in memorium : Hassimiyou Ly, tes amis se souviennent de toi.

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Pour commémorer la disparition de Hassimiyou Ly, architecte  de renommée, écrivain et un confrère ami, arraché à notre affection le 26 juin dernier, nous publions ici un document dont les mots sont restés gravés dans les mémoires depuis ce jour où ils ont été prononcés par Adama Samassékou. Il s’agit de l’Oraison funèbre et des mots de remerciement de la famille à l’occasion de la décoration à titre posthume de Hassimiyou Ly, en présence du Chef de l’Etat, le Président Amadou Toumani Touré. Ce texte sera suivi d’un témoignage. Hassimiyou Ly est parti alors que de sa femme, il attendait un enfant avec passion. Ce garçon naîtra 7 mois plus tard, le 12 novembre 2010. Le jeune Hassimiyou Ly, le bijou de Mme Ly Madina Tall représente pour celle-ci, certes un avenir, mais aussi une présence  forte.

Voici l’oraison funèbre :

C’est avec beaucoup d’émotion que je prends la parole au nom de la famille pour vous remercier, Monsieur le Président de la République, du geste que vous venez de poser au nom du pays pour consacrer notre fils, en reconnaissance de sa contribution à la construction de notre pays.        

En effet, Hassimiyou a été brutalement arraché à notre affection alors même qu’il se rendait à Diéma pour l’implantation du nouveau chantier dont il avait la charge : la salle de spectacles de Diéma.        

La famille voudrait ici vous exprimer toute sa reconnaissance pour l’honneur qui est fait à ce jeune patriote qui est né et a grandi dans une ambiance familiale caractérisée par l’amour du travail bien fait, du pays et de l’Afrique et par une dédicace permanente à la cause du plus grand nombre.                        

Fils de notre compagnon, trop tôt disparu, Ibrahima Ly, ancien président de la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF), Professeur émérite de mathématiques, combattant infatigable de la liberté, de l’indépendance et de la démocratie en son pays et en Afrique, et de sa compagne de toujours, Madina Tall, impliquée au même titre dans le combat militant pour la dignité du Mali et de l’Afrique, Vice-présidente,  à vos côtés, de la Conférence nationale qui a conçu les textes fondateurs de la IIIè République, après la Révolution populaire et démocratique de mars 1991, Hassimiyou a su, durant sa trop courte mais remarquable vie, mettre en pratique les préceptes de vie de Ibrahima et de Madina.                    
Né le 11 juillet 1965 à Paris, il fit de brillantes études de mathématiques supérieures au Lycée Jules Ferry de Versailles en France, avant d’être admis au concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure des Arts et des Industries de Strasbourg, section architecture, dont il est sorti avec son diplôme d’architecte en 1988. La même année, il fut admis au concours d’entrée à l’Institut d’urbanisme de Paris, qu’il acheva en 1990, son diplôme d’architecte urbaniste en poche.                

Sa carrière professionnelle fut non moins brillante : De 1990 à 1992, il fut architecte à la Société Nationale des Habitations à Loyer Modéré, à Dakar De 1992 à 1994, il fut Urbaniste-conseil au Conseil d’architecture d’urbanisme et d’environnement du Val de Marne, en France. De 1994 à  1995, Il fut consultant à la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) à Addis-Abeba, en charge de la rédaction d’un Rapport sur la stratégie mondiale du logement jusqu’en l’an 2000 et de l’organisation de Habitat 2 à Istanbul.                

De 1996 à 1997, Hassimiyou fut consultant à la Mission de Décentralisation du Mali, où il mena une étude sur l’aménagement des villes secondaires.            

En 1997, il créa le Bureau d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement  l’ŒIL, dont il était le Directeur Général et qui a eu en charge un nombre important de projets significatifs dont :                        
– le projet d’embellissement des villes accueillant la CAN 2002            
– les études et la réalisation de la grande mosquée historique de Hamdallaye,  dans la région de Mopti
– l’inventaire des monuments historiques de Bamako          
– les études et la réalisation du pôle mère-enfant de l’hôpital « Nianankoro Fomba » de Ségou  – les études et la rénovation ou réalisation de salles de spectacles de plusieurs villes du Mali                
– les études du Jardin du Cinquantenaire.       

Très actif dans la vie associative, il était président de l’Association Urbanité Africaine. Il fut également directeur de publication de la Revue Villes d’Afrique. Co-auteur du guide culturel et touristique du Mali, aux éditions Cauris, il a publié en octobre 2009, un bel ouvrage intitulé « Promenade urbaine et architecturale dans le Mali des cités et des villages ».                

Sur le plan personnel et familial, nous garderons de lui l’image d’un fils aimant, prévenant et plein d’humanité. Il fut un mari attachant et un père très affectueux et attentif, soucieux de la réussite de ses enfants, tradition familiale oblige. A ce propos, permettez-moi, Monsieur le Président, de rapporter une anecdote assez significative de la nature de l’homme. Vous vous souviendrez que nous appartenons Ibrahima, d’autres et moi à un groupe de patriotes, que vous connaissez bien et qui ont conçu et diffusé un tract en 1974 à l’occasion du référendum constitutionnel du 2 juin. Nous avons été arrêtés le 8 juin 1974 et nous avons l’habitude de nous rassembler tous les ans à cette date, à la fois pour méditer sur cette arrestation et pour célébrer l’avènement de la IIIème République. Ainsi, le 8 juin 2009, les familles des compagnons se sont retrouvées et Hassimi, pour respecter cette tradition, est venu avec ses deux enfants qui avaient un examen le lendemain. Il a donc passé une bonne partie de la soirée à faire la navette entre l’espace des parents regroupés et une pièce où nous avions, à sa demande, installé les enfants pour réviser leurs leçons en vue de l’examen. Voilà qui était Hassimiyou ! Hassimiyou,  nous sommes nombreux, parents, amis et collègues à qui tu manqueras : nous saurons ne pas te pleurer, mais plutôt contribuer à faire en sorte que les deux enfants que tu laisses, Thierno Yaya et Oumar, sachent qui était leur père et ce à quoi ils doivent désormais aspirer.            

Dors en paix, fils bien aimé, du sommeil du juste, et que Le Tout Puissant t’accueille en son Paradis. Amen !

 Prononcés par Adama Samassékou, compagnon d’Ibrahima Ly

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