5e numéro de l’émission “au cœur de l’économie” : La relance du tourisme au cœur des débats

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“Quelle politique de relance du tourisme au Mali ?”. Voilà le thème débattu au cours du 5e numéro de l’émission “Au cœur de l’économie”, une coproduction de l’Ortm et de l’agence de communication Spirit, tenu au Musée national. Pour discuter de cette problématique, Sidiki Dembélé et Niania Alou Traoré (les  animateurs de l’émission) avaient pour invités Mme Cissé Fatimata Kouyaté (présidente de l’Association malienne des agences de voyage et de tourisme “Amavt”), Baga Samaké (président du Groupement des hôteliers du Mali), Modibo Macalou (Economiste-consultant) et Oumar Balla Touré (directeur général de l’Office malien du tourisme et de l’hôtellerie (Omatho).

Tous les invités étaient unanimes à reconnaître que la crise sécuritaire et la pandémie Covid-19 ont eu des conséquences drastiques sur le secteur du tourisme et de l’hôtellerie au Mali. “Avec la crise sécuritaire, il n’y a plus d’hôtel au Centre et au Nord du Mali. A Bamako, il n’y a même pas 5 % du taux d’occupation des hôtels. Depuis 2009 jusqu’à 2012, les hôtels ont commencé à avoir des problèmes. Beaucoup d’hôtels ont été fermés au Nord, au Centre et même à Bamako car les hôtels et des espaces sont visés par les terroristes et beaucoup ont été attaqués à Bamako. Avec le coup d’Etat de 2012, une grande partie du pays se trouvait dans la zone rouge selon les chancelleries. Ce qui a fait qu’il n’y avait pas de tourisme. Le secteur du tourisme est un secteur qui demande beaucoup d’argent pour l’entretenir. Avec 5 % de taux d’occupation des hôtels, comment les hôteliers vont entretenir les chambres, payer l’énergie, les impôts ? Ce qui fait que le secteur de l’hôtellerie se trouve dans une situation très difficile.”, a soutenu Baga Samaké, le président du Groupement des hôteliers. A ses dires, un hôtel fermé est un gâchis à cause des milliards d’investissements. Il a regretté le non paiement par l’Etat des totalités des factures du confinement dans les hôtels.

Modibo Mao Macalou : “Pour la 1ère fois, le Mali va connaître une croissance économique inférieure au taux de croissance démographique”

Modibo Mao Macalou (économiste-consultant) pense que le Mali vit une crise multiforme : politique, sécuritaire, social, économique, nutritionnelle, alimentaire. La pandémie de Covid-19 est venue compliquer les choses. A ses dires, le Mali, depuis la crise de 2012, va connaître pour la première fois en 2020, une croissance économique inférieure au taux de croissance démographique. “Ce qui veut dire que la population croît d’environ 3 % chaque année. Cela fait 25 ans que le Mali a une croissance économique d’environ 5 %. Cette année 2020, le Mali risque de ne pas croître. Et cela va engendrer beaucoup  de difficultés non seulement sur le plan économique mais aussi sur le plan social. […] Les jeunes et les femmes seront durement affectés par la crise socio sanitaire. Ce qui fait que la demande va cesser de croître, il y a moins d’activités, il y aura moins de revenus, il n’y aura pas de consommation”, a-t-il révélé. Sur le secteur du tourisme au Mali, Modibo Macalou dira qu’il est à l’arrêt. “Avec la crise sanitaire de la Covid-19, la fermeture des aéroports, il y aura un manque à gagner non quantifiable pour le secteur du tourisme qui est créateur de richesse au même titre que des investissements directs étrangers et les fonds de la diaspora”, a-t-il dit.

D’après lui, l’Etat qui est le premier vendeur et le premier acheteur se cherche aussi à cause de la crise car, a-t-il soutenu, quand les gens ne travaillent pas, on ne peut pas parler de paiement d’impôt.

