TRIBUNE : Ce qu’il faudrait pour donner de l’ampleur à l’Accord politique de gouvernance

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Le jeudi 2 mai 2019, le nouveau Premier ministre a présidé la cérémonie de signature de l’Accord politique de gouvernance entre le gouvernement représenté par lui-même d’une part et les groupements de partis politiques, les partis politiques d’autre part.

L’importance de cet accord résulte du fait qu’il définit une feuille de route qui engage toutes les parties. Cette feuille de route va être davantage étoffée par les conclusions du dialogue politique inclusif à venir. Ainsi chaque partie connait ses engagements et des mécanismes de suivi et d’évaluation sont prévus, dont la mise en place d’une commission ad hoc de suivi sous l’autorité du président de la République, qui en est le garant.

C’est dire que la pratique du “naviguer à vue” sera désormais bannie de notre système de gouvernance. L’obligation de rendre compte de leur gestion est également renforcée pour les décideurs.

Dans la pratique cependant, les premiers actes de la mise en œuvre de l’Accord politique ne sont pas rassurants pour l’opposition. En effet, sur un gouvernement large de 38 membres, l’opposition incarnée par le FDS n’en a obtenu que deux (2), le département des Affaires étrangères et celui du Dialogue social.

Ce dernier est même perçu par d’aucuns comme un poste piège, car canalisant toutes les frustrations socioprofessionnelles actuelles. Dieu seul sait s’il y en a. Mais n’ayons pas de doute, les capacités d’écoute et de négociation du titulaire du poste ainsi son degré d’engagement feront qu’il réussira pour l’honneur du FSD. Nous le lui souhaitons.

L’opposition sait également compter sur la sagesse et la clairvoyance du PR et du nouveau PM pour assurer l’équité dans le partage des responsabilités.

Une fois ce constat fait, il faut également reconnaitre que l’accompagnement de l’action gouvernementale ne nécessite pas la présence de tous dans l’équipe gouvernementale. Cet accompagnement peut se faire de plusieurs manières, par exemple dans la haute administration, dans les services déconcentrés, les services décentralisés, dans les Epa, Epic ou autres structures para étatiques, ou simplement dans les espaces de réflexion et de prospective.

Cette dernière forme de contribution, à savoir les espaces de réflexion et de prospective, suscite mon intérêt.
Afin de recueillir toutes les sensibilités politiques autour des questions prioritaires, il serait envisageable de créer des espaces de concertation autour des axes ci-après :
– Gouvernance politique ;
– Gouvernance économique et compétitivité ;
– Cohésion et inclusion sociales ;
– Eau, énergie et environnement ;
– Sciences, technologie et éducation ;
– Autosuffisance alimentaire, santé et nutrition ;
– Agriculture, pêche et élevage ;
– Culture, artisanat et tourisme.

Les groupes de travail qui seraient constitués ne seront pas en compétition avec l’action gouvernementale, car ils ne vont pas définir les politiques sectorielles, ni contribuer à leur mise en œuvre.

Les groupes de travail mèneraient une réflexion prospective pour nous projeter dans les décennies à venir. Leurs recommandations serviraient à l’élaboration des politiques de développement sectoriel.

Chaque groupe de travail comprendrait dix (10) membres au maximum, dont un spécialiste indépendant, qui prépare les documents techniques devant induire les discussions. Les autres membres seraient mis à disposition par les formations politiques parties à l’accord de gouvernance, en fonction de leur profil.

Ils seraient créés par le président de la République, et leur encadrement serait confié aux conseillers spéciaux du président de la République également en fonction de leur profil.

Celui-ci recevra la plénière de tous les groupes de travail une fois par an pour insuffler une nouvelle dynamique et donner de nouvelles orientations.

Les groupes de travail ne seraient pas des organes permanents. Ils se réuniraient une fois par trimestre pour des sessions n’excédant pas une semaine autour d’un agenda annuel préalablement convenu. Le reste du temps, ils vaquent à leurs occupations professionnelles.

Ils pourraient se réunir en session extraordinaire, à la demande du conseiller spécial et sur instruction du président de la République pour donner un avis sur une question ponctuelle.

Vous constaterez que la Défense, la Sécurité, la Justice et la Diplomatie ne sont pas concernées. C’est intentionnel, car elles relèvent du domaine réservé. En outre, excepté la Diplomatie, il existe un Conseil supérieur pour chacun des autres domaines cités.
En plus de représenter les différentes sensibilités politiques dans les choix stratégiques du pays, les groupes de travail vont pallier le déficit de capacités prospectives perceptible au Mali. Un pays ne se construit pas sans mener de réflexion prospective et sans se projeter en avant. Ce n’est pas en gérant l’urgent et le quotidien que l’on atteindra l’émergence.

L’autre avantage est qu’il y aura peu de bouleversements dans les choix stratégiques du pays quels que soient les changements puisque ces choix auront été définis en amont de manière inclusive et concertée.

A bon entendeur salut!
Cheick Sidi Diarra
[email protected]

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