ONDD et CREG publient leur rapport analytique et la feuille de route sur le travail de soins non énuméré au Mali

L’Observatoire National du Dividende Démographique (ONDD) avec l’appui technique et financier du Consortium Régional pour la Recherche en Économie Générationnelle (CREG), dans le cadre du Projet Counting Women's Work (CWW) ont organisé un atelier de dissémination des résultats et de présentation du projet de feuille de route sur le travail domestique non rémunéré et l’économie des soins au Mali , ce jeudi 28 août 2025 à l’hôtel Millennium de Bamako.
Ce qu’il faut pour l’'importance du travail de soins non rémunéré des femmes pour la croissance économique nationale et la réalisation d'un dividende démographique est de plus en plus reconnue. Pourtant, les macro-politiques nationales ne tiennent souvent pas compte de la charge économique et temporelle qui pèse sur les femmes et les jeunes filles, reflétant des normes sexospécifiques bien ancrées qui minimisent ou ignorent le temps consacré à l'économie des soins. Ce besoin est particulièrement marqué en Afrique francophone, où les pays doivent encore relever le défi de l’élaboration des politiques macroéconomiques et de protection sociale sensibles au genre dans la réalisation de l'Agenda 2063 de l'Union africaine, qui appelle à la pleine égalité des sexes dans toutes les sphères de la vie. C’est dans ce cadre que l’Observatoire national du Dividende démographique avec l’appui technique et financier du Consortium Régional pour la Recherche en Économie Générationnelle (CREG), dans le cadre du Projet Counting Women's Work (CWW) a élaboré un rapport sur le travail de soins non rémunéré sur la base des données EHCVM 2022. Pour mettre les acteurs au même niveau d’appropriation, l’ONDD et le CREG ont organisé cet présent atelier.
Pour le nouveau Directeur Général de l’Observatoire National du Dividende Démographique (ONDD) M Sibiry Traore , cet atelier de restitution était de partager les résultats avec les sectoriels, la Société civile et les Parlementaires, suivant une approche participative afin de créer un cadre de partage entre chercheurs, sectoriels sur les questions du travail de soins non rémunéré et l’économie de soins; de partager les enjeux de ces questions dans les politiques publiques ; en harmonisant les compréhensions sur les concepts de Travail de Soins Non Rémunéré et de l’Économie de soins ; de partager et discuter des résultats de l’étude et enfin poser le débat sur les arbitrages nécessaires pour une meilleure prise en compte de ces questions vitales au Mali en particulier.
En croire M Boureima Tangara , Conseiller Technique au Ministère de l'Urbanisme, de l'Habitat, des Domaines, de l'Aménagement de Territoire et de la Population, le concept de Travail de soins non rémunéré suscite le débat à tous les niveaux Il couvre à la fois les sphères publiques et privées. Il est fourni dans une variété de contextes, à la fois dans les économies formelles et informelles. Il constitue, donc, une composante importante d'opportunités d'emplois pour les femmes, les jeunes filles et toute la jeunesse dans son entièreté. Selon les chercheurs du domaine, le travail de soins non rémunéré se présente comme toute activité conduite au sein des ménages, par les membres du ménage, sans rémunération. Mais ce travail de soins non rémunéré n'est pas à confondre avec le travail des domestiques, qui est effectué contre une rémunération et est inclus dans les comptes économiques. Il s'agit bien entendu de ces tâches essentielles et souvent invisibles qui soutiennent nos familles et nos communautés et constituent une pierre angulaire au fonctionnement de notre société. Pourtant, sa contribution économique et sociale demeure largement sous-évaluée, voire ignorée. Nous avons tendances à négliger la grande participation de ces couches ignorées de notre société dans le calcul de la formation du PIB. Il est grand temps que ce concept soit traduit dans les différentes politiques publiques afin de réduire les inégalités liées au Genre.
