La guerre de l’Ukraine, une mini-guerre mondiale ?: L’«Essence» de la Première Guerre mondiale

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Au-delà de l’image des faits historiques, de l’image du monde humain, il faut se poser la question: «qu’est-ce que l’histoire ?». Oswald Spengler, dans son essai «Le déclin de l’Occident», a écrit: «La nouvelle image historique nous oblige à admettre l’existence de faits de premier ordre, qui se succèdent en grandes séries, et dont nous ne saurons jamais rien au sens scientifique du mot.

Il nous faut apprendre à compter sans limite avec l’inconnu. En second lieu, l’existence des vérités est pour l’esprit, les faits n’existent que par rapport à la vie. L’histoire scientifique, ou selon ma terminologie, le tact physionomique, c’est le décret du sang, la connaissance des hommes, élargie et étendue au passé et à l’avenir, le coup d’œil inné, pour les personnes et les situations, pour ce qui était événement réel, pour ce qui était nécessaire, pour ce qui a dû exister, et non la simple critique scientifique et la connaissance des dates. […] Parce que la puissance de l’être faustien a développé aujourd’hui une foule d’expériences intérieures, qu’aucun autre homme d’aucun autre temps n’a jamais pu acquérir ; parce que nous attachons, dans une mesure toujours croissante, aux événements les plus lointains un sens et un rapport qu’ils ne pouvaient pas avoir pour tous, ni même pour ceux qui les ont subis : voilà précisément pourquoi aujourd’hui, pour nous, beaucoup de choses sont historiques, c’est-à-dire vie en harmonie avec notre vie, qui ne l’étaient pas encore il y a un siècle».

Ces mots ont paru en 1922, et que dirons-nous des sombres moments de l’histoire qui, ensuite, se sont succédé, après la parution de son livre ? Aujourd’hui, pratiquement un siècle nous sépare de ses idées «méditées» et dans un certain sens «prophétique». Et aujourd’hui, un siècle plus tard débouche la guerre en Ukraine.

Spengler ne reprend-il pas seulement les grandes idées que l’homme a sur les civilisations passées. Grandeur et décadence qui ont longtemps marqué l’Histoire de l’Humanité. Grandeur et décadence de l’Egypte pharaonique, de la Perse antique, de Rome, de Byzance, de la civilisation islamique, chinoise…

Mais comment ne pas ressentir ces images sinistres de l’époque, du Premier conflit mondial avec son cortège de destructions et de morts dans tous les pays d’Europe et outre-mer. Des horreurs inimaginables que les Européens auxquels se sont joints les Américains ont connues durant la Grande Guerre ; y compris des indigènes et arabes d’Afrique. Comment ne pas ressentir ce doute quand l’auteur constate ce qu’il en a résulté du Premier conflit mondial de la civilisation européenne ? Ne sont-elles pas très humaines ces méditations sur l’histoire de la civilisation européenne ? Et jusqu’où va cette vérité de déclin pensée par Spengler ? Est-elle vraie cette idée de déclin ? Et encore aujourd’hui, on parle de déclin de l’Occident. Peut-on parler de déclin dans le sens de décadence de l’Occident, si on ne s’interroge sur l’«essence» même de l’histoire de l’humanité, a fortiori aujourd’hui qu’un siècle est passé. Et que les esprits, nonobstant les accidents de l’histoire, normalement sont apaisés sur l’histoire et le devenir du monde.

Que ce qu’on dit de la «vieille Europe» n’est pas du tout ce que l’on croit, que ses avancées scientifiques et démocratiques restent toujours un phare pour les pays en développement comme pour les pays émergents. Y compris pour les «Nouveaux mondes avancés» – le Canada, l’Australie, les États-Unis – qui doivent à l’Europe leur existence.

Y compris pour le monde asiatique et du monde de l’islam dont les peuples ont les yeux rivés sur l’Occident. Les peuples musulmans, par exemple, y voient les droits de l’homme dans ces pays avancés qu’ils ne voient pas ou faiblement chez eux. Y compris en Chine et ailleurs.

