NIGER : l’espoir d’un tournant salutaire pour le pays.

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Moins de trois mois après son investiture, le Président Bazoum Mohamed laisse transparaître des signes d’une volonté ferme de faire évoluer les pratiques politiques vers une meilleure gouvernance au Niger.

Les Nigériens ont très tôt remarqué les différences de style d’avec son prédécesseur notamment en optant pour un protocole moins lourd, caractérisé par une humilité et une sobriété qui tranchent avec les habitudes des dernières années. Au-delà de leur impact sur les finances publiques, ces premiers signes, quoi que symboliques, marquent une volonté affichée de mettre un terme à des pratiques inutiles, dispendieuses et en décalage avec la situation économique d’un pays dont la population peine à faire face à ses besoins les plus élémentaires. Cette tendance serait confirmée par l’intention qu’aurait le Président Bazoum de supprimer certains postes dans l’administration dont l’utilité n’est pas avérée. Il est aussi question de la réduction du phénomène de prolifération des conseillers et autres chargés de mission, devenu largement contre-productif. La distribution excessive de subsides ne correspondant à aucune activité ou service était devenue trop lourde pour les finances publiques et engendrait un malaise compréhensible quand parallèlement certains fonctionnaires de l’Etat bataillent à joindre les deux bouts et que le pays atteint un niveau d’endettement très préoccupant.

Des Nigériens, y compris parmi les opposants, semblent être séduits par cette orientation du Pouvoir qui fait naitre l’espoir d’une redynamisation du processus démocratique et d’une gestion plus réaliste de la chose publique.

Afin de conduire de réelles réformes, le Président Bazoum devra faire preuve d’imagination pour éviter les foudres de ses adversaires et de tous ceux qui pourraient se sentir menacés ou lésés par cette nouvelle politique. Il aura sans doute besoin d’asseoir davantage son pouvoir, de s’affranchir des habitudes partisanes et de réduire la pression politique sur le quotidien des Nigériens. En effet, les régimes successifs ont laissé s’installer des pratiques clientélistes préjudiciables à l’émergence d’une culture politique saine et constructive pouvant consolider le processus démocratique en cours. En outre, ces pratiques sont dommageables à la cohésion des territoires et aux équilibres qui assurent leur stabilité politique.

Le Président Bazoum a certes été élu sur la promesse de consolider les acquis des deux mandats de son prédécesseur Issoufou Mahamadou et de faire avancer le pays en les capitalisant, toutefois, cet engagement n’exclut en rien l’adoption d’une stratégie et la mise en place de dispositifs propres à concrétiser le contrat passé avec le peuple nigérien. Les slogans de campagne consistaient surtout à illustrer la fidélité à une vision commune avec Issoufou Mahamadou quant à l’esprit qui devrait inspirer toute action au service du pays. Une rectification de certains choix avérés insuffisants, voire contre-productifs, ne devrait pas être interprétée comme une entorse aux liens qui lient les deux hommes. Assumer les politiques passées et leur bilan, c’est également admettre leur part d’erreurs et se donner les moyens du redressement que pourraient exiger les circonstances.

Le Niger est en attente d’une nouvelle dynamique politique qui remettrait le travail et l’effort au centre de la vie économique. Certaines mentalités ont été progressivement façonnées par une culture de facilité qui amène à tout attendre des partenaires financiers internationaux. Ces derniers ne sont souvent en réalité que des pourvoyeurs d’un assistanat qui inhibe l’entreprenariat en entravant les initiatives créatrices de richesses et donc motrices du développement économique et

social. Cette approche freine tout esprit de responsabilité et de réflexion pour un développement endogène durable et structurant.

La dépolitisation sans complaisance du recrutement dans l’administration doit être un des axes majeurs de cette volonté de moderniser la vie publique. Les agents de l’Etat sont au service de la population dans sa diversité d’appartenance politique. Aucune attitude partisane ne devrait être tolérée dans l’exercice de leur fonction.

La lutte contre la corruption et l’accumulation de biens mal acquis permettrait de crédibiliser à nouveau l’action publique. En effet, la disproportion entre les revenus réguliers de certains agents de l’Etat et leur train de vie était devenue trop flagrante et banalisait gabegie et impunité dans le pays. Ce clientélisme politique se retrouve également dans l’octroi par trop sélectif des marchés publics sur des critères parfois assez discutables.

Une rigueur implacable au sommet de l’Etat aura certainement un impact salutaire sur le comportement des agents de l’Etat et au sein de la société plus globalement. Néanmoins, en s’attaquant au chantier de la rationalisation des moyens de l’Etat, le Président Bazoum sait qu’il devra affronter des habitudes solidement ancrées qui ont permis un enrichissement outrancier et insolent, y compris dans les rangs de sa propre formation politique. Les résistances directes ou indirectes nécessiteront certainement une forte détermination politique et un dispositif judiciaire approprié. L’audace, la détermination, le pragmatisme et la clarté des objectifs finissent toujours par donner des résultats reconnus de tous.

Par ailleurs, le renouveau passera nécessairement par une réduction significative de l’emprise de l’appareil du parti au pouvoir là où elle bride les énergies et contrarie l’avènement d’une pratique politique plurielle apaisée, tournée vers ce qui fait avancer le pays. Dans plusieurs régions, le parti est souvent instrumentalisé à outrance au service d’intérêts particuliers. Attitude souvent tolérée par l’Etat au mépris de la cohésion et de l’intérêt des populations. Il est temps pour la classe politique toute entière de bannir ces comportements qui font naître frustrations et incompréhensions, sources de tensions inutiles et difficiles à circonscrire. Les comportements à tendance mafieuse ternissent l’image de l’Etat et du Pouvoir, dont les auteurs se prévalent pourtant pour justifier leur arrogance.

Le Président Bazoum, dans cette période de début de mandat, semble mû par la volonté de créer les conditions d’un apaisement du climat politique. L’amélioration des rapports avec l’opposition et les autres acteurs de la vie publique pourrait en être une traduction. Il s’agit pour lui de rechercher sans relâche l’unité autour d’enjeux capitaux pour le pays. Dans le contexte actuel d’urgence sécuritaire sans précèdent, le pays a besoin de mobiliser l’ensemble de ses potentiels afin de se donner les chances de conjurer les menaces qui risquent de compromettre durablement son avenir.

La politique étrangère constitue un autre volet de l’action gouvernementale méritant une attention particulière et une approche plus efficiente au regard du contexte actuel. L’action diplomatique et la promotion des intérêts du pays commandent une politique étrangère pragmatique ajustée aux réalités géopolitiques du pays. L’activisme et la recherche d’un affichage international ne devraient plus prendre le pas sur les réalités internes les plus urgentes du pays.

Abdoulahi ATTAYOUB

Consultant Lyon 10 juin 2021

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