Ledit rapport analytique a évalué la contribution, selon les âges, des hommes et des femmes dans la production et la consommation de temps de travail de soins non rémunéré au Mali. La méthodologie adoptée était relative à la construction des comptes nationaux de transferts de temps (NTTA), réalisée à partir des données de l'Enquête Harmonisée sur les Conditions de Vie des Ménages (EHCVM) Mali 2022. Les principaux résultats obtenus montrent des inégalités significatives dans la répartition du travail de soins non rémunéré au Mali, avec un impact majeur sur les femmes. On y note que les femmes consacrent beaucoup plus de temps que les hommes aux tâches domestiques, et ce, à tous les âges. Cet écart est particulièrement important entre 20 et 60 ans, période de vie familiale et professionnelle active. La valeur monétaire du travail de soins non rémunéré est considérable, représentant 29,4% du PIB total du Mali. Cependant, cette contribution est inégalement répartie, les femmes contribuant à hauteur de 23,9% du PIB contre seulement 5,5% pour les hommes.
Selon Dr Ousmane Maiga de l’ONDD dans sa présentation du rapport expliquera que les activités domestiques sont : Faire des achats au marché, chercher de l’eau ; Chercher du bois ; Faire la cuisine / vaisselle ; Faire la lessive / repassage ; Faire des travaux ménagers ; Garder des enfants, personnes âgées et malades et aider les enfants à réviser leurs leçons.
Entre autres, il dira qu’entre 0 et 15 ans, les enfants consomment plus de temps pour les soins non rémunérés (jusqu’à 15 h/semaine), qu’ils n’en produisent. À l’adolescence et au début de la vie adulte, la production féminine des soins domestiques non rémunéré, atteint 10 h/semaine dès 20 ans, et près de 20 h à 30 ans. Les hommes, en revanche, produisent peu (moins de 5 h/semaine), malgré une consommation comparable. Les femmes atteignent un pic de production de temps pour les soins non rémunéré d’environ 27 h/semaine autour de 35-40 ans. Les hommes restent à un niveau faible et stable (4-5 h/semaine), montrant une forte inégalité structurelle dans la charge domestique
Pour la valorisation monétaire : valeurs moyennes par âge de production et de consommation de temps domestique 2022 et de la valorisation du temps domestique : Production et consommation moyennes annuelles. Il ressort qu’entre 20 et 30 ans, la production agrégée des soins non rémunéré atteint un pic d’environ 80 à 85 millions de FCFA par an. Entre 35 et 60 ans, la production agrégée des femmes atteint environ (40 à 80 millions de FCFA). Les hommes, eux, maintiennent un niveau de production modeste (autour de 10–20 millions de FCFA) et restent consommateurs nets.
Dans ledit rapport, il est conclu que la non-reconnaissance du travail domestique non rémunéré fausse la lecture des dynamiques productives nationales. En n’intégrant pas cette contribution dans les comptes nationaux, le Mali sous-estime la richesse réelle produite au sein des ménages et limite sa capacité à concevoir des politiques publiques inclusives.
Face à ce constat, plusieurs orientations politiques s’imposent : Intégrer le travail domestique non rémunéré dans les indicateurs économiques nationaux, en développant des comptes satellites du travail domestique et en renforçant la collecte de données sur l’utilisation du temps ; Réduire la charge domestique pesant sur les femmes par des investissements ciblés dans les infrastructures et services publics : accès à l’eau potable, énergie domestique, crèches, services de soins à domicile ;Promouvoir un partage plus équitable des responsabilités domestiques à travers des campagnes nationales de sensibilisation et l’inclusion de cette dimension dans les politiques éducatives et de formation ; Renforcer l’autonomisation économique des femmes en améliorant leur accès aux ressources productives, à l’éducation, à la formation professionnelle et au crédit ;Protéger les enfants contre le travail domestique excessif afin de garantir leur scolarisation et leur développement.
Bokoum Abdoul Momini/maliweb.net
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