Sahel / le tabou sur le débat sécuritaire a éclaté

0

Les participants rentreront sans doute chez eux avec dans leur tête,  la colère intégrale de Christian Roux suivie de la réaction indignée d’Oumar Mariko. Pour l’atypique ambassadeur auquel on ne peut, pourtant faire le procès de ne pas aimer notre pays – il s’est rendu dans toutes les zones déconseillées par le Quai d’Orsay, il ne faut pas tout mettre sur le dos de la crise libyenne.

Aqmi et le narcotrafic sont bien antérieurs et vaincre ce péril passe par une analyse objective de la question et surtout par la réponse la plus adéquate. Il ne faut surtout pas dire qu’Aqmi ne vise que les Occidentaux, car selon lui, cela est loin de la vérité.  La nébuleuse n’est nébuleuse que parce qu’on ne veut pas la voir.

Pour le narcotrafic, pareil : bientôt nous aurons nos toxicos, nos guerres de gang et nos communautés déchirées.  « Un peu  d’humilité Monsieur l’ambassadeur » réagit le non moins atypique leader de la Sadi, condamnant de nouveau l’action de l’Otan en Libye et s’indignant de ce que la leçon du jour soit dispensée par le représentant de la France. Il fallait peut-être un tel forum pour assister à un tel débat. La rencontre de Bamako aura donc l’occasion d’une catharsis salutaire. Elle aura eu ses inévitables excès et ses amalgames sommaires, mais en matière de langue de bois, on a vu d’autres.

 La première victoire réside alors dans le fait que le tabou sur le débat sécuritaire dans notre pays et dans l’espace sahélo-saharien a  explosé depuis que, du fond de la salle, des maires ont osé dire qu’Aqmi vit parmi eux, comblant le recul de l’Etat, se livrant au prosélytisme salafiste  -eh oui – là où l’islam fut toujours d’essence soufi et jouant  à l’Etat-providence au sein de communautés démunies. Deuxième percée, la comparaison d’expériences entre les pays, notamment entre le Niger et le Mali, pays aux caractéristiques similaires.

Les participants seront partis intrigués par les résultats du premier face aux piétinements du second. Autre acquis, la volte-face idéologique des printemps arabes à côté de l’inquiétante montée de Boko haram invalide, aux yeux du forum, l’approche des pays dits du champ. Et enfin, peut-être plus personne ne pourra arrêter la dynamique de Bamako. En tout cas, pas le Niger qui s’est porté volontaire pour continuer le débat dans six mois. Seule faiblesse : le débat sur les réfugiés retournés de Libye s’est plus intéressé au millier d’entre eux qui sont rentrés avec des armes lourdes plutôt qu’aux centaines de milliers de civils  qui du Tchad, au Niger, en passant par le Mali, attendent du Sahel la solution qu’il n’a pas. Et on doit pouvoir dire cela sans paraître faire de l’amalgame.                                                               

Adam Thiam

PARTAGER