Pour comprendre cela, il faut connaître et surtout comprendre l’histoire dans son essence, et l’histoire reste toujours à «connaître» ; elle est sans fin à méditer.

1. L’incroyable aveuglement des Alliés. Une «finalité» des finalités de puissance des puissances

Le Premier conflit mondial a vu des pays et des économies d’Europe en ruine où tout n’était pas réglé pour reconstruire. Pourquoi la «Grande Guerre» ? Nous n’entrons pas dans le sujet, l’explication pourra d’une certaine façon être déduite par les relations de causes à effets entre ce qui a été et ce qui a suivi à la fin de la guerre.

En 1918, après l’armistice, l’Allemagne devait payer les réparations de guerres (traité de Versailles, juin 1919) aux vainqueurs comme la France a payé les siennes après le conflit armé de 1870. Ce qui en apparence n’était qu’une équité puisqu’un précédent a existé. Mais à travers la victoire des Alliés, et la France victorieuse, le «jacobin» Clemenceau n’a pas compris ce qu’il ne pouvait comprendre que l’histoire était en marche ; que la situation en 1870 et 1918 n’était pas la même. D’abord, la guerre en 1870 n’était qu’entre la France et l’Allemagne, alors que la Première Guerre mondiale était internationale. L’Allemagne n’a été vaincue que parce que les États-Unis étaient entrés dans le conflit en avril 1917, au côté des Alliés, surtout que la révolution a éclaté en Russie en février 1917 et le tsar Nicolas II a abdiqué en mars 1917.

La révolte populaire et l’insurrection qui a suivi en Russie ont probablement joué aussi dans l’entrée en guerre des États-Unis ; sans la puissance américaine, il était probable que la situation aurait évolué autrement.

Donc, l’appui des États-Unis d’Amérique a été décisif, ce qui sauva la France et l’Angleterre au moment de la débâcle russe où le régime tsariste affaibli par la guerre, emporté par la révolution bolchevique russe, libéra le front Est, ce qui permit aux Allemands de porter toutes leurs forces vers le front occidental. Le sort balançait donc du côté des «centraux».

Etrangeté de l’histoire, l’implication des États-Unis en Europe survint l’année même où la révolution bolchevique va avoir un double impact sur l’humanité. D’abord, signifier un «péril rouge» pour les puissances coloniales occidentales et de l’autre, offrir une «lucarne», un «phare pour la liberté» pour les peuples occidentaux transformés en chair à canon et les centaines de millions d’êtres humains sans droits, colonisés ou sous protectorat, d’Afrique et d’Asie.

Aussi, peut-on dire que l’«Essence» de l’Histoire a parlé en ce tournant de la guerre, année 1917 qui va voir deux «entités», deux grandes puissances l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et les États-Unis influer sur l’histoire avant même leur couronnement en 1945.

Si Georges Clemenceau réussit à imposer l’unité de commandement par un maréchal français, en l’occurrence le maréchal Foch, et à récupérer l’Alsace-Lorraine, son slogan «l’Allemagne doit payer, réparer, restituer» aura-t-il été une erreur ? On sait très bien que l’Allemagne n’a pas été vaincue par la France mais par une coalition de puissances, ce qui est différent. D’autre part, la situation économique et politique de l’Allemagne était tout aussi désastreuse que la France. Une économie en grande partie tournée vers la guerre, et avec la défaite, les «réparations» allemandes apparaissaient de plus en plus illusoires. Pour payer, l’Allemagne devait posséder un excédent commercial ; ce qui n’était pas le cas, puisque l’Allemagne au même titre que la France avait besoin de capitaux pour se reconstruire et relancer son économie longtemps affectée à la guerre.

