17ème édition du Forum de Bamako : Au nom de la prospérité

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17ème édition du Forum de Bamako : Au nom de la prospérité

La 17ème édition du Forum de Bamako s’est ténue du 23 au 25 dernier à l’hôtel Radison Blu sous le thème « l’Afrique face aux défis de l’urbanisation : faire de la Ville un levier de prospérité et  d’harmonie sociale ».

La cérémonie d’ouverture a été présidée par Mr Modibo Keita, premier ministre, en présence des membres du gouvernement, et  Mr Ali Haddad, l’invité d’honneur, Mr Abdoulaye Coulibaly, président de la Fondation Forum de Bamako, Mr Mahamat Saleh Annadif, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Mali, S.E Evelyne Decorps, ambassadeur de la France au Mali et S.E Alain Holleville, ambassadeur de l’Union Européenne.

Durant les trois jours du Forum, les participants se sont  penchés sur des thématiques, comme ‘’comment construire la ville africaine du XXIème siècle’’ le ‘’financement du développement urbain en Afrique’’ et la ‘’lutte contre le terrorisme : menace multidimensionnelle en Afrique ‘’.

S’exprimant le premier, Mr Abdoulaye Coulibaly, a expliqué que le Forum de Bamako est un espace de réflexion, de partage d’expériences et de points de vue sur les grands sujets de l’heure qui touchent le continent africain.

Selon le président du Forum, la croissance urbaine n’a pas seulement changé Bamako, mais, elle l’a aussi défiguré par endroits et l’accaparement de l’espace a fini  de détruire ce que la nature a mis des siècles à construire. « Au Mali, rien n’échappe au déferlement de la ville. Par endroits, tout au long des berges du fleuve Niger, il y a un Bamako méconnaissable. Une ville perdue au milieu d’immondices, de charognes, d’eaux usées et de déchets sur lesquels ne règnent que des colonies de mouches et de moustiques qui, de temps à autre, sont perturbées par des trieuses d’ordures. Tout a fui. Même les vautours et les charognards qui, il y a quelques décennies faisaient office de voirie naturelle. Obnubilés par l’argent facile et le pouvoir corrompu, de mafieuses cohortes de spéculateurs fonciers s’adonnent à cœur-joie, aux morcèlements et constructions anarchiques. Les quartiers spontanés et les bidons-villes prolifèrent. Le cercle vicieux de la paupérisation s’accentue. L’étau de l’injustice tenaille les pauvres ; approfondit les lignes de rupture entre gouvernants et gouvernés ; fraie le lit à la révolte, à l’incivisme et à l’insécurité », a martelé le président de la Fondation Forum de Bamako.

A ceux-là s’ajoute, dira-t-il, l’insuffisance des fonds alloués au développement urbain ; des infrastructures de mobilité et de divertissement et  des services urbains de base. C’est pourquoi, estime Mr Coulibaly, la question de l’urbanisation interpelle tout le monde.

Abordant dans le même sens, Mahamat Saleh Annadif, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, a soutenu que l’un des défis majeurs liés à la croissance urbaine s’articule autour de la nécessité de la maîtrise de l’empreinte environnementale ou écologique que cela pourrait engendrer. « Les villes de notre continent, si rien n’est fait, deviendront la source la plus importante des gaz à effet de serre et autres matières toxiques dans le monde, dont les effets néfastes sur la santé et les coûts de développement humain seront insurmontables, insupportables », a-t-il averti.

Pour preuve, ajoutera Mr Annadif, selon ONU – Habitat, en Afrique subsaharienne, 62% des habitants en zone urbaine vivent dans des quartiers précaires. « Ce chiffre permet aisément d’imaginer l’allure dans laquelle nos villes se développent » soulignera-t-il.

Cependant, signale, le représentant de la Minusma, la problématique reste au cœur des préoccupations des Nations Unies et aussi des plusieurs Etats D’Afrique. «  À titre d’exemple, ici au Mali la Minusma est la première mission d’opération de maintien de la paix à avoir dans son mandat une disposition spécifique sur la mitigation de l’impact environnemental de ses activités », conclura Mr Mahamat Saleh Annadif.