D’après Oumar Balla Touré (directeur général de l’Office malien du tourisme et de l’hôtellerie (Omatho), tout le monde a été pris au dépourvu. “En 2017, le Mali était à 70 milliards Fcfa de recettes, de dépenses touristiques. Selon les projections, en 2020, nous devrions nous trouver avec plus de 200 milliards Fcfa de recettes. Mais nous sommes largement en dessous. Et les 118 milliards Fcfa sont les dernières informations communiquées par l’Organisation mondiale du tourisme”, a-t-il fourni.

Mme Cissé Fatimata Kouyaté : “Depuis 2012 le tourisme est totalement arrêté “

D’après Mme Cissé Fatoumata Kouyaté, les agences de voyages n’arrivent pas à s’adapter à la situation car les agences n’existent pas. “Avec la crise et la pandémie de Covid-19, les agences de voyages n’existent plus. Toutes les agences sont fermées. Les trois activités des agences sont aux arrêts. Il s’agit du tourisme réceptif, la billetterie et le pèlerinage. Avec la fermeture des frontières, il n’y a plus de vente de billets d’avions. Le tourisme est totalement arrêté depuis 2012. Les procédures fastidieuses du test de Covid-19 n’encouragent pas le voyage”, a-t-elle signalé.

Quelle politique de relance du tourisme ?

Sur cette question, le directeur général de l’Omatho pense que le Mali dispose de tous les ressorts nécessaires pour relancer le secteur. Pour que le secteur soit à l’abri des désagréments, le département oriente ses actions sur trois axes, à savoir, le tourisme local, le tourisme régional et la diaspora, a-t-il dit. “Lorsqu’une crise de telle envergure survient avec ses conséquences, il n’est pas facile de convaincre ceux qui sont loin du Mali parce que le message n’est pas audible. Malgré les actions de promotion du tourisme à l’international, le message reste moins audible. Les gens ne viennent pas à cause de l’insécurité”, a-t-il dit. Il a proposé de se rabattre sur le marché de proximité comme les pays de la sous région qui sont moins exposés à la campagne médiatique, moins sensibles à la situation d’insécurité qui est brandie ailleurs.

“Notre stratégie au niveau du département du Tourisme, c’est de faire en sorte que nous puissions travailler en collaboration avec les pays de la sous région pour offrir davantage des expériences de communication en participant à des salons et en organisant d’autres de promotion dans la sous région pour mieux vendre le Mali”, a-t-il indiqué. Il a révélé que le département est en train de travailler sur la clientèle domestique (tourisme local) qui, à ses dires, est l’avenir de demain, pour créer la consommation domestique. Parce que, a-t-il argumenté, “le Mali a été fortement dépendant du flux international. Le Malien a été toujours touriste. Mais ce tourisme local n’était pas bien organisé économiquement. Mais il y a trois facteurs de blocage pour ce tourisme local. Il s’agit des pesanteurs socioculturelles, le faible pouvoir d’achat des Maliens et le déficit d’information. Nous avons pensé qu’il faut agir sur le déficit d’information pour rehausser, amplifier les actions de sensibilisation, de promotion et aller à la rencontre du malien lambda, d’informer les potentialités touristiques du Mali. Notre objectif, c’est de pouvoir amener le public cible vers les différents sites touristiques maliens. C’est là que nous avons un avenir certain. Nous allons travailler sur le secteur du tourisme domestique et de la diaspora pour avoir une masse assez importante qui puisse nous permettre de faire tourner toutes les activités et services connexes en rapport avec le tourisme”.

Mme Cissé Fatimata Kouyaté a avancé que le premier bénéficiaire des activités touristiques est l’économie malienne et que son fil conducteur est représenté par les opérateurs touristiques dont la situation et l’avenir sont compromis. “Je suis désolée. L’activité touristique est aujourd’hui compromise à cause de l’insécurité. Et le jour où il y aura la sécurité, tout deviendra normal pour le secteur du tourisme. Sans cette sécurité, il n’y a pas de tourisme. Sans cette sécurité, nous pouvons faire la billetterie et le pèlerinage, mais à condition que la Covid-19 disparaisse. […] Cette année, à cause de la Covid-19, il n’y a pas eu de pèlerinage. Toutes les 400 agences sont restées sur le carreau. Avec cette situation, il est difficile de relancer le tourisme. Mais je suis optimiste. Nous devons faire les états généraux sur chaque segment du tourisme afin de relever le secteur”, a-t-elle souligné.