La Première Guerre mondiale n’a rien à voir avec la guerre de 1870 qui n’a duré que quelque trois mois et la France a payé rubis sur l’ongle ses réparations. Qui plus est, la France était très riche par ses excédents commerciaux et ses richesses issues des formidables possessions outre-mer, en Afrique, en Asie et dans les îles du Pacifique. Alors que l’Allemagne, une économie en déroute, des possessions coloniales confisquées, l’Alsace-Lorraine retournée à la France et le bassin de la Sarre occupé pour quinze ans. Libéré de l’Allemagne, la France peut occuper la Syrie, et l’Angleterre la Palestine et la Mésopotamie.

Mais l’écueil que fut l’Allemagne a-t-il été annihilé pour autant ? Les coudées franches obtenues par la France et l’Angleterre sur les pays du reste du monde ont-elles été acquises ? Ont-elles façonné l’Europe pour «une paix juste et durable» ? N’ont-elles pas donné non seulement à l’Allemagne de légitimes motifs de mécontentement mais avec la crise politique, économique et sociale, la défaite et l’incroyable aveuglement des Alliés dans l’acceptation des clauses du traité de Versailles surtout des réparations mais amener le pays le plus puissant d’Europe à tanguer entre le «social-communisme» (spartakisme et communisme) et le «national-socialisme» (nazisme). Deux mouvements qui ne sont que la réponse de l’aveuglement de puissances dans leurs ambitions de domination. Mais là, force de dire que rien ne vient sans cause ; ni le spartakisme, ni le communisme, ni le national-socialisme n’était une fatalité ni pour le peuple allemand ni pour les peuples d’Europe ? En réalité, l’histoire était en marche ; il y avait une «finalité» dans les finalités que visait chaque puissance dans ce conflit devenu malgré eux mondial.

2. L’Allemagne comme la France ne sont-elles pas toutes deux victimes de leur histoire, de leurs puissances ?

Comment comprendre ce champ illusoire des réalités pour la France comme pour l’Allemagne ? Il était évident que le traité de Versailles manquait d’équité envers la puissance vaincue. Mais la France était confrontée à une grave crise financière. Clemenceau qui cherchait à laver l’affront de 1870, et en homme intransigeant comme il était décrit, voulut faire payer l’Allemagne. Les États-Unis et l’Angleterre avaient dès 1919 suspendu leur aide de guerre à la France qui était terriblement endettée envers l’Amérique pour ses emprunts de guerre. La France n’avait d’alternatives qu’«exécuter à la lettre le traité de Versailles».

Mais comment pourrait rembourser une Allemagne acculée et déjà en faillite ? L’occupation de la Ruhr, pour non-paiement, en janvier 1923, sous Poincaré, allait-elle régler les choses ? N’allait-elle pas précipiter les événements ? Si cette décision isola la France sur le plan international, en Allemagne, la situation va revêtir une allure catastrophique. Quelle sera la réponse du gouvernement allemand ? L’Allemagne avait déjà connu, durant le premier conflit mondial, une forte hausse des prix liée à l’excès d’émission monétaire, aux pénuries, ce qui était valable pour tous les autres pays d’Europe en guerre. Et même après la fin de la guerre, vu la grave crise politique, économique et sociale, l’inflation s’est accentuée. Après l’occupation de la Ruhr, la riposte allemande ne se fait pas attendre, elle prend la forme d’une grève générale soutenue par le patronat et l’Etat. Mais c’est surtout la riposte monétaire de la jeune république de Weimar qui va mettre le feu aux poudres, elle n’aura pas de solution de sortie que le recours aux émissions monétaires pour financer les réparations et l’économie allemande.

Ce recours monétaire se traduisit en une formidable «hyperinflation». Les prix des denrées ont augmenté de façon incroyable, l’indice des prix était multiplié par plus d’un milliard. Le dollar qui s’échangeait contre 7.200 marks en janvier valait 130 milliards en novembre 1923. Les États-Unis et la Grande-Bretagne, devant cette situation, étaient «sommés» de prendre toutes les mesures économiques et financières urgentes pour sauver l’Allemagne de ce péril qui était bien plus grand que ne le seraient les réparations de guerre envers la France.

