Le Mali après soixante ans d’accession à la souveraineté nationale Le système et ses hommes ont lamentablement échoué.

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Le 22 septembre 1960, dans la ferveur et dans l’allégresse,le Mali accède à l’indépendance avec à sa tête le grand panafricain Modibo Keita, un mois après l’éclatement de la fédération du Mali. Les pères de l’indépendance, patriotes jusqu’à la moelle des os, ont gouverné le pays avec beaucoup de valeurs républicaines. Ils l’ont fait avec honneur, en dépit de toutes les difficultés inhérentes à l’établissement d’un jeune Etat. Ils l’ont fait en essayant de faire la promotion de certains droits fondamentaux supposés comme inaliénables ; droit à la vie, droit à la liberté et droit à la paix et à la sécurité. Ils ont implanté un Etat fort dans un pays désormais en route vers le sommet du développement, un pays qui suscitait respect, envie, admiration et crainte.

Malgré les moyens financiers, matériels et même humains très limités (il y’avait très peu d’intellectuels), les valeureux dirigeants allaient s’employer à développer certains secteurs vitaux à l’instar de l’éducation, de la santé, de la sécurité, de l’économie et de la culture qui allaient être glorieusement installés sur la voie de la modernisation au grand bonheur du citoyen malien qui bombait le torse de fierté et de confiance.

Le 19 novembre 1968, contre toute attente, cet élan patriotique est brisé par un coup d’Etat militaire dirigé par le lieutenant Moussa Traoré. Le pays est plongé dans une nouvelle ère qui allait durer le temps de toute une éternité : 23 ans. Les nouvelles autorités alternent le bon et le moins bon jusqu’au soir d’un certain 22 mars qui a vu pour la première fois, le sang du citoyen malien versé pour sauver un pouvoir devenu boulimique, liberticide et vorace. Mais, comme nous dit l’adage : « qui règne par les armes, périra par les armes » la colère du peuple gronda et emporta le pouvoir de Moussa Traoré.

Malgré toutes ces dérives notées, le pays parvenait, tant bien que mal, à sauvegarder une certaine image. Celle d’un pays assis sur un puissant commun vouloir de vie commune, ciment de notre belle nation.

Des résidus des cendres de la boucherie du 26 mars, émergea une démocratie balbutianteau Mali. Démocratie ! Le mot allait cristalliser les espoirs les plus fous. Mais tout de suite,il apparait comme des habits trop grands pour nos autorités qui s’en réclament à hue et à dia.Très vite, on allait découvrir avec dégoût et surprise une ignoble plaie au cœur de la République. Cette plaie puait lagabegie, le détournement, la surfacturation, des fonctionnaires milliardaireset l’arrogance. Comme si cela ne suffisait pas,on célèbre pompeusement et honteusement l’ère de la promotion de la médiocrité sur fond de clientélisme politique. La compétence, l’éthique, les principes et valeurs patriotiques et républicaines font place à la course effrénée vers le népotisme, le gain facile, rapide massif et sans cause, le luxe.

Le charismatique et historique journaliste Béchir Ben Yahmed, perplexe devant de tels faits qui allaient se généraliser en Afrique, s’écria sans jamais être entendu : Réécoutons sa prémonitoire complainte :« L’Afrique subsaharienne, 700 millions d’habitants, a jusqu’ici raté son développement économique et social parce que les gouvernements qui se sont succédés à la tête des pays qui la composent n’ont pas su éduquer et soigner leurs peuples pour les mettre utilement au travail.Héritiers de pouvoir colonial, de nations en constitution et de pays aux frontières arbitrairement tracées, ils n’ont pas pu maintenir à l’intérieur de leurs pays la cohésion nationale et la paix »

On aurait pu ajouter : ils ont ouvert la voie à des vampires qui sont venus sucer honteusement le sang du peuple. Le Mali ne dérogera pas, malheureusement, à cette triste règle.

Soixante ans après les indépendances, le Mali continue à nourrir des espoirs et est réduit à l’état de survie. Si on réveillait nos martyrs du 26 mars 1991,ils nous regarderaient dans les yeux pour nous dire : notre sacrifice a été vain tellement les résultats sont maigres et insignifiants. D’ailleurs ils auraient retrouvé exactement l’environnement de ce fameux 26 mars.

