La mort de Kissima DOUKARA et de Tiékoro BAGAYOGO (suite) : Koulouba envoie l'escadron de la mort

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Après sa mission, le ”cuisinier” est arrivé sous la forme de l’adjudant chef Moussa Camara. La ”marinade” avait expédié Mamadou Lamine Sissoko, adjudant chef de son état au ciel ”dans un état piteux”, après avoir été enflé et crève au sens propre ”béribéri”. Il avait été suivi par Alassane Seck dont le corps avait laissé des traces de peaux collées sur la natte sur laquelle il est mort de maladie non soignée. Moussa Camara était venu pour les durs à cuire qui avaient refusé de mourir. La nouvelle corvée : le transport des briques du camp militaire au fort Niantao à 500 m. il fallait aller vite à l’aller et courir au retour avec la brique sur la tête de 6 heures à 18 heures avec une pause d’une heure à midi.

Un jour, très tôt le matin du 19 août 1983, Tiékoro vint trouver son codétenu, le capitaine (déchu) N’DYAYE pour lui dire qu’un soldat était venu le convoquer  de la part de l’adjudant chef Moussa Camara. Le même jour le matin, il avait dépêché une équipe de détenus pour aller chercher corps de Tiékoro au fort Niantao. Il était écrit que lui un Bagayogo, aurait sa dernière toilette par les mains d’un peul : Mamadou Bobo SOW et enterré par des prisonniers comme Abdoulaye Youssouf Maïga, Mahamadou DIARRA, Toumani SIDIBE, Nouhoum DIAWARA, Aliou TRAORE et Sougalo SAMAKE.

La conviction du capitaine Mamadou Belco N’Dyaye est que Tiékoro Bagayogo est mort par étouffement en effet, Abdoulaye Youssouf  Maïga est formel : son corps ne portait aucune trace visible.

Pendant ce temps, Kissima était totalement isolé des autres détenus dans une case où des soldats (quelle ironie, quelle incongruité dans l’armée malienne) se relayaient pour le torturer. Il était déjà un mort vivant mais chacun connaît cet homme qui avait ”l’âme plus dur que celle d’un chat” pour parler en langue local. On le torturait et il refusait de gémir, d’implorer la pitié moins encore de mourir. On utilisa alors (par exaspération peut-être ?) de passer par des moyens infaillibles, car Koulouba l’exigeait.

Le matin du 15 septembre 1983, le capitaine Mamadou Belco N’DYAYE a vu l’eternel maigrissions dans sa case. Mais vers 9h on fit appel à lui et à un groupe de détenus au fort Niantao. Ils sont venus trouver le corps sans vie du soldat le plus respecté par les Maliens (sans faire impure à d’autres, tout aussi valeureux). Ils l’on transporté en ….. Brouette, oui en brouette !, à sa case en attendant de lui creuser une tombe de fortune : le sol de Taoudéni est trop dur et il est impossible, surtout pour des loques humaines de creuser une tombe qui correspond aux normes. Kissima fut enterré les jambes repliées. Mais il a été lavé proprement et mis dans un linceul neuf.

Ainsi finit le lieutenant colonel Kissima DOUKARA qui aurait apprécié, c’est sûr d’être fusillé en soldat propre et droit. La mission de Moussa Camara était terminée, il pouvait rentrer, lui et sa bande, à Bamako content et satisfait. Surtout qu’avant de regagner la capitale, il alla faire le ”soujond”  sur la tombe d’un soi disant saint arabe.

Modibo Kéïta était mû par l’idéologie, une idéologie qui préconisait de détruire sans hésiter et sans pitié tout ce qui existait pour construire le socialisme. La violation planifiée qui en résulte se comprenait à l’aune de cette vue qui décide que la fin justifiait les moyens. Mais pourquoi cette méchanceté et cette volonté de détruire doucement et d’humilier un autre homme, un compatriote ? On peut tuer quelqu’un dans l’injustice mais dans la dignité, sans l’humilier et déshumaniser.

Diby SILAS était le chef direct de Jean Bolon qui a présidé l’exécution de Fily Dabo Sissoko et ses compagnons. Sous le régime militaire, il sera arrêté à son tour, torturé et mis à mort dans des conditions atroces. Il a fallu du temps pour que l’ère Cmln puis Udpm rompe avec la violence bête qui tue la crème de la nation dans la méchanceté, la honte et la deshumanisation totale. 

Cependant, ce régime va finir par éclater en lambeaux à la suite d’un tourbillon de violence inégalée avant. Cette fois-ci, c’est dans la rue que des Maliens ont versé le sang innocent d’autres Maliens.

Il parait que si le rythme de battements du tam-tam devient trop frénétique, cela signifie bientôt sa fin ou son déchirement (proverbe bambara). Avec l’apocalypse de 1991, le tam-tam de la violence et du viol des droits de l’Homme ne va pas se déchirer.  Non, il marque une pause avant de redémarrer en changeant de notes de musique. Alpha Oumar KONARE ne s’est pas montré le contraire de ses prédécesseurs. Les temps avaient changé, il joua sa partition, de sans pitié pour ceux qu’il considérait comme une menace pour son pouvoir (comme Modibo et Moussa !) en adaptant les mélodies à la nouvelle donne. Avec lui aussi c’est le film ”pas de pitié pour les salopards (les adversaires politiques).

Amadou Tall

 

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