L’Allemagne présentait tous les risques avec la montée en puissance du parti communiste KPD de passer sous régime communiste. On comprend avec une Allemagne communiste et une Russie qui l’est déjà, le «feu communiste» va prendre sur toute l’Europe. Que seront alors la Grande-Bretagne et l’Amérique ?

En octobre 1923, une monnaie provisoire, le Rente mark, garantie par une hypothèque générale sur l’agriculture, l’industrie et le commerce allemand, fut créée. Et un plan américain Dawes fut adopté en 1924 et qui a permis à l’Allemagne de lancer des emprunts sur les marchés internationaux – qui étaient, en réalité, pour l’essentiel américain et anglais –, et créer une nouvelle devise, le Reichsmark (RM), sur la base de 4,20 RM pour un dollar. Une partie de cette aide à l’Allemagne a permis de payer une partie des montants de réparations de guerre à la France.

Que peut-on dire de cette séquence de l’histoire entre 1923 et 1924 ? Certes la France et ses gouvernants, confrontés aux problèmes économiques et sociaux de leur population, ne pouvaient faire autrement que d’exiger le remboursement intégral des réparations à l’Allemagne. Si la France se donnait le rôle de victime, de juge et de gendarme, que dirait-on de l’Allemagne ? N’est-elle pas aussi victime de son élite qui l’a mené sans clairvoyance des conséquences qui ont résulté de la guerre ? Une guerre extrêmement destructrice et meurtrière non seulement durant la guerre mais après la guerre, quand on constate que la jeune république de Weimar vivait pratiquement une situation insurrectionnelle qui ne dit pas son nom. Tout le monde était armé en Allemagne ; partout des milices se sont constituées avec la défaite allemande.

L’Allemagne comme la France ne sont-elles pas toutes deux victimes de leur histoire, de leurs puissances ? Il faut le dire : «quel intérêt est d’être une puissance si cette puissance est destinée à succomber par la puissance ?». Une vraie question de fond. Où est l’honneur patriotique, l’honneur national ? Si le peuple doit se défendre contre soi-même, contre ses élites qui, en manque d’ambition, cherchent leur «ambition propre qui est virtuelle parce qu’elle est personnelle et non collective» (qui n’existe pas), et surtout qu’elle est autodestructrice en envahissant d’autres Etats pour le seul objectif de dominer l’autre.

Pour le seul objectif d’asseoir sa race, ou son ethnie, parce que les pays européens sont différents de langues et un tant soit peu en religion. N’est-ce pas incompréhensible telles visions à l’époque surtout entre des puissances européennes dites «avancées» ? Et leurs peuples pris en otage, sommés de faire la guerre, devenus simple matière à faire la guerre, simple «chair à canon» pour les «élites politiques européennes censées être éclairées».

3. Comment comprendre l’arrivée d’un inconnu, Hitler, venu bouleverser «peuples et élites éclairés» ?

On a tant écrit sur Hitler, sur la crise de 1929, sur la guerre 1939-1945, et certainement on continuera d’écrire car ce sont des événements qui ont été une charnière dans l’histoire de l’humanité. Ils ont été vécus comme de véritables cataclysmes pour l’humanité ; mais force de dire par leur avènement, qu’ils s’inscrivent dans les «Lois de l’Histoire». Et qu’est-ce que les «Lois de l’histoire» dont on sait peu de choses sinon qu’elles accompagnent l’humain. Hegel aurait dit qu’il y a un «Esprit du monde» dans l’Histoire, et celle-ci n’est que le «Tribunal de la Raison» qui règne dans l’Histoire de l’humanité. Alors comment comprendre qu’un homme inconnu sur la scène de l’histoire, Hitler, allait changer le cours de l’histoire.