Et pourtant, jamais des régimes n’ont eu autant les mains libres avec des majorités mécaniques voire robotiques, des sociétés civiles embastillées et des oppositions persécutées. Ainsi, s’ils avaient des programmes pertinents, ils avaient eu le temps de les mettre en œuvre sans difficulté.

En effet, malgré la bravoure, la volonté et le professionnalisme de nos forces armées, force est de constater qu’aucune des régions du Mali n’est épargnée. Chaque jour ou presque connait son lot de victimes civile et militaire, d’enlèvements et d’assassinats. Des milliers de nos compatriotes ont été obligés de quitter leurs terres d’attache pour se réfugier ailleurs, des centaines ou des milliers d’écoles ont été fermées ou incendiées.

L’état s’est tellement affaibli ou inexistant dans certaines zones que ce sont les terroristes et les narcotrafiquants qui y font la loi. Dans ces mêmes zones, les activités économique et sociale sont devenues impossible ou fortement réduites. A cela s’ajoute le développement fulgurant d’une insécurité urbaine très meurtrière. Au lieu de chercher à faire face, ces régimes s’emploient à mettre en œuvre des gouvernements basés sur le clanisme, le népotisme, la gabegie, le favoritisme, la corruption et l’exclusion. L’administration, censée être un instrument neutre de réalisation de l’intérêt général, est malheureusement paralysée par sa politisation extrême.

S’agissant de l’éducation alors que le taux d’analphabétisme est l’un des plus élevés au monde et que les autres indicateurs sont tout autant mauvais, ces régimes ont conduit des politiques qui, de l’avis des maliens et des partenaires, ont détruit notre système éducatif.

Quant à la démocratie, pour laquelle les maliens se sont vaillamment battus, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même.Le peuple est déçu, trahit et trompé. Ils ont perverti le jeu démocratique, ils ont bâillonné une bonne partie de l’opinion publique, ils ont élevé l’intérêt familial et l’intérêt du clan en valeur suprême, ils ont institué et normalisé les passe-droits. La gestion du pays n’est pour ces régimes qu’un moyen pour arriver à leurs fins. Trop de pays sont toujours à la merci des satrapes dont l’unique objectif est de rester au pouvoir à vie. L’alternance doit être répétée ad vitam aeternam pour témoigner de l’encrage de la démocratie dans nos mentalités et nos mœurs. La justice, condition sine quo non de la paix sociale, de l’harmonie nationale et du développement, est sous ordres. L’interférence de la hiérarchie aux décisions de cette justice à géométrie variable est tellement manifeste que des citoyens n’hésitent plus à défier l’autorité de l’Etat.

Tel est le défi de notre peuple, surtout de sa jeunesse qui doit opérer le changement indispensable avec courage et lucidité. Cela exige une jeunesse travailleuse, responsable et exemplaire, consciente des enjeux du moment et connectée à la réalité du monde et de sa marche qui n’attend désormais personne.Une jeunesse décomplexée, ambitieuse pour freiner un système pernicieux et décadent, pour donner à notre peuple sa grandeur et sa fierté.Actuellement, des nouvelles voix s’élèvent pour réclamer la gestion des affaires publiques. Il est illusoire voire utopique de penser qu’on peut hériter ou assurer la gestion d’un pays juste parce qu’on est jeune. Notre problème est systémique. C’est un système inversé et inadapté à nos réalités. C’est aussi ça qu’il faut comprendre.Tout le rêve attendu nous est possible quand nous cesserons d’élire ceux et celles qui se servent du Mali.La situation actuelle du pays nous impose, désormais, rigueur et vigilance afin qu’aucune injustice ne vienne alourdir la charge émotionnelle de cette douloureuse tragédie collective.

Abdoulaye Maiga,

Etudiant, Citoyen malien

 Tel : (+223) 71134285

 E-mail : [email protected]

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3 COMMENTAIRES

  1. Que DIEU vous entende !
    Que DIEU maudisse tous ceux qui ne sont pas des patriotes !
    Que DIEU maudisse ces acteurs politiques malhonnêtes et assoiffés de pouvoir !
    Levez-vous et battez-vous pour sauver le Mali ” o ouvriers o ouvriers , amis soldats amis soldats , intellectuels intellectuels , jeunes et vieux , debout partout debout , la lutte est engagée ! O Mali , o ma patrie … ”
    Que DIEU sauve le Mali !!!

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