Ouverture de lycées privés au Mali : De l’utile au désagréable!

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De nos jours, le nombre de la population malienne tourne entre treize et quatorze millions d’habitants, majoritairement jeune. Partant du souci majeur que tout développement national doit passer par l’éducation, le PRODEC a favorisé l’accès à l’éducation de base, qui s’est développé de manière continue portant le taux brut de scolarisation à plus de soixante dix pour cent. Cette initiative a abouti à la création de lycées privés au Mali. Quel en est l’état des lieux ?

 

Le PRODEC   a enregistré des résultats positifs et a connu aussi des difficultés. C’est avec la loi N°94-010/du 24 mars 1994 portant réorganisation de l’enseignement en République du Mali, que l’Etat pour relever le défi de l’éducation sous l’ère du président KONARE, a mis un accent particulier sur la décentralisation du système éducatif, avait d’où le slogan « chaque village, une école et chaque cercle, un lycée ». Pour satisfaire ce besoin, il fallait créer des établissements d’enseignement privé.

 

 

Dans la  foulée, la commune V de Bamako qui relève de l’Académie de la Rive Droite a enregistré la création d’établissements d’enseignement fondamental de tous les statuts ainsi que des établissements de l’enseignement secondaire général et de l’enseignement technique et professionnel. Du coup, Kalabancoura qui est l’un des quartiers les plus peuplés de cette commune et qui n’abritait pas de lycée public a émergé au dessus du lot avec le plus grand nombre de lycées privés, 26 au total

 

Prolifération ou augmentation ?

 

A Kalabancoura la création des lycées privés est due à un certain nombre de raisons, autant nombreuses que variées.

En effet, la commune V du District compte 52 établissements secondaires d’enseignement général avec seulement deux lycées publics: le Lycée Kankou Moussa et le Lycée Massa Makan Diabaté. Avec un tel handicap, force est d’admettre qu’au niveau de ces deux lycées les effectifs ne peuvent qu’être pléthoriques. Toute chose qui peut constituer un frein pour la bonne qualité de l’enseignement.

En effet, pour l’horizon 2015 la scolarisation de cent pour cent est un objectif primordial. Alors, afin de répondre à ce souci mondial, le gouvernement du Mali a élaboré une politique de promotion  de lycées privés.

 

D’un constat général, il ressort que la création de ces établissements  privés répond beaucoup plus à un souci financier. Cela étant, certains véreux opérateurs économiques  profitent donc de la faiblesse des textes régissant le domaine. Au fil du temps, ces lycées privés sont devenus une source de revenus importante pour les promoteurs malgré des difficultés qui constituent de véritables lianes pour le secteur.

En effet, ces lycées privés reçoivent de la part de l’Etat une aide budgétaire en guise de frais de scolarité des élèves étatiques (110.000F, par élève).

L’on sera tenté de faire une estimation sur la fortune que peuvent amasser ces promoteurs, ainsi, la conclusion renvoie à un but purement mercantile. Les raisons sont donc démographiques, politique et économique.

 

L’importance de ces établissements privés particulièrement à Kalabancoura est sans conteste significative. Leur situation géographique favorise les élèves. Aussi, ils permettent d’offrir des emplois aux jeunes diplômés d’une part et résolvent le problème des effectifs  pléthoriques dans les lycées publics d’autre part. L’apport des lycées privés dans le cadre de la scolarisation est considérable. Les statistiques sont édifiantes. En 2007-2008, le nombre de lycées privés déclarés au Mali était de 180 contre 43 lycées publics.

 

Le revers de la médaille ! 

Devant respecter les textes du législateur malien en vigueur, la gestion de ces établissements échappe souvent au contrôle de l’Inspection de l’Académie. Des acteurs de l’autorité scolaire évoquent d’énormes difficultés qui se résument entre autres au  manque de moyens pour assurer permanemment le contrôle, et la mauvaise volonté des agents de contrôle.

 

 En, réalité, si les établissements étaient inspectés régulièrement, il serait possible d’endiguer de nombreux manquements et même de fermer certains, qui ne sont pas dans les normes. Les maux qui minent le secteur sont connus de tous : recrutement anarchique des enseignants d’où leur instabilité, manque de structures d’accueil adéquates, mauvaises conditions d’apprentissage…

Pour éviter ces conséquences fâcheuses, il va falloir respecter un certain nombre de conditionnalités relatives à la promiscuité de certains lycées privés, sinon il ne serait pas étonnant de voir dans quelques années, un lycée dans chaque carré et dans ce cas précis l’insuffisance d’effectif deviendra une fatalité.

 

L’Etat, pour la bonne gestion de ce domaine doit durcir les critères de création des lycées privés, imposer la disponibilité des infrastructures et équipement matériel didactique indispensables à la formation. De son coté, les subventions doivent être payées à temps afin de permettre aux promoteurs de s’acquitter à temps auprès du personnel enseignants et administratif, ceci pour éviter les magouilles dans ces établissements. Toute école qui ne répond pas aux normes doit être fermée : dura lex sed lex (la loi est dure mais c’est la loi.)

Diakaria BERE

 

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