Par ailleurs, elle pense que le tourisme domestique a besoin d’une politique spéciale. Pour elle, il est difficile pour les agences de voyage de s’en sortir avec le tourisme national. “Le tourisme local est un produit que le Malien moyen ne peut pas s’offrir. Il faut du sponsoring de l’activité touristique. Et cela ne peut se faire sans une vraie concertation entre l’Administration du tourisme et le secteur privé. Le tourisme national ne peut concourir à faire en sorte que l’agence de voyage et les guides s’en sortent pour que l’Etat puisse gagner quelque chose. C’est impossible”, a-t-elle regretté.

Sur le plan de relance, Baga Samaké, le président du Groupement des hôteliers a laissé entendre qu’il est difficile de parler de tourisme réel sans politique réelle de développement et de vision du tourisme. “Au Mali, il n’y a pas de politique réelle de tourisme au niveau du Département. Les hôteliers sont prêts à accompagner l’Etat pour la relance du tourisme au Mali. Mais il faut le minimum de sécurisation du pays. Le problème, c’est qu’au Mali, pour le développement du secteur du tourisme, les professionnels du tourisme sont mis à l’écart, alors qu’il faut une synergie d’action entre l’Etat et les privés. La majorité des membres du Conseil supérieur du tourisme était des fonctionnaires. Comment peut-on parler du développement du tourisme avec les fonctionnaires qui ne sont pas des professionnels du secteur du tourisme ? Chaque ministre du département vient avec sa vision du tourisme. Il y a un problème à ce niveau. Il faut que les façons de voir les choses changent en mettant en place une politique réelle de développement du tourisme qui tiendra compte des stratégies, des visions avec la collaboration des acteurs professionnel réels du secteur de l’économie”, a-t-il proposé.

Pour la relance du secteur, Modibo Macalou propose de créer un cadre de concertation entre l’Etat et les professionnels du secteur en vue de prioriser les activités. “Comme le dit l’adage, il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va. Pour la relance du secteur du tourisme, il faut remettre les choses à plat. Dans toute crise, il y a une opportunité et il faut saisir cette opportunité pour voir les activités à prioriser parce que tout ne peut pas être fait. Le Mali est un pays vaste, enclavé, semi aride, entouré par 7 pays. La carte sécuritaire de l’Afrique de l’Ouest n’incite pas les gens à se déplacer au Mali. Le Mali est vulnérable, assujetti à des chocs exogènes. Avec la pandémie de Covid-19, il y a beaucoup de difficultés avec les mesures et les gestes barrières qui font que les gens ne peuvent pas se déplacer. Et quand les gens ne peuvent pas se déplacer, il y a des chocs qui ne peuvent être maîtrisés. Des actions doivent se faire de concert entre l’Etat les acteurs du tourisme. Il faut que les opérateurs du secteur du tourisme et l’Etat se donnent la main pour travailler de concert. C’est la seule manière pour pouvoir obtenir des stratégies, à court et à moyen terme”, a-t-il estimé.

Pour cette relance du tourisme, surtout domestique, le président des guides du Mali trouve que le paiement des chambres d’hôtel n’est pas à la portée du Malien moyen. Pour lui, ce sont les hôteliers qui bloquent le tourisme domestique. Il les a invités à réduire les tarifs des chambres pour que les Maliens puissent les payer. Le président des hôteliers a répondu que cela est difficile car la construction et le fonctionnement (électricité, impôt) d’un hôtel est un investissement qui coûte très cher et qu’il faut amortir. Pour lui, tous les Maliens ont leur compte dans un hôtel.

  Siaka DOUMBIA

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