Sa trajectoire n’a pas d’équivalent ni dans l’histoire allemande ni dans l’histoire de l’humanité. Comment un homme dont on dit un raté scolaire allait changer le monde ? Les convictions désormais n’étaient-elles pas déjà entamées après le sortir du Premier conflit mondial ? Comment un simple soldat dont le courage lui vaut la croix de fer de première classe et qui ne dépasse pas le grade de caporal à la fin de la guerre, cherchera, cinq ans plus tard, à renverser le gouvernement bavarois, le 8 novembre 1923. Un prodige ? Cela nous fait rappeler les putschs dans les républiques bananières en Afrique ou en Amérique du Sud où un sergent prend le pouvoir.

Est-ce seulement imaginable, possible dans un pays aussi puissant que fut l’Allemagne ? Un pays avancé sur tous les plans ? Culturellement (Goethe, Wagner, Kant, Hegel, Schiller…), scientifiquement (Planck, Bore, Clausius, Heisenberg, Schrödinger…), technologiquement, voir seulement les réalisations de son industrie, une des plus puissantes du monde. Cela va contre la raison même, et Hitler a existé. Comment ce monde allemand est tombé sous l’envoûtement qu’il a su opérer sur les masses avec une facilité inouïe sous l’empire d’un homme qui eut pour en tout et pour tout qu’une voix métallique capable de subjuguer les foules, qu’une conviction tout autant métallique – il invoque Dieu dans ses discours comme s’il détenait la «vérité du monde» –, qu’une volonté d’acier pour arriver à ses fins ? Peut-on croire que ce sont ces qualités qui lui ont fait gravir en quelques années les échelons pour qu’il soit appelé par Hindenburg à devenir «Chancelier du Reich», le 30 janvier 1933. Et juste après le «Führer» de l’Allemagne, et adoré par toute l’Allemagne. Est-ce possible ce «prodige» et ce qu’il allait advenir ensuite pour l’humanité ?

Il est évident qu’il y a des forces à la fois politiques, humaines, souterraines et surtout métaphysiques qui ont permis l’ascension d’un homme qui va changer le cours de l’histoire de l’humanité. Et effectivement le monde a changé après 1945 de fond en comble. Tout le système mondial qui régissait les relations internationales a disparu ; c’est un monde complètement nouveau qui est sorti après 1945. Et donc, sans ces forces qui étaient déjà en marche à la veille même du Premier conflit mondial, Hitler n’aurait pas existé ce pourquoi il devait être dans la marche de l’histoire qui était en train de refermer une page de l’histoire.

4. La guerre en Ukraine, en 2022, une mini-guerre mondiale d’un genre nouveau ?

Si on regarde la Première Guerre mondiale au XXe siècle et ce qui se passe aujourd’hui avec la guerre en Ukraine en 2022, en ce début de XXIe siècle, il existe beaucoup de ressemblances entre les deux conflits. Le seul facteur qui dissuade, et il est central, sans recours, sinon à s’autodétruire dans les heures qui suivent ou au plus tard quelques jours, c’est, on le sait, les arsenaux nucléaires disséminés un peu partout dans le monde. Une épée de Damoclès qui pèse sur le monde.

L’Occident tout entier est aujourd’hui dans une certaine façon sous la menace de la Russie ; sur plusieurs fronts, militaire et surtout sur le plan économique, financier et monétaire. La Russie a commencé à internationaliser sa monnaie nationale, le rouble russe ; les pays d’Europe ont beaucoup perdu de l’euro qui était la monnaie de facturation de leurs importations de pétrole et de gaz de Russie.

Les liquidités monétaires en euros injectées pour financer les importations pétrolières de Russie ne tenaient qu’à la Banque centrale européenne d’émettre. Or, depuis l’invasion de l’Ukraine, en février 2022, et les sanctions occidentales prises à son encontre, la Russie a exigé que les pays d’Europe règlent leurs importations de pétrole et de gaz en rouble. Depuis, l’euro ne finit pas de se déprécier face au dollar, il est aujourd’hui à parité avec le dollar.

Avec la hausse des prix énergétiques, et le pétrole et le gaz qui sont réglés en dollars US, c’est un véritable coup de massue qui est en train de s’abattre sur l’économie européenne puisqu’elle est en train de perdre sur le plan financier et monétaire ; elle ne peut plus régler ses importations pétrolières et gazières en euro. Une perte considérable pour l’économie européenne de son «pouvoir de seigneuriage» sur le monde, et les conséquences vont s’aggraver pour l’avenir de l’Europe.

