ? On n’en sait rien, ou pas grand-chose.

Tout est classé  » secret défense  » pendant que les gens ont besoin d’information pour savoir ce qui s’y passe au quotidien. Il est aberrant que ce soit RFI, TV5, France 24…qui nous révèle ce sur quoi le département en charge de l’information observe un silence radio. La passion du service publique de Radio Mali, de l’ORTM, de TM2 est elle une réalité quand ils retiennent l’information ? Du premier au troisième gouvernement de la transition, les priorités n’ont pas varié : récupérer le Nord et organiser des élections. La récupération du Nord suppose que les indépendantistes, les djihadistes, les narcotrafiquants ont été éconduits manu militari hors du territoire national. Ce n’est pas le cas. Les groupes armés se sentent chez eux, et ils narguent :  » j’y suis et j’y reste « .  Eu égard à l’obtention de la résolution 2085 ; à la formation et à la préparation des hommes ; à l’équipement de l’armée en matériels militaires…, les forces de défense et de sécurité, en tant que fer de lance de la guerre en perspective, doivent s’essayer, en reprenant ne serait-ce que l’axe routier : Douentza, Hombori, Boni, Gossi. Elles ont besoin de s’auto évaluer à travers des missions accomplies. Il faut que nos porteurs d’uniforme  s’affirment après les multiples débâcles au Nord. Il s’agit de reconquérir le capital de confiance que le peuple malien leur avait placé. Les autorités publiques traînent le pas, pendant que l’armée n’attend que leur feu vert pour donner l’assaut.

Le nouveau Premier ministre est-il Alcibiade ?

Le Mali attend son Alcibiade ; un sauveteur que la ville de Pallas attendait après la mort de Périclès. Avec une fin de règne tragique de Amadou Toumani Touré ; avec un Président intérimaire agressé et grièvement blessé ; avec des renouvellements incessants de gouvernements, et l’éviction d’un Premier ministre néophyte, et son remplacement par un oiseau de tous les printemps, notre pays vacille. Il est en quête d’hommes providentiels ; d éléphants blancs ; de patriotes sincères, qui pourraient l’arracher de l’infamie, du marasme économique, de la torpeur…La brutalité  et la nuisance des  groupes armés amenèrent beaucoup de Maliens  à croire plus à la puissance des baïonnettes qu’en la vertu de la négociation. Le besoin en gouvernants  » va-t-en-guerre  » est manifeste.

Seuls de véritables boutefeux, ayant à leur disposition une armée préparée, équipée et motivée, pourraient libérer le Nord, et y assurer la sécurité. Avec les djihadistes et les narcotrafiquants, l’essentiel est plus dans un conflit armé ouvert que dans d’interminables négociations. Ces monstres froids, j’allais dire, ces  indécrottables fanatiques, ne comprennent que le crépitement des armes. Quand des vipères envahissent la maison, elles n’en sortent  généralement qu’avec une tête écrabouillée. La reconstitution de l’entièreté de notre République est un point d’honneur à défendre bec et ongle. Berceau de puissants empires et de royaumes, le vieux pays ne saurait s’accommoder d’une avanie qui lui vient des indépendantistes, et d’une dégradante humiliation que lui infligent les djihadistes. Nous osons espérer que les autorités publiques, et l’ensemble des corps en uniforme, sonneront la charge contre les envahisseurs avant le 20 janvier qui est la date commémorative de la création de l’armée malienne, et qui doit devenir dorénavant, celle du retour effectif de l’Etat dans le septentrion malien.

Par Moussa Sangaré

Professeur de philo-psycho-pédagogie

SOURCE:  du   9 jan 2013.    

2 Réactions à Diango Cissoko, l’oiseau de tous les printemps, est-il Alcibiade ? «Le Mali a actuellement besoin de dirigeants va-t-en guerre pour bouter les terroristes hors de nos frontières»

  1. Touré Ibrahim

    Et surtout qu’il ne soit pas….Alcibiade, moult fois traitre à Athènes, allié tour à tour à l’ennemi Sparte et Perse, finalement assassiné par ses concitoyens. Mais vous l’avez dit, Prof, un oiseau de tous les printemps!!

  2. Je ne connais pas Alcibiade, mais je sais que « Jango » (le célèbre acteur des films western) n’a jamais perdu un combat. :-D :-D :-D
    Qu’il soit ainsi pour le Mali sous la direction de notre Django.