Nécessité d’adopter des nouvelles politiques publiques

Pour sa part, S.E Evelyne Decorps signalera que l’urbanisation du monde s’accélère à un rythme sans précédent dans l’histoire. « Le monde compte aujourd’hui 7,3 milliards d’habitants dont 4 milliards vivant dans des villes. D’ici 2050, la population urbaine devrait pratiquement doubler », a expliqué la diplomate Française.

Selon elle, ces quelques données indiquent que l’urbanisation sera l’un des principaux moteurs de la transformation du 21è siècle, surtout si l’on considère que 90% de cette croissance urbaine se produira dans les pays émergeants et en développement.

Quant à S.E Alain Holleville, ambassadeur de l’Union Européenne, il a souligné qu’Il est devenu indispensable de modifier radicalement le mode traditionnel de penser les politiques publiques pour pouvoir s’attaquer, prévenir, anticiper, réguler, tirer partie aux effets majeurs produits par les changements démographiques et urbains actuellement en cours. « Au Mali, les autorités nationales et locales doivent guider l’urbanisation vers un développement durable des villes et une vie meilleure pour les populations », préconise-t-il.

Pour que des politiques de développement puissent avoir un impact durable au bénéfice de la population, qui est et sera de plus en plus, majoritairement urbaine, dira ensuite S.E Alain Holleville, des nouvelles stratégies pour les villes sont devenues indispensables. « Le forum de Bamako constitue un espace exceptionnel où se développe l’échange des idées entres voix maliennes, africaines et contributions internationales, et ce, dans une totale interaction. C’est à travers de tels débats, à la fois ouverts et structurés, qu’une vision commune pourra émerger », commentera le diplomate.

Pour Mr Ali Haddad, invité d’honneur,  ce forum est d’actualité à plus d’un titre et intéresse les chefs d’entreprise au plus haut point. Car, dira-t-il,  l’urbanisation est, non seulement une tendance dominante en Afrique, mais aussi notre continent affiche le taux de croissance urbaine le plus élevé au monde. « Nous ne considérons pas cela comme une fragilité, car l’urbanisation rapide est un levier puissant pour une croissance économique inclusive de notre continent. Elle offre des opportunités prodigieuses à nos entrepreneurs, une véritable source de création d’emplois et de richesses », a expliqué Mr Haddad.

Le président des chefs d’entreprise de l’Algérie après avoir signalé que dans les 20 prochaines années, un doublement de la population de la ville est attendu, a annoncé qu’en 2019, son pays sera la première nation méditerranéenne sans bidonvilles.

Faire nos villes le pôle de développement en restant moderne

Prenant la parole, Modibo Keita, premier ministre a expliqué qu’en écoutant les intervenants, deux images se sont talonnées dans son esprit : l’image de la ville et celle du village. « Le village est peut-être le père de la ville et que la ville est un village surmonté, sublimé », Mr Keita.

Le chef du gouvernement, s’est ensuite posé un certain nombre de questions à savoir : Pourquoi y a-t-il cette randonnée vers les villes ? Que faudra-t-il faire ? Comme pour répondre, Mr Keita dira qu’il faudra établir des binômes, examiner les causes de l’attraction des villes, en analysant les relations entre le développement de la ville et la répartition des richesses nationales. « Nous devrions aussi faire de nos villages des pôles de développement. Parce que, il est absolument certain aujourd’hui que le développement national ne pourra s’appuyer que sur celui local et régional. D’où la nécessité de créer des conditions pour boucler le circuit économique dans les villages », a-t-il suggéré.

Le chef du gouvernement dira aussi qu’il faut travailler à l’émergence des villes, en faisant en sorte qu’elles puissent rester humaines pour que le village puisse bénéficier du support et de l’impulsion de la ville. « Pourquoi le développement de l’énergie solaire ne permettrait pas de maintenir dans les villages des cohortes de jeunes qui sont attirés aussi par la lumière ? », s’interroge-t-il

Pour Mr Keita, même si ça coûte cher, c’est cela aussi la porte de l’avenir. « Peut-être conviendrait-il que nous puissions créer dans nos villages, dans nos hameaux des conditions permettant aux jeunes de se fixer, notamment la maîtrise de l’eau, l’irrigation, les loisirs et la formation. Pourrions-nous, dans nos villages, tenir compte du fait que l’accès aux services sociaux de base est un élément pour les y maintenir ? », conclura le chef du gouvernement malien.

 

Djibril Kayentao

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