Ce qui est à comprendre, c’est que face à la dépréciation de l’euro vis-à-vis des autres monnaies internationales et donc au dollar, la poussée inflationniste qui risque de se poursuivre, la BCE se trouve dans une position très délicate ; elle sera obligée de recourir massivement à la création monétaire, des liquidités en euros créées ex nihilo, pour financer les 19 États-membres de la zone euro ; et donc faire tourner la planche à billets pour répondre aux coûts élevés des importations du pétrole et du gaz de la zone euro, compte tenu des fortes hausses du prix du pétrole et du gaz depuis la reprise économique en 2021, et surtout depuis la guerre en Ukraine ; le prix du baril de pétrole a dépassé les 120 dollars, aujourd’hui, le prix oscille autour de 100 dollars. Quant au prix du gaz, il s’est envolé de plus de 100% en mars 2022 ; aujourd’hui, le prix du gaz, bien qu’il ait baissé reste toujours élevé, il évolue autour de 1.700 dollars les 1.000 mètres cubes de gaz.

Une situation qui impactera à la hausse la dette publique des États de la zone euro avec un grand risque de stagnation ou même de récession pour l’économie européenne, en 2022 et 2023. Tous les facteurs récessifs s’accumulent, l’impact des sanctions internationales contre la Russie qui touche les économies européennes, l’aide massive militaire et financière octroyée à l’Ukraine et les coûts qui en découlent pour les pays d’Europe, les achats de roubles russes et dollars US par les euros sur les marchés monétaires. Tous ces facteurs influent négativement sur l’économie européenne ; la dépréciation de l’euro qui va se poursuivre et la dette publique en hausse se traduiront par l’appauvrissement des populations européennes, ce qui augmentera l’instabilité sociale, voire même des crises politiques graves, entraînant des changements de gouvernements.

Tout dans la guerre en Ukraine fait ressortir qu’une mini-guerre mondiale est en train de s’opérer. Qu’adviendra-t-il de cette guerre ? Une remise en cause de la puissance occidentale comme cela a été le cas avec les empires coloniaux européens après 1918 et 1945 ? Une remise en cause du système monétaire occidental ? Le dollar et l’euro perdront-ils leur prééminence sur les autres monnaies mondiales, le renminbi chinois déjà internationalisé depuis 2016 – il fait partie du DTS (droit de tirages spéciaux), un actif international émis par le FMI – et le rouble qui est en ascension. Un nouvel équilibre mondial entre l’Occident et les nouvelles nations industrialisées est en train de se projeter ?

Il est clair que la fin de la guerre en Ukraine va provoquer des bouleversements mondiaux, qui remettront inévitablement en cause le leadership occidental sur le monde. Comme l’histoire le témoigne, les peuples évoluent, l’humanité évolue, tout leadership d’une puissance ou de puissances sur le monde n’a qu’une durée limitée dans le temps de l’histoire. Ce qui explique tous les efforts occidentaux pour contrer la Russie, sauf que les ambitions des élites occidentales pour arrêter l’histoire à leurs intérêts propres ne fonctionneront pas, bien au contraire, ils vont catalyser l’histoire pour la faire avancer vers sa finalité qui est déjà tracée par l’«Essence» qui fait le monde.

*Auteur et chercheur spécialisé en Economie mondiale – Relations internationales et Prospective

SOURCE: http://www.lequotidien-oran.com/

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1 commentaire

  1. L’OTAN le SATAN a voulu de cette guerre et il a échoue car l’Ukraine est completement aa 25% colonisée maintenant. Si les Européens et les Occidentaux veulent la paix dans le monde alors ils doivent tres vite abandonner l’OTAN sinon nous allons continuer a avoir des guerres partout dans le monde car l’OTAN est un instrument agressif, de suppression et d’imperialisme!

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