Faits divers : Un griot impertinent

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    Le griot en question est bien connu de tout le quartier non pas pour ses prouesses artistiques mais pour sa maladresse et son goût effréné pour l’argent. Il ne rate aucune occasion pour se faire de l’argent, de sorte que les populations du quartier de Kalanban commencent à en avoir marre de ce griot aux méthodes exagérées. Dans cette ambiance déjà chargée à son encontre, notre griot a commis la semaine dernière la gaffe de sa vie. Il est allé tout simplement jouer le “N’Goni” à un enterrement sous le regard stupéfait des parents et amis du défunt qui ont eu du mal à le déguerpir des lieux.
    Il était presque 15heures, l’on s’activait aux derniers réglages pour les obsèques du disparu quand soudain apparu au loin la silhouette de Kouyaté qui fonçait droit dans le cercle de la foule pour y prendre place. Jusque-là tout est normal car Kouyaté aussi est un habitant du quartier qui a le droit de participer à la vie sociale de son quartier au-delà des cérémonies pendant lesquelles il gagne de l’argent. Mais à peine assis, notre griot sort des dessous de son boubou un “N’Goni” (une guitare traditionnelle), personne n’a compris ce qui se passe y compris les voisins immédiats, donc tout le monde observait avec impatience la suite des événements. Aussitôt le griot qui était venu pour jouer ne tarde pas à entamer son boulot, il fait déchainer les mélodies sur fond de louanges aux Diarra dont il salue l’humanité et la dignité. Mais juste le temps de l’incompréhension et de l’étonnement dépassé, le griot ne tarde pas à comprendre la colère de la foule dont certains l’ont raté de coups de poings.
    C’est alors qu’intervient le patriarche des Diarra qui du haut de ses 80 ans a vite compris qu’il y avait forcement une explication, il calme les plus jeunes et demande au griot ce qui se passe. Celui-ci répond en ces termes : “Diarra, vous êtes mes “Diatigui”, donc il est tout a fait normal pour moi de venir participer aux festivités du baptême même si vous avez oublié de m’informer, je ne peux savoir qu’il ya baptême chez vous et ne pas venir…”
    Alors, le patriarche explique au griot qu’il s’est trompé, en fait il s’agit plutôt d’un décès, il poursuit : “En fait, nous venons de perdre un de nos frères, d’ailleurs tu le connais il s’agit de Bablen qui t’a souvent fait des cadeaux…”
    Alors, l’incident venait de se clore dans un silence gêné, le griot demanda la route pour déposer son instrument et revenir pour les obsèques.
    C’est dans une colère bleue que le griot arrive chez lui, il dépose son N’Goni et se mit à la recherche de Alou son jeune voisin qui, selon lui, l’avait induit en erreur en le disant que c’est un baptême qui était célébré en ce moment chez les Diarra. Aux dernières nouvelles, le griot continue toujours de rechercher Alou, en tout cas ceux qui l’ont vit assurent qu’il est bien en colère, alors imaginez s’il le retrouve. Depuis l’incident, il est strictement interdit d’aligner en même temps les mots : enterrement et N’Goni, alors s’il vous arrive à prononcer les deux mots ben même temps, ce combat est garanti.
    Youba KONATE

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    2 COMMENTAIRES

    1. Il s’agit là d’une erreur, elle est humaine l’erreur!Cela n’enlève en rien le rôle important qu’occupe le griot dans nos sociétés: organisation de cérémonies (hèrè ani hèrètana); ils ont le “tarik” de nos familles, ils font les démarches quand nous cherchons une femme à épouser; ils tranchent nos différends…Quelqu’un qui ne vient pas d’une “GRANDE” Famille ne peut pas respecter le “djely”et on ne peut point t’incriminer pour ça…Merci au patriarche Diarra qui a su corriger cette erreur sans en faire de frustré. 😉

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